Les Eglises «devraient faire pénitence» pour les violences commises au nom de la Bible

Dieu comme purificateur ethnique

Londres, 19 décembre 1997 (APIC) Le dernier livre du théologien catholique anglais Michael Prior, professeur à l’Université du Surrey, a jeté un certain trouble en Grande Bretagne. Pour le théologien, la tradition des six premiers livres de la Bible, de la Genèse à Josué, «ne fait pas que justifier mais elle demande la purification ethnique». Les Eglises chrétiennes devraient faire pénitence pour les siècles de colonialisme imposés au nom de la Bible.

Les récits bibliques décrivent comment les anciens Israélites ont conquis la terre de Canaan, détruisant tout sur leur passage, et exterminant une grande partie de la population de la région, remarque Michael Prior. Au nom des Ecritures, la tradition a été suivie, en Amérique latine, en Afrique du Sud et dans la Palestine moderne, entre autres exemples. Dans une interview avec le correspondant de l’agence d’information œcuménique ENI, Michael Prior a déclaré que «les problèmes ne se trouvent pas dans les interprétations de la Bible, mais dans le texte lui-même.»

La Bible contient «un degré de violence et de l’éloge de la violence que l’on ne trouve dans aucun autre livre ancien». La Bible «généralement considérée comme source de référence suprême de la libération, a opéré comme une charte de l’oppression, dans le passé et le présent», souligne le théologien. .

Au cours des recherches pour son livre intitulé «The Bible and Colonialism: A Moral Critique», le Père Prior a été «surpris du manque d’intérêt des spécialistes et commentateurs pour les effets de la Bible sur les populations autochtones». A cet égard, il aime citer un récit sud-africain qui résume ainsi l’expérience des premiers habitants des terres colonisées: «Lorsque l’homme blanc est venu dans notre pays, il avait la Bible et nous avions la terre. L’homme blanc nous a dit, ’prions’. Après la prière, l’homme blanc avait la terre et nous avions la Bible.»

Selon Michael Prior, la repentance pour des actes commis au nom de la Bible est une façon de répondre aux torts causés au cours des siècles aux populations autochtones. Un autre moyen, ajoute-t-il, est la pratique, courante dans l’Eglise catholique-romaine, qui consiste à esquiver le problème en ignorant les passages posant des difficultés.

«Reste le problème de Dieu, comme purificateur ethnique. Si l’on reconnaissait sérieusement cette question, il faudrait prendre des mesures radicales», relève Michael Prior. Supprimer des passages «pourrait être le moyen le plus efficace d’éviter que des actions ignobles ne se reproduisent. Une commission oecuménique pourrait étudier la possibilité d’extraire des passages de la Bible, ou de les mettre dans une catégorie spéciale.»

Les recherches actuelles montrent qu’une grande partie de l’Ancien Testament comporte des récits métaphoriques écrits longtemps après l’événement. «Et pourtant, ajoute le théologien, en dépit de leur caractère légendaire, l’Eglise et la Synagogue continuent de traiter les récits des patriarches sur l’histoire ancienne d’Israël comme s’ils rendaient compte de ce qui s’est réellement passé.» (apic/eni/mp)

30 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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