L’analyse du nouveau cardinal Zen sur les relations Pékin/Vatican
Les jeunes évêques chinois souhaitent que leur nomination soit validée par le Vatican
Rome, 24 mars 2006 (Apic) Selon le nouveau cardinal hongkongais Joseph Zen Ze-kiun, les jeunes générations d’évêques en Chine n’acceptent plus de se faire ordonner sans la permission du Saint-Siège, en dépit des pressions exercées par le gouvernement. Le cardinal s’est exprimé au cours d’une interview accordée à la chaîne de télévision publique italienne Raiuno, diffusée le jour du Consistoire ordinaire public, le 24 mars 2006.
«Les jeunes évêques, surtout, ne se laissent pas ordonner sans permission, même si le gouvernement ne leur permet pas de les déclarer publiquement», a expliqué le cardinal Zen, confirmant ainsi une préoccupation de plus en plus perceptible au sein même de l’Eglise officielle chinoise.
En Chine, malgré leur souci de rester fidèles au Vatican, prêtres et évêques appartenant à l’Eglise officielle sont obligés de jurer fidélité à l’Etat. «Il y a un tel contrôle, que la situation n’est pas compréhensible hors de la Chine», soutient le haut prélat. Le gouvernement chinois considère l’autorité du pape pour nommer les évêques comme une interférence dans ses affaires internes.
Evoquant l’inéluctable transfert de la nonciature chinoise de Taiwan vers Pékin, le cardinal a rappelé que «le Saint Siège n’a jamais abandonné unilatéralement un pays». «Pourtant, tous comprennent qu’il sera contraint de le faire, par précaution pour les fidèles de Chine», a-t-il confié.
Interviewé le 23 mars 2006 par la chaîne de télévision catholique hongkongaise Cable Tv, le cardinal Zen avait aussi fait des propositions pour tenter d’améliorer les relations entre Pékin et Rome. «Le Vatican pourrait faire des concessions à la République populaire de Chine sur les nominations des évêques, un des principaux obstacles dans les relations délicates entre le Saint Siège et le gouvernement chinois. Il pourrait autoriser la Chine à donner son opinion, mais ne lui permettra pas d’avoir le dernier mot», a-t-il précisé.
Nombreux signaux
Au lendemain de l’annonce de sa nomination parmi les membres du collège cardinalice, l’évêque de Hongkong s’était déjà exprimé sur le sujet dans les colonnes du quotidien italien «La Repubblica», en date du 23 février 2006. Depuis les années 80, «beaucoup d’évêques nommés par le gouvernement de Pékin» ont en effet souhaité être «reconnus par le Saint Siège», avait-il souligné. Si bien que «85% de l’épiscopat de l’Eglise officielle de Chine ont obtenu du Vatican leur légitimation.» Selon lui, les évêques qui ne sont pas reconnus par Rome sont «marginalisés, refusés par le clergé et par les fidèles.»
Il existe en Chine deux communautés catholiques: l’une appelée officielle et l’autre dite clandestine. L’Eglise dite «patriotique», créée en 1957 est reconnue officiellement par l’Etat qui en contrôle la nomination des membres et en gère les biens matériels. L’Eglise «souterraine» ou «clandestine» se veut elle en communion avec Rome. Ces deux communautés cohabitent en Chine, plus ou moins harmonieusement selon leur répartition géographique et la sévérité des autorités locales. Aujourd’hui pour le Saint Siège, il n’existe qu’une seule Eglise chinoise. Le pape a en effet reconnu ces dernières années la nomination des évêques de l’Eglise officielle.
Depuis le début de son pontificat, Benoît XVI a lancé de nombreux signaux à l’attention de la Chine. En octobre, il avait appelé au Vatican quatre évêques de Chine pour participer au synode des Evêques sur l’Eucharistie. Mais le gouvernement ne leur avait pas donné l’autorisation de s’y rendre. Aujourd’hui, la création du cardinal Zen semble être un nouveau pas du pape pour tenter de rétablir les relations diplomatiques entre le Saint Siège et la République populaire de Chine, rompues en 1951. (apic/imedia/cp/pr)



