Les politiques familiales plus ou moins généreuses ont une influence sur le nombre d’enfants
Zagreb: L’Eglise met en garde contre l’»hiver démographique» qui menace l’Europe
Zagreb, 3 octobre 2010 (Apic) Les évêques membre du Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE), réunis à Zagreb pour leur assemblée plénière du 30 septembre au 3 octobre, ont mis en garde contre l’»hiver démographique»qui menace l’Europe. Rassemblés sur le thème «Démographie et famille en Europe», ils ont pris connaissance vendredi de l’étude de l’Espagnole Lola Velarde, présidente du Réseau européen de l’Institut de politique familiale (IPF). Cet institut indépendant a été fondé en l’an 2000 pour faire face au grand vide existant dans le domaine de la promotion et de la défense de la famille dans l’opinion publique et auprès des pouvoirs publics.
L’étude sociologique de l’IPF, qui a bénficié de l’apport des diverses conférences épiscopales d’Europe et s’est notamment servi des statistiques disponibles auprès d’Eurostat, porte sur 43 pays, dont les évolutions démographiques sont souvent divergentes. Pour Lola Velarde, il y a une forte corrélation entre les politiques familiales généreuses de certains pays et le taux de pauvreté touchant les familles. Il est clair pour elle que les politiques d’appui à la famille aident à lutter contre la baisse de la natalité.
Au plan statistique, a-t-elle précisé, l’Europe actuelle compte 755 millions d’habitants, dont 501 millions dans les 27 pays de l’Union Europénne (UE) et 254 millions dans les pays non membres. Durant ces dix dernières années (de 2001 à 2010), la population de l’Europe s’est accrue de 11,6 millions de personnes, soit environ 1,5%. Mais cette augmentation de population est due entièrement à l’UE, qui compte 17,2 millions d’habitants de plus, tandis que le reste de l’Europe a connu un recul de 5,6 millions. Alors que des pays comme l’Espagne (+ 5,9 millions), la France (+4,1 millions), l’Italie (3,4 millions) et le Royaume-Uni (+3,2 millions) ont augmenté leur population, le recul est très net en Russie (- 4,9 millions), en Ukraine (- 3,3 millions) et en Roumanie (- 1 million).
L’immigration comble le déficit démographique
L’accroissement démographique est causé en grande partie par l’immigration. Ainsi, sur les 3,4 millions de nouveaux habitants que compte l’Europe depuis ces deux dernières années, 90% sont des nouvellement immigrés contre seulement 340’000 naissances. En fait, les immigrants dans les pays de l’UE sont passés de 21 millions en 2000 à 31,6 millions en 2009. Cela ne va pas sans poser des problèmes culturels et des difficultés d’intégration.
La recherche ne portait pas sur l’appartenance religieuse des nouveaux arrivants, mais en aparté certains participants ont relevé que nombre de ceux-ci viennent de pays musulmans, ce qui rend la situation d’intégration plus problématique.
La population européenne vieillit dangereusement
La population européenne vieillit dangereusement, a noté Lola Velarde. Pendant que la population âgée de plus de 65 ans représente 15,9% du total de la population européenne, celle qui est âgée de moins de 14 ans ne fait plus que le 15,4%, une proportion plus basse que cette moyenne dans les pays non membres de l’UE. La situation est particulièrement inquiétante en Russie et en Ukraine, pays dans lesquels les moins de 14 ans sont respectivement 14,9% et 14,1%. Cette tendance ne fait que se renforcer. Les plus de 80 ans représentent déjà le 4% du total de la population européenne. Ainsi l’Allemagne compte aujourd’hui 4,1 millions de plus de 80 ans, suivie par la Russie (3,8 millions), l’Italie (3,3 millions), la France (3,2 millions), le Royaume-Uni (2,7 millions) et l’Espagne (2,1 millions). Si cela continue ainsi, a-t-elle souligné, les conséquences de cet «hiver démographique sans précédent» seront catastrophiques. Ainsi, l’Europe aura perdu 10 millions d’habitants, passant de 755 millions à 745 millions, malgré le fait que la population des 27 pays de l’UE auront vu leur population augmenter de 14 millions d’habitants. Le reste de l’Europe aura à cette époque perdu près de 24 millions d’habitants. La Russie comptera ainsi 15 millions d’habitants en moins en 2030, l’Allemagne 7,3 millions de moins, l’Ukraine 8,4, la Pologne 4,9 et la Roumanie 3,3 millions. L’accroissement sera par contre notable au Royaume-Uni (+ 12,5 millions), en Espagne (+7,2 millions), en France (+6,3 millions) et en Irlande (+2 millions), cet accroissement étant principalement causé par l’immigration.
Bas taux de fertilité et avortements
En Europe, il y a certes 8,4 millions de naissance chaque année, mais cela montre cependant un faible taux de fertilité (1,56 enfants par femme dans les 27 pays de l’UE, 1,41 en Russie, 1,52 en Ukraine. Il faudrait en fait un taux de 2,3 enfants par femme pour renouveler la population. Il faut noter également que près d’un enfant sur trois désormais nait hors mariage en Europe, soit 2,7 millions chaque année. Il y a même certains pays ou davantage d’enfants naissent hors mariage que dans une famille ou les conjoints sont mariés (61,6 % en Islande, 59,2 % en Estonie, 55,1% en Norvège, 54,3% en Suède, 53,4% en Bulgarie, 53% en France, etc).
Mais ce qui inquiète le plus Lola Velarde, c’est le taux d’avortements, qui concerne 2,9 millions de cas chaque année en Europe, soit un avortement toutes les 11 secondes, près de 7’500 par jour, a-t-elle précisé. C’est l’équivalent de la population de l’Estonie, de Chypre, du Luxembourg et de Malte. En Russie, le taux d’avortements est le plus élevé de tous les pays européens: on compte dans ce pays 8 avortements pour 10 naissances… En Roumanie, en Estonie et en Bulgarie, ce taux est de 5 avortements pour 10 naissances. La moyenne européenne est de 25,7%. (chiffres de 2008).
La chercheuse espagnole voit également le danger dans les menaces qui pèsent sur l’institution familiale en raison du lobbyisme efficace mené par les groupes homosexuels, qui obtiennent de plus en plus pour eux des droits égaux à ceux des couples mariés. La diminution du nombre de mariages en Europe et l’augmentation des divorces est aussi une grave menace sur l’institution familiale, qui trouve de moins en moins de défenseurs. Les conséquences négatives de tous ces changements sont pour Ĺola Velarde évidentes: moins de gens en age de travailler et plus de personnes à la retraite, mise en faillite de l’Etat social, augmentation de l’immigration avec les conséquences sociales et les problèmes d’intégration culturelle que cela entraîne, etc. La chercheuse espagnole entend tirer la sonnette d’alarme pour que les politiques prennent la mesure de l’enjeu de société que représente cette menace très concrète d’»hiver démographique» et mettent en place des politiques favorables à la famille. L’Eglise est elle aussi appelée à diffuser une «culture d’ouverture à la vie» et à apporter son aide aux familles, tout en développant encore sa pastorale du mariage et de la famille. (apic/be)



