Jérusalem: Le nonce Antonio Franco fait le bilan de ses 7 années de mandat
Les lieux saints demeurent l’un des points les plus délicats de l’Accord
Jérusalem, 11 juillet 2012 (Apic) Mgr Antonio Franco, nonce apostolique en Israël et délégué apostolique à Jérusalem et dans les Territoires palestinien, est arrivé en fin de mandat au terme de 7 années en Terre sainte. Il a dressé pour I.MEDIA un bilan de cette période marquée par l’opération ›Plomb durci’ sur Gaza mais aussi par la visite de Benoît XVI.
Joint à Jérusalem, le diplomate revient sur les principaux dossiers concernant la situation de l’Eglise dans la région, et en particulier sur les discussions en cours autour de l’Accord fondamental entre Israël et le Saint-Siège.
I.Media: Les négociations de la Commission bilatérale entre Israël et le Saint-Siège durent depuis près de 13 ans. L’ambassadeur israélien, Mordechay Lewy, a récemment laissé entendre que l’Accord définitif pourrait être signé avant la prochaine réunion, fixée en décembre 2012. A quel point en sont les pourparlers?
Mgr Antonio Franco: Il reste plusieurs points en suspens, sur lesquels nous n’avons pas atteint une vision commune. Aussi, je ne pense pas que l’Accord puisse être signé avant le mois de décembre. Nous sommes plus ou moins d’accord sur le fond, mais certaines questions nous divisent encore, sans compter les délais de traduction de l’anglais en hébreu, qui prendront eux aussi un certain temps. Par ailleurs, les travaux sont quelque peu ralentis du fait de mon départ imminent, et de celui de l’ambassadeur israélien. Il faudra attendre l’arrivée des nouveaux diplomates, et je resterai encore un peu en Terre sainte pour suivre ce dossier. Les lieux saints demeurent l’un des points les plus délicats, et notamment le Cénacle. Une chose est sûre, contrairement à ce que l’on a pu lire dans la presse, le Saint-Siège ne renonce absolument pas à sa revendication de ce lieu, qui est celui du premier monastère franciscain à Jérusalem.
I.Media: Quel bilan tirez-vous de votre passage à Jérusalem, entre moments forts et dossiers encore ouverts?
Mgr Antonio Franco: Cette période a été marquée par des moments douloureux, comme l’opération «Plomb durci» sur Gaza, à l’hiver 2009, mais aussi par des évènements très forts, comme la visite de Benoît XVI en Terre sainte en 2009, un voyage préparé non sans difficultés. Quant aux dossiers encore ouverts, chacun arrive à un poste à un moment précis, avec des travaux en cours.
Dans mon cas, d’un point de vue surtout pratique et administratif, il y a eu des hauts et des bas dans l’octroi par l’Etat d’Israël des visas et des permis de séjour, avec des phases de plus ou moins grande facilité. Par ailleurs, depuis 2002, le personnel de l’Eglise n’a plus de couverture sociale en Israël. Nous avons également quelques difficultés pour nos écoles catholiques dans le pays, qui reçoivent des subventions mais doivent payer beaucoup d’impôts et ont beaucoup de frais, et sont donc parfois trop chères pour les chrétiens locaux. Nous travaillons donc pour qu’ils puissent obtenir des bourses d’études.
I.Media: Le musée Yad Vashem a récemment modifié la légende qui concernait le rôle de Pie XII (1939-1958) pendant la Seconde Guerre mondiale, en atténuant quelque peu le contenu très critique vis-à-vis du souverain pontife. Ce changement a provoqué des remous. Certains ont même parlé de pressions de la part du Vatican pour cette modification …
Mgr Antonio Franco: Nous avons une vision sur l’action du Saint-Siège à cette période qui n’est pas celle qui figurait sur le panneau d’avant, et qui ne correspond pas non plus à la version actuelle, même si elle représente un premier pas vers un dialogue plus serein sur cette question, et pour une compréhension plus large.
Dès l’inauguration, nous avions fait part de notre désaccord, notamment au vu de l’historiographie sur cette époque. Depuis, la collaboration s’est accentuée. Peu avant la visite de Benoît XVI en Terre sainte, en mars 2009, s’était déroulée à Yad Vashem une session de travail à laquelle avaient participé des historiens, dont plusieurs qui défendaient le point de vue du Saint-Siège. Cela a été un moment important. Peu à peu, la conscience du changement a mûri, sans être liée à une quelconque pression de la part du Vatican. (apic/imedia/mm/bb)



