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Les orthodoxes russes en Europe occidentale rejoignent Moscou

«La tragédie de la révolution [bolchévique, ndlr], de la guerre civile et de la division de notre Eglise, de notre peuple, a pris fin». C’est par ces mots que le patriarche Cyrille de Moscou a salué la décision de l’archevêque Jean (Renneteau) de placer l’Archevêché des Eglises orthodoxes russes en Europe occidentale (AERO) sous l’obédience canonique du Patriarcat de Moscou.

Mgr Jean de Charioupolis (de son nom civil Jean Renneteau), démis de ses fonctions à la tête de l’AERO par le patriarche Bartholomée le 29 août 2019, avait perdu son titre. Il a été reçu dans la juridiction du Patriarcat de Moscou avec le titre «Jean de Doubna». L’AERO, ancien exarchat du Patriarcat Œcuménique de Constantinople basé à Paris, issu de l’émigration russe antibolchévique fuyant la Révolution de 1917, a rejoint le Patriarcat de Moscou le 14 septembre 2019.

Une grande majorité pour rejoindre Moscou

Réunie le 7 septembre 2019 à Paris, une assemblée générale extraordinaire de l’AERO avait voté majoritairement pour se rattacher au Patriarcat de Moscou, mais la majorité des 2/3 exigée par ses statuts n’avait pas été atteinte.

En principe, le rattachement au Patriarcat de Moscou n’avait pas pu être validé, mais l’archevêque Jean a considéré que le rattachement canonique était une question pastorale. Et dans ce cas, l’archevêque, étant le garant du ministère pastoral, a déclaré suivre la décision de la majorité (58,1% des participants à l’assemblée générale extraordinaire du 7 septembre).

Rupture définitive avec le Patriarcat de Constantinople

La démarche du rattachement à Moscou fait suite à sa rupture avec le Patriarcat de Constantinople, dont le Saint-Synode a décidé le 27 novembre 2018 de dissoudre l’Archevêché. Constantinople avait procédé à «l’acte de sujétion canonique» des paroisses orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale aux métropoles patriarcales le 12 janvier 2019.

Le 14 septembre 2019, les membres du Saint-Synode de l’Eglise orthodoxe russe ont pris la décision d’accepter la demande de l’archevêque Jean (Renneteau) de se rattacher au Patriarcat de Moscou avec tous les membres du clergé et les paroisses qui souhaiteraient le suivre. (cath.ch/mospat/com/be)

Héritage de la Révolution d’Octobre
En mars 1921 le Saint-Synode et le Conseil ecclésial supérieur de l’Eglise orthodoxe russe ont confié l’administration temporaire des églises russes en Europe occidentale à l’archevêque Euloge (Gueorguievskiy). «Par la force des circonstances historiques» [la Révolution de 1917 et la guerre civile qui a suivi, ndlr], note le Patriarcat de Moscou, les paroisses dirigées par le métropolite Euloge furent en 1931 acceptées, à titre temporaire, dans la juridiction du Patriarcat de Constantinople en tant qu’exarchat. A l’époque, le régime soviétique avait rapidement adopté une position clairement anticléricale, au grand dam de la diaspora russe en Europe occidentale.
Refus de la dissolution
Une partie des fidèles cependant n’accepta pas le rattachement à Constantinople. Déclarant sa fidélité au Patriarcat de Moscou, ils fondèrent à Paris la paroisse des Trois-Saints-Docteurs. Par la suite d’autres paroisses s’y joignirent. Plus tard, ces paroisses furent la base du diocèse de Chersonèse de l’Eglise orthodoxe russe. Les paroisses séparées de l’Eglise orthodoxe russe restèrent dans le Patriarcat de Constantinople jusqu’en 2018 et portèrent diverses dénominations, la plus connue desquelles est l’Archevêché des Eglises orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale. Le 27 novembre 2018 le Synode de Constantinople décida de dissoudre l’Archevêché. Le Patriarcat Œcuménique signait ainsi la disparition de l’Archevêché et ordonnait le rattachement de ses paroisses aux métropoles grecques dans les pays où elles se trouvent.
Le Conseil de l’Archevêché, composé des évêques et de 12 membres élus 6 clercs (prêtres ou diacres) et 6 laïcs, s’est inquiété de l’avenir de ses paroisses de tradition russe en Europe occidentale. Ainsi, le 23 février 2019, l’Archevêché, réuni en assemblée extraordinaire, décidait à une écrasante majorité (93% des délégués) de refuser sa dissolution. La situation a connu un point de non-retour après que toutes les tentatives de conciliation aient échoué.Le 14 septembre 2019 l’archevêque Jean (Renneteau), dirigeant l’Archevêché, fait part, dans une lettre adressée au patriarche de Moscou et de toute la Russie Cyrille, du désir de la majorité des membres du clergé et des paroisses de l’Archevêché de préserver son existence au sein du Patriarcat de Moscou.  JB

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Cyrille Ier, chef de l'Eglise orthodoxe russe
18 septembre 2019 | 11:35
par Jacques Berset
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