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Les évêques dénoncent les massacres à l'est du Congo

A l’issue d’une tournée de terrain en janvier 2021, les membres du Conseil permanent de la conférence des évêques du Congo (CENCO) tirent à nouveau la sonnette d’alarme à propos de la situation à l’est du pays. Ils rappellent que la guerre est mère toutes misères et qu’on ne peut espérer le développement de la région tant qu’elle reste la proie des prédateurs.

Une délégation des évêques congolais a visité du 14 au 26 janvier 2021 les diocèses de Goma, Butembo-Beni et Bunia. Le constat qu’ils en ramènent est accablant: massacres, enlèvements exactions, incendies de villages, pillages, occupation des terres, exploitation illégale des ressources naturelles, enrichissement illicite, islamisation au mépris de la liberté religieuse, fermeture des écoles et des centres de santé. Les populations locales sont la proie d’au moins une centaine de milices et de groupes armés, face auxquels l’armée nationale et les forces de l’ONU (Monusco) sont impuissantes sinon corrompues, indique le rapport de la CENCO publié le 8 avril 2021.

Dans le diocèse de Butembo-Beni. Les tueries qui ont débuté en 2013 connaissent une recrudescence inquiétante. On estime à 6’000 le nombre de personnes tuées. La CENCO y voit trois origines: le conflit communautaire avec l’arrivé brusque et massive de populations allogènes; le conflit religieux avec une islamisation forcées et les opérations militaires.

Une centaine de milices

A Bunia, la situation est encore plus dégradée. Pas moins d’une centaine de milices armées sévissent dans la région en rançonnant la population et empêchant les déplacements. Cela le plus souvent au vu et au sur des politiciens locaux, de l’armée nationale (FARDC) et des forces de la Monusco. La multiplicité des centres de commandement des FARDC et leur faible intervention contre les milices renforcent le pillage et l’économie criminelle, notent les évêques. Insuffisance des effectifs, détournement des soldes, présence d’anciens rebelles, affairisme des officiers, porosité des frontières dont quelques uns des maux qui minent les forces régulières.

La population a le sentiment d’être abandonnée, souligne le rapport. Ce d’autant plus que les auteurs de crimes jouissent souvent de la couverture des acteurs politiques locaux. La faiblesse des institutions judiciaires pousse enfin les anciens prisonniers à retourner vers le cycle de la violence.

Pour la CENCO la confiance de la population dans la Monusco n’est pas plus élevée. Souvent les soldats de l’ONU ont laissé des massacres se dérouler sous leurs yeux.

Non aux prédateurs

L’insécurité dans cette partie du pays ressort donc de causes multiples et complexes.   Pour y remédier les évêques font une série de recommandant aux divers acteurs. Réforme des forces armées, création d’un observatoire pour la paix et le relèvement économique, espaces de dialogue et partenariat bilatéral et multilatéral.

En fin de compte, les évêques lancent surtout un appel à la conversion. La guerre estr la mère de toutes les misères. «A ceux qui ont pris les armes nous disons :’Arrêtez de tuer vos frères’ (Ge.8,9)»

«On ne peut pas espérer le développement de ce pays, tant que l’Est restera sous le contrôle des prédateurs», conclut le message de la CENCO. (cath.ch/com/mp)  

La région des Grands Lacs est troublée par des conflits récurrents (Photo d'illustration: MatchboxMediaCollective/Flickr/CC BY-NC-SA 2.0)
9 avril 2021 | 14:33
par Maurice Page
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