Brésil : Visage des religions au Brésil à quelques jours des élections présidentielles
Les fidèles deviennent des électeurs
Brasilia, 16 septembre 2014 (Apic) Toujours premier pays catholique au monde avec 122 millions de fidèles, le Brésil voit le nombre d’évangéliques (42 millions) grimper en flèche depuis une trentaine d’années. Autant de croyants mais aussi d’électeurs que les candidats aux prochaines élections d’octobre tentent de séduire. Mais quel est aujourd’hui le visage religieux du géant sud-américain ?
Le 5 octobre 142 millions de Brésiliens vont se rendre aux urnes pour élire leur président(e), les gouverneurs des 27 états, ainsi que les députés fédéraux et de chaque Etat. Dans un pays où, d’après l’Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE), six Brésiliens sur dix estiment qu’il n’est pas envisageable de voter pour un candidat athée, afficher sa religion au cours du débat politique n’est un acte ni tabou, ni désintéressé. Alors que les débats occupent largement les médias et l’espace public, chaque candidat tente de séduire des électeurs, y compris en jouant sur les convictions religieuses de chacun. Des convictions pas toujours faciles à identifier, tant le paysage religieux tend à évoluer et à se morceler depuis quelques années.
Un million de catholiques en moins chaque année
Si l’on s’en tient au dernier recensement effectué en 2010 par l’IBGE, le Brésil reste le pays qui compte le plus de catholiques au monde devant le Mexique. Pourtant la proportion des fidèles a considérablement chuté, passant de 73,6 % en 2000 à 64,6 % en 2010. Soit près d’un million de fidèles en moins chaque année. Dans la même période, le nombre d’évangéliques a connu un essor très important, en particulier chez les pentecôtistes, et notamment au sein de l’Assemblée du Royaume de Dieu. Alors que les évangéliques représentaient 15,2% en 2000, cette proportion a en effet atteint 22% en 2010, soit 42 millions de personnes. Ce qui représente un doublement lors des trente dernières années.
«Cette avancée des évangéliques est notamment visible dans les périphéries des grandes villes qui se sont développées justement entre les années 1970 et 1980 avec les différentes vagues d’exode rural, explique Candido da Costa Silva, Docteur en théologie et enseignant à l’Université Catholique de Bahia. Si l’Église catholique demeure encore largement majoritaire dans les campagnes et dans les centres des villes, les Eglises évangéliques, pour leur part, ont conquis de nouveaux territoires et de nouveaux fidèles dans les quartiers les plus défavorisés de grandes agglomérations comme à Sao Paulo, où l’on peut compter jusqu’à 80 temples évangéliques pour cinq églises catholiques !»
Plus de femmes et moins d’argent chez les évangéliques
Un autre point notable relevé par l’IBGE en 2010, concerne l’âge et le sexe des fidèles. La pratique religieuse est ainsi plus marquée de manière générale chez les femmes (57%) que chez les hommes (44%). Elle est aussi plus forte chez les personnes âgées que parmi les jeunes. Autre point marquant, la présence majoritaire des hommes au sein de l’Eglise catholique, alors que les femmes, elles, se tournent d’avantage vers les Eglises évangéliques.
La répartition par niveau social est également notable. Les revenus constituent de fait un indicateur dans la répartition entre les catholiques et les évangéliques, en particulier au sein de la classe moyenne qui représente plus de 100 millions de personnes. Les catholiques sont ainsi globalement plus présents parmi les catégories les plus aisées de la classe moyenne, alors que les évangéliques se retrouvent plutôt, toujours dans cette classe moyenne, au sein des foyers ayant un niveau de revenus et un niveau d’éducation plus faible.
«Sans religion» ou «religion invisible»
Avec la moitié de sa population déclarant pratiquer une religion, le Brésil se situe dans la moyenne mondiale. Pourtant, le géant sud américain connaît lui aussi une tendance à la sécularisation, commune à la plupart des sociétés modernes. La preuve ? Après les catholiques et les évangéliques, les «sans religion» forment désormais le 3e groupe du pays, avec 15,3 millions de personnes. Ce sont généralement des hommes au niveau d’éducation élevé. «Sans religion», ou plus précisément «religion invisible». Car si le nombre d’athées a certes augmenté, représentant en 2010 plus de 615’000 personnes, le recensement montre également que plus en plus de personnes ne se revendiquant d’aucune religion précise, peuvent néanmoins cumuler les pratiques et trouver ainsi un équilibre spirituel propre.
Changer de religion
Le phénomène est de plus en plus visible et assumé. «La propension des Brésiliens, et surtout des Brésiliennes, à changer de religion est le point le plus marquant de ces deux dernières décennies, assure Leonildo Silveira Campos, docteur en sciences des religions a» l’université méthodiste de São Paulo. On y trouve en majorité des catholiques qui gardent souvent leur religion initiale et la complète avec la pratique de religions comme le spiritisme (qui ne représente officiellement que 2% de la population) et de cultes afro-brésiliens (Candomblé et Umbanda), en particulier dans le nord-est du Brésil, où les afro-descendants représentent jusqu’à 80% de la population.»
Le « prosélytisme électoral » des évangéliques
Pays officiellement laïque, en plein développement économique, le Brésil constitue plus que jamais un observatoire privilégié des pratiques religieuses. Et pour les politiques actuellement en campagne, il est donc primordial d’attirer ces «croyants-électeurs». La campagne qui se déroule au Brésil permet de souligner une nouvelle fois les différences (tensions?) entre catholiques et évangéliques, à l’heure où Marina Silva, la candidate à la présidence la mieux placée dans les sondages, et qui revendique son appartenance à l’Assemblée du Royaume de Dieu, bénéficie du soutien public des églises évangéliques du Brésil.
La réserve des autorités catholiques
De quoi agacer les plus hautes instances catholiques, à l’image de Mgr Leonardo Steiner, Secrétaire général de la Conférence des évêques du Brésil (CNBB). Déterminé à conserver une distance à l’égard de la campagne et des politiques, ce dernier a rappelé que le fait de prendre position pour un candidat ne faisait pas partie du travail des évêques. «Nous ne faisons pas de prosélytisme électoral, a t il souligné, lors d’une interview accordée récemment à un grand quotidien national. Nous avons donné des instructions claires aux prêtres pour qu’ils ne parlent pas des candidats dans les églises.» Et ce même si, d’ici quelques semaines, le premier pays catholique du monde pourrait avoir à sa tête une présidente évangélique. (apic/jcg/mp)




