Suisse

Les évêques suisses à la rencontre des femmes

Une fois n’est pas coutume, c’est entouré de cinq femmes que le président de la Conférence des évêques suisses (CES), Mgr Felix Gmür s’est présenté, le 18 septembre 2020, devant la presse à Berne. Et pour cause, il s’agissait de donner un premier écho de la rencontre entre les évêques suisses et une délégation de femmes venues avec leurs cahiers de doléances envers l’Eglise.

Les membres de la Conférence des évêques suisses (CES) ont consacré la 2e journée de leur assemblée, le 15 septembre 2020, à Delémont au dialogue avec une délégation de femmes invitées dans le cadre du processus «En chemin ensemble pour renouveler l’Eglise». La rencontre s’est déroulée autour du ‘rêve’ du pape François tiré de son exhortation post-synodale Querida Amazonia, notamment les paragraphes sur les charismes et la place des femmes en Eglise.

Une première pour l’Eglise en Suisse

Pour le président de la CES, Mgr Felix Gmür, la rencontre avec les femmes est un pas important | © Maurice Page

De part et d’autre le ton est assez satisfait du déroulement de cette première rencontre dans le cadre du processus de renouveau lancé par l’Eglise suisse l’an dernier. C’est une première, a insisté Mgr Gmür au nom de ses confrères. Il s’agissait surtout de reconnaître et d’apprécier l’engagement et la responsabilité des femmes dans l’Eglise. Au-delà des blessures, des frustrations des peurs, c’est un signe d’ouverture et de respect mutuel. Le président de la CES a tenu aussi à relever l’engagement Mgr Denis Theurillat en vue de la préparation de la journée. Mais suite à une chute qui l’a conduit à l’hôpital, l’évêque auxiliaire de Bâle n’a pas pu finalement y participer.

Heureuses de l’invitation des évêques

Miriam Christen-Zarri, représentait les femmes du canton d’Uri | © Maurice Page

La satisfaction globale est aussi le leitmotiv chez les quatre femmes venues s’exprimer devant la presse. «Nous avons été très heureuses de l’invitation des évêques», assure Simone Curau-Aepli, présidente de la Ligue suisse de femmes catholiques (SKF). Un renouveau dans l’Eglise n’est pas possible sans l’implication des femmes. Elle a pu constater combien il reste difficile d’ouvrir la discussion sur le pouvoir et les structures de pouvoir au sein de l’Eglise catholique face à des évêques qui voient le renouveau et la conversion essentiellement en termes de foi. Même si elles ne lâchent rien sur leur revendication d’égalité, en particulier sur l’ordination sacerdotale des femmes – qui n’a pas été en discussion lors de la rencontre – les femmes ont apprécié la volonté mutuelle de découvrir avec bienveillance le point de vue de l’autre.

Pour Miriam Christen-Zarri, membre du comité de la SKF, la rencontre personnelle a été essentielle. Elle a aussi mieux compris comment et pourquoi les évêques sont tenus à la collégialité. Elle a aussi pris conscience des différences de sensibilité sur ce sujet entre les régions linguistiques de Suisse.

Contre une structure patriarcale et hiérarchique

Marlies Höchli-John, membre du conseil des femmes de la CES | © Maurice Page

Au nom du conseil des femmes de la CES, Marlies Höchli-John a également souligné les aspects positifs de la rencontre. Même si en tant qu’organe consultatif le conseil des femmes de la CES ne s’exprime habituellement pas publiquement, son rôle n’est pas négligeable relève-t-elle.

Iva Boutellier, membre du comité de la SKF, a reconnu que les femmes occupent déjà beaucoup de postes à responsabilité dans l’Eglise, parfois au plus haut niveau. Il faut néanmoins trouver de nouveaux chemins pour plus d’égalité dans l’Eglise, ce qui lui parait difficile dans cette structure patriarcale et hiérarchique.

Iva Boutellier est membre du comité de la SKF | © Maurice Page

Pour l’heure la rencontre n’a pas débouché sur des résultats concrets, sinon la promesse d’établir un bilan plus approfondi dans le courant du mois d’octobre et d’imaginer les moyens de poursuivre le dialogue.

Appel pour les réfugiés de Lesbos

En conférence de presse, la question des femmes a largement éclipsé les autres thèmes à l’ordre du jour de la Conférence des évêques. Mgr Gmür a exprimé la consternation de la CES face au drame que vivent les réfugiés de Lesbos. Il a répété l’appel de Pâques lancé par les Eglises nationales en faveur de l’accueil des réfugiés des îles grecques. La CES salue aussi l’engagement des villes suisses qui se sont dites prêtes à accueillir des migrants. Elle espère que la Confédération se montre à la hauteur de la réputation humanitaire de la Suisse.

Abus sexuels dans le contexte ecclésial

La publication des statistiques des abus sexuels dans le contexte ecclésial figurait également à l’ordre du jour de l’assemblée de la CES. En 2019, 29 cas prescrits ont été annoncés auprès des commissions diocésaines (hors les cas annoncés à la CECAR). 21 de ces abus se sont déroulés entre les années 1950 et 1980 et 8 entre 1981 et 2000. «Je peux considérer qu’il ne s’agit que de la pointe de l’iceberg, mais je ne connais pas la taille de cet iceberg», a expliqué Mgr Gmür en invitant une nouvelle fois les victimes à s’annoncer.

Concernant la revendication de la CECAR d’une indemnisation forfaitaire unique pour les victimes indépendamment de la gravité et de la récurrence des abus, le président de la CES a relevé que l’institution, en tant qu’entité de droit privé était liée par convention à la commission d’indemnisation de l’Eglise catholique en suisse. Il n’est donc pas aisé de changer les règles à moins de revoir la convention qui lie la CES, la Conférence centrale catholique romaine (RKZ) et l’Union des supérieurs majeurs religieux (USM). En outre selon Mgr Gmür, les experts psychologues et psychiatres ne s’accordent absolument pas sur les avantages d’une indemnisation forfaitaire. (cath.ch/mp)

Rien de nouveau à Coire  
Interrogé sur l’élection du nouvel évêque de Coire, Mgr Gmür a assuré ne disposer d’aucune information. «La question n’est pas du ressort de la Conférence des évêques et nous n’en avons pas parlé avec le nonce apostolique, Mgr Thomas Gullickson», explique-t-il.
L’évêque de Bâle est resté tout aussi hermétique sur le contenu de sa rencontre avec le pape François, le 30 août dernier. «C’était une audience privée et elle le restera.» MP

Simone Curau-Aepli, présidente de la Ligue suisse de femmes catholiques (SKF) a participé à la rencontre avec les évêques | Maurice Page
18 septembre 2020 | 15:41
par Maurice Page
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