«Les petits projets humanitaires ont plus de chance d’aboutir»
Cerlier: Coup de projecteur sur un engagement humanitaire avec Jean-Pierre Cadoux, fondateur de l’association «CH-Madagascar»
Cerlier, 17 juin 2012 (Apic) Jean-Pierre Cadoux, ancien enseignant à la retraite, se bat depuis 10 ans pour Madagascar, un pays ravagé par la pauvreté et l’instabilité politique. A cet effet, il a fondé l’association «CH-Madagascar». Coup de projecteur sur un engagement humanitaire.
«Dans un pays comme Madagascar, où les grands organismes sont comme paralysés face à l’instabilité politique, les petits projets humanitaires ont plus de chance d’aboutir. Ils touchent la population de près et profitent directement aux plus démunis. Sans compter que leur modestie les met à l’abri de la convoitise de la classe dirigeante.» C’est dans cet esprit que Jean-Pierre Cadoux, professeur à la retraite, conçoit la mission de «CH-Madagascar», qu’il a créée en 2006. Cette association apporte un soutien technique aux ONG suisses actives sur l’Ile rouge, ainsi qu’à Caritas-Antsirabe, une cité de 1,7 million d’habitants située à 170 km au sud de la capitale malgache Antananarivo.
Licencié en théologie de l’Université de Fribourg, une ville où il a enseigné entre 1973 et 2000, Jean-Pierre Cadoux insuffle dans son association l’alchimie de sa belle personnalité: humilité, retenue, pudeur, amabilité, écoute, respect de l’autre. A des années-lumière de tout vedettariat ou de toute quête de notoriété, le natif de Genève vogue sur les petites rivières qui font les grands fleuves. «’CH-Madagascar’, c’est un comité restreint de cinq anciens bénévoles de confession catholique, entouré d’une quinzaine de professionnels qui agissent sur demande de manière ponctuelle, avec l’appui de 250 cotisants.» Et de préciser: «Nous n’avons pas de projets propres. Nous n’intervenons sur le terrain, sur les plans technique et financier, que pour renforcer des structures déjà existantes. Mon modeste rôle est celui de coordinateur dans un contexte où il faut imaginer des professionnels prêts à se rendre sur la Grande Ile, des mises au point lors de passages en Suisse d’interlocuteurs malgaches.»
Un pèlerin au service des déshérités du Sud
Depuis Cerlier, un village au bord du lac de Bienne qui fait face à l’Ile Saint-Pierre, Jean-Pierre Cadoux, 72 ans, poursuit son infatigable œuvre de pèlerin, de missionnaire-laïc au service des déshérités du Sud, un engagement mis en pratique au Burundi (1966-1972) et à Madagascar (2000-2001). Sur l’Ile rouge, son association, active dans le diocèse d’Antsirave, œuvre dans les domaines de la santé et de la formation, au sein d’écoles, de dispensaires, de prisons ou d’orphelinats. Sous la houlette de Caritas, «CH-Madagascar» soutient la radio locale Haja (dignité en malgache), ainsi que le Centre culturel et pastoral multimédia Saint-Paul. «Nous envoyons des conteneurs de matériel, des livres, des ordinateurs, divers outillages, des médicaments, des véhicules. Nous débloquons des fonds pour le démarrage d’une activité tout en assurant un suivi technique. Nous recherchons de bourses pour permettre à des prêtres malgaches d’étudier en Suisse», énumère Jean-Pierre Cadoux de sa voix douce et posée.
Mais un projet tient tout particulièrement à cœur de l’ancien enseignant, celui du Centre de formation professionnelle Risika, lequel accueille depuis 1993 à Antsirabe près de 200 jeunes de la rue, filles et garçons de 16 à 20 ans. «’CH-Madagascar’ a aidé à construire ou à équiper plusieurs ateliers: menuiserie, ferronnerie, mécanique du vélo, couture, coiffure et surtout agro-alimentaire. Ce dernier domaine est sans doute le plus important pour les pensionnaires de Risika, bientôt mères et pères de famille, car il leur permettra d’assurer leur sécurité alimentaire.»
L’origine de son amour pour le Sud, Jean-Pierre Cadoux la voit dans son histoire personnelle: «Je tiens cela de ma famille. Nous avions un nombre impressionnant de cousins prêtres engagés en Afrique. A la maison, nos parents nous faisaient partager cette vision chrétienne de la mission. Nous étions six enfants. Cinq ont réalisé un engagement bénévole dans un pays du Sud et le sixième était notre principal sponsor!» Et de poursuivre: «Mon engagement est aussi lié à l’encyclique de Paul VI «Populorum progressio» (1967), qui définit le rôle de l’Eglise dans l’évangélisation et le développement socio-économique. Ce texte est également une invitation universelle à rendre notre monde plus humain, en étant au service de tout l’homme (corps et esprit) et de tous les hommes. C’est ce que nous tentons de mettre en œuvre avec chaque membre de notre groupe, dans le respect des convictions de chacun.»
Plus d’information sur la mission de CH-Madagascar sur www.ch-madagascar.ch. (apic/eda/ggc)
Jean-Pierre Cadoux, comment décririez-vous la situation actuelle à Madagascar, pris en étau entre la crise politique interne et la crise financière mondiale?
JPC: Comment peut-on imaginer, d’une part, un pays dont le gouvernement n’est pas reconnu par la communauté internationale (ndlr: la Haute Autorité de transition présidée par Andry Rajoelina, lequel avait renversé Marc Ravalomanana en 2009) et qui ne reçoit plus d’aide au développement et, d’autre part, des entreprises aujourd’hui moins fortunées et peu désireuses d’investir dans des conditions d’instabilité économique? Cette situation tragique aboutit à un constat effrayant: 76,5 % des quelques 20 millions de Malgaches vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Quel est l’état d’âme de la population?
JPC: Une grande lassitude, la perte de confiance dans les hommes politiques, l’impression d’abandon, la grande inquiétude liée à la nécessité d’une survie au jour le jour, le fatalisme devant l’inexorable. Alors, quand les Eglises (réformée, anglicane, luthérienne ou catholique) prennent la parole, quand elles interviennent au ras du sol avec de petits projets, l’espoir se rallume dans les yeux, des questions se posent, d’humbles décisions se prennent.
Dans ce contexte, l’action de «CH-Madgascar» est-elle condamnée à rester une goutte d’eau dans un océan de larmes?
JPC: Oui, guère davantage quand on évalue l’immensité des besoins et des attentes. Malgré tout, «CH-Madagascar» continue d’aller de l’avant en s’inspirant de ces deux devises: «La vraie richesse, c’est l’homme» et «Ceux qui s’unissent sont solides comme un rocher». Pour le reste, nous avons privilégié un authentique partenariat avec les décideurs, la formation de cadres. Nous avons découvert ensemble une vision sur le long terme, le développement global, durable, «harmonisé». Nous avons accroché cet idéal à des réalisations très concrètes: construction de locaux, de classes, d’ateliers et leur équipement. Nous en assurons toujours le suivi. Mais avant tout, nous avons tenté d’être fidèles à ce dicton kirundi: «La manière de donner vaut davantage que le don». (apic/eda/ggc)



