Neuchâtel: Philip Morris ne versera plus sa contribution ecclésiastique aux Eglises

Les Eglises neuchâteloises en situation de précarité financière

Neuchâtel, 27 novembre 2010 (Apic) L’entreprise Philip Morris ne versera plus sa contribution ecclésiastique aux Eglises réformée, catholique-romaine et catholique-chrétienne neuchâteloises. Lâchées sans préavis par cette multinationale américaine, les Eglises du canton de Neuchâtel se retrouvent en situation de précarité financière, font-elle savoir ce week-end. Cette perte de 1,5 million de francs va contraindre les Eglises à supprimer de nombreuses prestations sociales, avec le risque que ces charges soient reportées sur le canton.

Pendant plus de 30 ans, les Eglises reconnues d’intérêt public du canton de Neuchâtel ont bénéficié de l’important soutien financier de cette grande entreprise du canton. En effet, par le paiement d’une part de sa contribution ecclésiastique, le cigarettier américain a été un des principaux acteurs permettant aux Eglises d’assumer leur rôle au sein de la société neuchâteloise, en particulier dans les domaines du soutien humain, du service social et de la formation.

Perte de 20% de la contribution ecclésiastique pour les catholiques dès cette année

Lors d’une conférence de presse organisée mardi 30 novembre dans les locaux de l’Eglise Reformée Evangélique du canton de Neuchâtel (EREN), les trois Eglises reconnues du canton présenteront les enjeux liés à la perte de cet important contribuable.

La décision de ne plus rien verser aux Eglises concerne aussi l’année 2010. L’impact est de l’ordre de 10% pour l’Eglise réformée (EREN) et de 20% pour les catholiques. Les Eglises accusent le coup et considèrent que le gouvernement neuchâtelois «n’a pas pesé de tout son poids contre la décision du géant américain».

Présidente de la Fédération catholique-romaine neuchâteloise (FCRN), l’ancienne conseillère d’Etat Sylvie Perrinjaquet souligne que cette décision met l’Eglise dans une situation financière très grave. Elle affirme que la FCRN devra solliciter l’Etat pour trouver des solutions.

Le gouvernement neuchâtelois ne s’est pas assez engagé

Les Eglises se déclarent «très reconnaissantes» d’avoir pu bénéficier d’un tel soutien qui représentait entre 10 et 20% de leur budget de fonctionnement. Dans le cadre d’une rencontre avec les représentants de l’entreprise américaine et le Conseil d’Etat de Neuchâtel, les Eglises ont été mises devant le fait accompli.

Philip Morris a décidé de cesser, sans préavis, le paiement de sa contribution. Cette décision entre en vigueur non seulement pour les années à venir, mais également pour l’année écoulée pour laquelle les Eglises ont déjà engagé des dépenses.

Une décision brutale, sans préavis, qui remet en cause de nombreuses prestations

Cette décision remet en question de manière immédiate la pérennité de nombreuses prestations garanties par les Eglises aux habitants du canton de Neuchâtel, prestations offertes sans distinction d’origine ni de religion. «Ainsi, la présence régulière d’aumôniers dans les hôpitaux, les homes, la rue ou les prisons, la capacité à assumer la totalité des demandes de célébration de services funèbres, différentes actions dans le domaine social, ou encore la régulation des phénomènes religieux ou multiculturels, sont menacées», relèvent les trois Eglises.

Les Eglises se disent «conscientes de la responsabilité qu’elles portent et doivent chercher des solutions financières et organisationnelles pour que demain des hommes et des femmes puissent répondre avec professionnalisme et respect aux besoins de la population neuchâteloise».

Devant faire face aujourd’hui à la précarité dans laquelle cette décision plonge les trois Eglises reconnues d’intérêt public, ces dernières mesurent les difficultés auxquelles elles seront dorénavant confrontées pour permettre la poursuite de leur action et de leur mission. Pour l’EREN, ce manque à gagner est de l’ordre de 900›000 francs, soit 10% d’un budget de 9 millions de francs.

Gabriel Bader, président de son Conseil synodal, déplore vivement cette décision brutale, car l’entreprise américaine avait laissé entendre qu’elle verserait sa contribution pour cette année, alors qu’elle a annoncé dans une lettre le 19 novembre dernier qu’elle se retirait pour 2010 aussi, sans proposer de délai. L’EREN va reporter son manque à gagner sur d’autres organismes, et c’est l’engagement social de l’Eglise qui sera le premier touché.

«Les entreprises sont davantage concernées par l’engagement social des Eglises que par leurs autres activités. Si elles se retirent, nous nous retirons en premier lieu de ce domaine», a déclaré Gabriel Bader à l’agence de presse protestante «ProtestInfo». Les Eglises se sentent dans cette affaire «lâchées par le canton». Gabriel Bader, qui affirme que la multinationale ne reviendra pas sur sa décision, estime que les Eglises devront trouver des solutions, tout en envisageant d’interpeller le gouvernement neuchâtelois. (apic/com/eren/be)

27 novembre 2010 | 12:08
par webmaster@kath.ch
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