«Les élections ne peuvent pas être libres et équitables»
Soudan: Méfiance des Eglises face au scrutin
Khartoum, 15 avril 2010 (Apic) Le pasteur Ramadan Chan Liol, secrétaire général du Conseil des Eglises du Soudan – organisation rassemblant des Eglises de tradition orthodoxe, protestante et catholique romaine – estime que les élections qui se déroulent actuellement dans le plus grand pays d’Afrique ne sauraient être considérées comme libres et équitables.
Le pasteur Ramadan Chan Liol a cependant déclaré que le processus électoral devait se poursuivre, car il constitue une étape clé de la mise en œuvre de l’Accord de paix global dans le pays. Cet accord a été signé en 2005 à Nairobi, Kenya, par le gouvernement du Soudan et l’Armée/Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), mettant un terme à 21 ans de guerre civile, principalement dans le sud du pays.
Le scrutin, qui a commencé le 11 avril, est considéré comme la première élection multipartite à avoir lieu au Soudan depuis 1986. Cependant, dans le nord majoritairement musulman, seuls de petits partis d’opposition se présentent face au président Omar al-Bachir et son parti. «L’opinion de l’Eglise est que l’ensemble de ce processus ne saurait être qualifié de libre et équitable», a expliqué le pasteur Chan à l’agence œcuménique ENI depuis Khartoum le 14 avril. «Les obstacles sont trop nombreux. Des noms manquent sur les listes électorales. Ils sont inscrits sur d’autres listes dans d’autres villes.»
Le pasteur baptiste s’exprimait au quatrième jour de l’élection. Le scrutin a débuté sur fond de plaintes concernant des retards, des confusions concernant le nom et le symbole des candidats, ainsi que des retraits de candidats. Les électeurs pouvaient se rendre aux urnes jusqu’au 15 avril, après une prolongation de deux jours accordée par la Commission électorale nationale.
Les Eglises ont mobilisé la population pour qu’elle aille voter
Les Eglises ont mobilisé la population pour qu’elle vote aux élections présidentielles, législatives et locales, selon le pasteur Chan, mais certains électeurs se sont dits frustrés par les boycotts et les retraits de candidatures. Le SPLM a retiré son candidat, Yasir Arman, de la course à la présidence, tandis que le parti Umma et le Parti du congrès populaire, dans le nord, ont déclaré qu’ils boycottaient le scrutin.
«Le boycott a entamé le moral de la population. Ils ne s’enthousiasment plus guère pour ces élections», a expliqué le pasteur Chan. Concernant l’éventualité d’une répétition de ce scénario lors du référendum prévu en 2011 pour déterminer si le Sud doit rester une partie intégrante du pays ou devenir indépendant, le pasteur Chan a dit: «La situation sera différente de celle des élections, car les gens devront choisir entre oui et non.»
En déposant son bulletin dans l’urne le 12 avril, l’archevêque catholique Paolino Lukudu Loro, de Juba, capitale du Sud-Soudan, a déclaré aux journalistes: «Cette élection prépare le peuple du Sud-Soudan au référendum de l’année prochaine.» La télévision britannique BBC a par la suite cité l’archevêque disant: «Si le peuple choisit la sécession … il devra partir.» De nombreux responsables d’Eglise du Sud-Soudan sont partisans de l’indépendance de la région, affirmant qu’elle sera utile à cette région au sous-sol riche, où prédominent le christianisme et les religions traditionnelles africaines. (apic/eni/be)




