Mali: Les islamistes retranchés dans les montagnes sont une menace pour les Etats voisins
Les étrangers vivant dans les pays adjacents pris pour cible?
Bamako, 21 février 2013 (Apic) Les miliciens islamistes qui ont fui le nord du Mali sous la pression des forces françaises pourraient compromettre la sécurité des pays voisins, rapporte le 20 février 2013 le service d’information du Bureau pour la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (IRIN). Les djihadistes pourraient obtenir le soutien des milices de la région sympathisant à leur cause. Ils pourraient aussi cibler les pays voisins qui abritent de vastes communautés d’expatriés, selon les analystes.
Des membres d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI – un groupe islamiste extrémiste apparu dans les années 1990), du Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO), qui se présente comme une faction dissidente d’AQMI, et d’Ansar Dine (un groupe touareg créé en 2012) se sont probablement repliés dans le massif des Ifoghas, une région montagneuse du Mali située près de la frontière algérienne.
Les Etats voisins du Mali ne sont pas à l’abri d’un débordement de la crise, «au moins autour des zones frontalières, qui demeurent poreuses», a indiqué Gilles Yabi, du groupe d’analyse «International Crisis Group» (ICG).
AQMI pourrait se replier vers le Nord en utilisant les réseaux qu’il a tissés en Libye grâce au trafic. Il pourrait aller aussi loin que le sud de la Tunisie, où il y a récemment eu un important afflux d’armes, a affirmé Yvan Guichaoua, spécialiste du Sahel et maître de conférence en développement international à l’Université britannique d’East Anglia.
Le MUJAO, dont la composition est plus cosmopolite et qui regroupe des combattants du Niger, du Nigeria, des Maures de Mauritanie et des Sahraouis, risque plutôt de se replier au Niger ou en Mauritanie. Le MUJAO est cependant moins structuré et il pourrait se diviser en fonction de l’origine de ses membres.
Augmentation des attaques terroristes en vue
Des groupes armés indépendants pourraient également être poussés à l’action par l’intervention étrangère au Mali. C’est ce qui s’est passé en janvier 2013 en Algérie, lors de l’attaque contre le complexe gazier d’In Amenas. Une faction du groupe islamiste nigérian Boko Haram a également attaqué des soldats nigérians en partance vers le Mali, a indiqué Gilles Yabi. Les analystes ont affirmé que certains éléments du Boko Haram avaient participé à l’insurrection dans le nord du Mali, mais qu’on ignorait encore dans quelle mesure.
À court terme, l’intervention militaire augmente le risque d’attaques terroristes. «Le premier attentat suicide à Gao signifie que la guerre asymétrique à laquelle on pensait commence maintenant. Ça veut dire qu’il y a des gens qui sont candidats au suicide dans le nord du Mali et on ne peut exclure qu’ils soient tentés de se faire exploser ailleurs aussi», a ajouté le spécialiste. Les pays où vivent un grand nombre d’étrangers, comme le Sénégal, ont plus de risques d’être ciblés par des attaques.
«Le risque d’enlèvement est aussi extrêmement élevé et pourrait se propager. Nous pourrions assister à un plus grand nombre de kidnappings commis par des personnes opportunistes ou par des individus ayant des liens avec AQMI», a relevé Alex Thurston, un spécialiste du Sahel.
La vulnérabilité du Niger
Les experts estiment que le Niger, situé à l’est du Mali, est le pays le plus vulnérable de la région. Il y a en effet eu des enlèvements d’étrangers par le passé et le territoire est traversé par plusieurs routes de contrebande. La capitale, Niamey, est située sur un axe régulièrement emprunté par les trafiquants et les djihadistes. Elle abrite également une communauté arabe qui pourrait nouer des liens avec les anciens combattants du MUJAO, a expliqué Yvan Guichaoua.
Depuis avril 2012, le conflit qui sévit dans le nord du Mali a entraîné le déplacement interne de quelque 227’206 Maliens et forcé 167’245 autres à trouver refuge au Burkina Faso, au Niger et en Mauritanie, a rapporté le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies. (apic/irin/rz)




