Inde: Le gouvernement indien abandonne les célébrations prévues pour l’an 2000
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Un refus de l’identité chrétienne?
New Delhi,
(APIC) Le gouvernement fédéral indien a apparemment abandonné le projet de célébrer l’an 2000 comme «l’Année du Christ». Le ministre du Développement des ressources humaines, Murali Manohar Joshi, partisan de la ligne dure du BJP et de l’Hindutva, a pu convaincre le premier ministre d’abandonner la proposition. Réactions diverses de la part des chrétiens.
En janvier, le premier ministre Atal Behari Vajpayee, dirigeant du Bharatiya Janata Party (BJP, parti nationaliste hindou), qui est le principal parti du gouvernement fédéral de coalition, avait soumis la proposition de faire de l’an 2000 «l’Année du Christ» à son cabinet et celui-ci l’avait approuvée.
Mais c’est au ministre du Développement des ressources humaines, Murali Manohar Joshi, partisan de la ligne dure du BJP et de l’Hindutva, le nationalisme hindou, qu’a été confiée la tâche d’assurer la réalisation de ce projet. Au lieu d’aller de l’avant, Murali Manohar Joshi a pu convaincre le premier ministre, généralement considéré comme une personne aux vues modérées, d’abandonner la proposition. Selon le journal «Times of India», le ministre a avancé que le «christianisme est une religion étrangère».
Le 18 mars, Murali Manohar Joshi a lancé l’idée de faire de l’an prochain «l’Année du sanskrit». La célébration de la langue ancienne de l’Inde – dans laquelle sont écrits les grands textes brahmaniques de l’Inde – s’inscrit dans le projet gouvernemental de décréter l’an 2000 comme «Année de la culture de la paix», suivant la proposition des Nations Unies.
Pour Mani Jacob, secrétaire général de l’Association de toute l’Inde pour l’enseignement supérieur chrétien (AIACHE), «ceci montre leurs problèmes internes. Ce sont eux qui seront les perdants. Nous ne devrions pas être trop préoccupés.»
L’AIACHE, qui représente 250 collèges chrétiens en Inde, avait été la première à suggérer que le gouvernement décrète l’an prochain comme «l’Année du Christ». «Je suis surpris que le gouvernement revienne sur sa décision», a déclaré Mani Jacob, membre de l’Eglise orthodoxe syrienne de Malankara. Même le président du BJP, Kushabai Takre, avait soutenu la proposition de l’AIACHE lors d’une rencontre entre hindous et chrétiens à New Delhi l’an dernier, après les violences perpétrées contre les chrétiens par des fondamentalistes hindous.
K. Rajaratnam, président du Conseil national des Eglises de l’Inde, qui regroupe 29 Eglises protestantes et orthodoxes «ne s’est jamais attendu» à ce que le gouvernement accepte de faire de l’an 2000 l’Année du Christ. «En ce qui concerne les Eglises, ce n’est pas quelque chose qui nous déçoit.»
John Dayal, organisateur du Forum chrétien uni pour les droits de la personne, estime que les «chrétiens ne devraient pas être démoralisés par la volte-face de gouvernement». Le Forum chrétien met en place un comité national, qui comprendra des anciens présidents et premiers ministres de l’Inde, en vue d’organiser une «célébration populaire» de l’Année du Christ. «Si l’Etat ne le veut pas, les gens le veulent. C’est notre message au gouvernement du BJP.» K. Rajaratnam a souligné que les Eglises allaient organiser des grandes célébrations pour cet anniversaire chrétien. «Le Conseil national des Eglises de l’Inde», a-t-il dit, «prévoit des célébrations conjointes avec les catholiques. Lorsque le gouvernement du BJP accepte de reconnaître des Jubilés importants sikhs et bouddhistes, mais refuse de célébrer une Année du Christ, il montre ses vraies couleurs».
Quant à T. K. Oommen, directeur du Centre des sciences sociales de l’Université Jawaharlal Nehru de New Delhi, il estime que la décision du gouvernement équivaut à un «refus de l’identité chrétienne».
«Le sentiment des chrétiens d’appartenir à la nation, a-t-il fait observer, ne sera pas renforcé par cette décision. Ce qui est tragique, c’est que le gouvernement remette en question le patriotisme des chrétiens et des musulmans, et ne respecte pas leurs traditions religieuses.»
L’archevêque Alan Basil de Lastic, président de la Conférence épiscopale de l’Inde, trouve «malheureux que le gouvernement soit revenu sur sa promesse d’observer l’an 2000 comme l’Année du Christ. L’Inde a rendu hommage à plusieurs célébrités internationales en émettant des timbres commémoratifs et en attribuant leur nom à des rues et à des institutions. Alors, pourquoi le gouvernement devrait-il se rétracter sous la pression en donnant comme excuse que le christianisme n’est pas une religion de l’Inde?»
«Seuls certains fanatiques sont opposés à l’Année du Christ, et ils ont obligé le gouvernement à mettre la proposition en suspens. La majorité des gens veulent que le gouvernement célèbre cet événement historique.» (apic/eni/mab)




