Rome: Interview de Mgr Müller, nouveau préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi
Les Lefebvristes doivent accepter Vatican II
Rome, 26 juillet 2012 (Apic) Dans une interview parue le 26 juillet dans «L’Osservatore Romano», Mgr Gerhard Ludwig Müller, nouveau Préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), évoque les discussions de Rome avec la Fraternité Saint-Pie-X, son rapport avec la Théologie de la libération, ainsi que les positions libérales de certaines religieuses américaines.
«Pour l’avenir de l’Eglise, il est important de dépasser les affrontements théologiques, d’où qu’ils viennent», affirme le prélat allemand à propos des discussions en cours à Rome avec les Lefebvristes et les religieuses américaines. Il souhaite pour cela qu’il n’y ait «pas de négociations sur la Parole de Dieu», assurant qu’il est impossible de croire et de ne pas croire en même temps.
«Je ne peux pas me référer à la tradition de l’Eglise et puis n’en accepter que certaines parties», souligne-t-il en rapport au refus de la Fraternité Saint-Pie-X d’accepter certains textes du concile Vatican II.
«On ne peut pas prononcer les trois vœux religieux et puis ne pas les prendre au sérieux», indique Mgr Müller, en référence aux discussions entre la CDF et les religieuses américaines de la ’Leadership conference of women religious’, connues pour leurs positions libérales.
Une Théologie de la libération «erronée»
Le préfet de la CDF donne également sa vision de la Théologie de la libération. Il évoque sa proximité avec celui qui est considéré comme l’un des pionniers de ce mouvement, le dominicain péruvien Gustavo Gutiérrez. «En 1988, j’ai été invité à participer à un séminaire avec Gustavo Gutiérrez», explique-t-il. Il précise qu’il s’y était rendu avec quelque réserve, en tant que théologien allemand, et parce qu’il connaissait les déclarations de la CDF sur la Théologie de la libération.
«Toutefois, j’ai pu constater qu’il fallait faire la distinction entre une Théologie de la libération erronée et une autre correcte. Toute bonne théologie concerne la liberté et la gloire des fils de Dieu. Si le mélange de la doctrine d’une auto-rédemption marxiste avec le salut donné par Dieu doit être rejeté, comment pouvons-nous parler de l’amour et de la miséricorde de Dieu face à la souffrance de si nombreuses personnes qui n’ont ni nourriture, ni eau, ni soins, qui ne savent pas comment offrir un avenir à leurs enfants, là où la dignité humaine est absente, là où les droits de l’homme sont ignorés par les puissants», s’interroge-t-il. Mgr Müller a d’ailleurs collaboré à l’écriture d’un livre sur la pauvreté et la Théologie de la libération avec Gutiérrez en 2004. Cette proximité avec le ’père’ de la Théologie de la libération est particulièrement mal perçue dans les milieux traditionalistes.
Les nouveaux défis de la CDF
Mgr Gerhard Ludwig Müller s’étend également sur le travail de la CDF, chargée de redécouvrir et faire resplendir de nouveau la foi comme une puissance positive, comme une «force de l’espérance et un potentiel pour dépasser les conflits et les tensions».
«Les problèmes qui se présentent à nous, sont très importants si nous considérons l’Eglise universelle, avec les nombreux défis qu’il faut affronter et face à un certain découragement qui se diffuse dans certains milieux mais que nous devons surmonter» assure Mgr Müller. Il évoque le problème de groupes, de droite ou de gauche, qui «prennent une grande part de notre temps et de notre attention» et le risque de perdre un peu de vue «notre devoir principal, qui est celui d’annoncer l’Evangile et d’exposer de façon concrète la doctrine de l’Eglise».
Mgr Müller évoque aussi son enfance à Mayence, en Allemagne, sa vocation de prêtre et sa découverte, en 1968, des écrits de Joseph Ratzinger. Ce dernier est alors décrit comme un «ami paternel». Le prélat allemand souligne l’importance de l’internationalisation de la curie romaine, mais aussi son caractère unique et exemplaire.
«Je suis toujours convaincu, que la foi catholique correspond aux plus hautes exigences intellectuelles et que nous ne devons pas nous cacher», conclut le Préfet de la CDF. (apic/imedia/ami/mm/rz)



