Malawi: L’Eglise presbytérienne adresse des critiques à la Conférence épiscopale du pays
Les évêques ont publié une déclaration plutôt nuancée sur la situation nationale
Blantyre, 25 novembre 2010 (Apic) La mission à Blantyre de l’Eglise presbytérienne d’Afrique centrale a critiqué les évêques catholiques du Malawi. Elle lui reproche la publication d’une déclaration pastorale dans laquelle ils émettent des critiques visant le gouvernement. L’Eglise catholique a refusé de polémiquer, préférant laisser le soin à l’opinion publique d’apprécier cette déclaration pastorale, a rapporté le Service d’information catholique pour l’Afrique (CISA).
Au début novembre, la Conférence épiscopale du Malawi a publié une déclaration critique sur la situation politique et socio-économique du pays. Elle reproche au gouvernement de n’avoir pas instauré un débat national autour de certaines décisions de grande importance pour le pays, telles que la protection du drapeau et de l’emblème, le relèvement de l’âge du mariage, l’organisation des élections locales.
La déclaration, signée par les 9 évêques du Malawi, a été lue dans toutes les églises. Elle exhorte notamment les fidèles et les différents groupes sociaux de l’Eglise catholique à jouer un rôle de premier plan, dans une action «réaliste et efficace».
«Nous avons toutes les raisons de nous réjouir pour les progrès qui ont été réalisés, au cours des dernières années, dans le développement de ce pays», souligne la déclaration, qui félicite le gouvernement pour avoir placé en tête des priorités du pays, la sécurité alimentaire. Car, ont rappelé les évêques, l’agriculture du Malawi ne dépend jusqu’ici que des précipitations, la stratégie visant à développer l’irrigation des plaines, en aménageant de nombreux canaux de drainage des eaux de ruissellement, des lacs et rivières, est «louable et peut, à long terme, contribuer à améliorer la sécurité alimentaire, favoriser le développement socio-économique dans la plupart des zones rurales du pays».
Les évêques félicitent le gouvernement pour ces initiatives stratégiques visant à sortir les populations pauvres de leur situation. La Conférence épiscopale du Malawit se déclare aussi satisfaite du développement des infrastructures du pays, avec l’amélioration du réseau routier. Ils indiquent aussi qu’ils suivent «avec un vif intérêt» l’ouverture prochaine d’une voie navigable vers la mer, à partir du port fluvial de Nsanje au Sud.
Le président du Malawi, Bingu wa Mutharika, a présidé inauguré, le 23 octobre dernier, le port fluvial de Nsanje, seul lien entre le Malawi et la mer. Il permettra aux petits navires, d’effectuer un transport des marchandises à partir des ports de l’océan indien, et aura pour effet, une «réduction substantielle des coûts d’acheminement des importations et des exportations du Malawi». Les évêques se sont aussi réjouis de la réhabilitation du réseau ferroviaire de leur pays, et de la promesse du gouvernement, de créer de nouvelles universités.
Manque de liberté des médias publics
Dans le domaine politique, en revanche, la déclaration des évêques est moins positive. Elle dénonce le manque de liberté des médias publics, pourtant «payés avec l’argent du contribuable». «Au lieu de veiller à ce que le grand public soit informé, nous constatons avec consternation un déséquilibre dans la couverture des évènements», peut-on lire dans la déclaration des évêques. Les médias publics sont utilisés pour «fustiger les organisations confessionnelles et les Organisations non gouvernementales qui sont une alternative aux différentes politiques, en contribuant au développement de la nation», dénoncent les évêques. Ces organisations confessionnelles «préconisent toujours la promotion du bien commun, y compris la sauvegarde de la primauté du droit, la bonne gouvernance, la réconciliation, la justice et la paix».
Pour l’Eglise presbytérienne d’Afrique centrale, seconde importante Eglise chrétienne au Malawi après l’Eglise catholique, la Conférence épiscopale du Malawi, aurait pu «discuter en privé» du contenu de sa déclaration avec le président Bingu wa Mutharika et son gouvernement, avant de la rendre publique, a déclaré le révérend Reynolds Mangisa, porte parole de cette Eglise. L’Eglise presbytérienne a aussi accusé les religieux catholiques, d’avoir demandé dans leur déclaration, au gouvernement, «de ne pas utiliser sa force numérique au parlement (où il dispose de la majorité) pour supprimer les opinions minoritaires sur la façon dont le pays doit être gouverné».
Les évêques catholiques ont refusé de répondre publiquement à l’attaque des presbytériens. Interrogé, le secrétaire général de la Conférence des évêques, Mgr George Buleya, a déclaré à une radio privée locale qu’il appartient au public de juger la déclaration des évêques. Celle-ci, a-t-il dit, vise à «encourager le dialogue entre les populations et leurs dirigeants sur des questions d’intérêt national». (apic/ibc/be)



