Les pourparlers entre la Chine et le Saint-Siège suivent «le temps de Dieu», selon le pape

Après un long silence, les pourparlers ont repris entre la Chine et le Vatican ces dernières semaines. Il s’agit de trouver des accords concernant la nomination des évêques chinois. Le pape François a confirmé sa volonté de poursuivre le dialogue avec le Parti communiste chinois, mais, confie-t-il, le calendrier suit «le temps de Dieu».

Malgré les voix qui s’opposent à un accord avec les autorités chinoises, le pape a confié préférer le risque du dialogue. Ces accords ont pu, selon les sources, être retardés par les troubles qui ont secoué l’Eglise chinoise ces derniers mois. Outre le cas de Mgr Cui Tai, évêque coadjuteur de Xuanshua, dans la province du Hebei, dont on est sans nouvelle depuis son enlèvement à la mi-avril, les provinces de Henan et de Hebei ont connu une série d’attaques contre l’Eglise.

Pas de confirmation officielle

Ces agressions font suite aux nouvelles réglementations religieuses promulguées le 1er février à Pékin, note Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris (MEP). La Chine a récemment renforcé l’encadrement de la liberté religieuse, à travers une loi qui sanctionne les communautés organisant des événements non-autorisés ou acceptant de recevoir des dons provenant de l’étranger.

De nouveaux échanges ont eu lieu à Rome durant la seconde semaine de juin, les premiers depuis décembre 2017, selon l’agence de presse Reuters, citant des sources romaines anonymes. Aucune des deux parties n’a jamais confirmé de calendrier pour ces négociations. Rome a d’ailleurs indiqué plus tôt qu’il se pourrait qu’un accord final ne soit pas rendu public.

Des réglementations encore plus strictes

Des informations non confirmées avaient, par le passé, affirmé que l’échéance finale de l’accord devait tomber au cours du mois de juin. Mais les échanges ont pu être alourdis par le cas de Mgr Cui Tai. Dans la province du Henan comme dans celle du Hebei, les Eglises ont subi des attaques.  Le Henan, qui abrite plus de catholiques que toute autre province chinoise, a dû faire face à des lois interdisant aux mineurs de venir prier dans les églises officielles. Des croix ont été retirées d’édifices non officiels, et des lieux de culte ont été fermés.

Le pape François préfère le dialogue à la confrontation pour améliorer la situation de l’Eglise catholique en Chine | © John Ragai/Flickr/CC BY 2.0)

Le pape François a confié le pape au journaliste de Reuters Phillip Pullella «Nous sommes en bonne voie», ajoutant que «le dialogue est un risque, mais je préfère le risque que la défaite certaine qu’amène l’absence de dialogue».

«Quant au calendrier, a-t-il poursuivi, certains disent qu’il dépend du temps chinois. Moi, je dis que c’est le temps de Dieu. Avançons sereinement». Le pape a décrit les pourparlers en trois parties: le dialogue officiel, les contacts non officiels avec les citoyens ordinaires «que nous ne voulons pas divulguer» et le dialogue culturel. Le nombre de catholiques en Chine est estimé entre 9 et 12 millions, la part de l’Eglise «officielle» étant comprise entre 50 et 70 % des catholiques, note EdA.

Le cardinal Joseph Zen Ze-kiun s’oppose à un accord

Les oppositions à l’accord restent fortes dans l’Eglise dite «souterraine» ou «clandestine» (il faudrait dire non reconnue par les autorités chinoises, donc sans statut officiel), où les catholiques opposés au contrôle de Pékin prient parfois dans leur propre église, mais aussi dans des salles ou même des maisons (souvent appelés «Eglises domestiques»).

Le principal porte-voix de l’Eglise souterraine est le cardinal Joseph Zen Ze-kiun, archevêque émérite de Hong-Kong, qui s’est prononcé à plusieurs reprises contre l’accord, notamment lors d’une interview sur le site Hong Kong Free Press en mai.

Mal vu de collaborer avec les autorités chinoises

«Certains affirment qu’aujourd’hui il y a des difficultés du côté chinois à cause de ceux qui pensent qu’ils n’ont pas besoin de l’accord, qu’ils peuvent tout contrôler. Peut-être y a-t-il des voix en Chine contre un accord final», a confié le cardinal Zen.

«Vous pouvez constater qu’il y a beaucoup d’actions du côté du gouvernement qui montrent qu’il est en train de resserrer son contrôle sur la religion. Il est donc d’autant plus difficile de comprendre comment le Vatican peut arriver à trouver un accord en ce moment, parce que, bien sûr, il risque d’être vu comme en train de collaborer avec le gouvernement».

Pékin dit vouloir un compromis

Selon les observateurs, le pape François a semblé faire référence aux catholiques «souterrains» quand il a déclaré ne pas vouloir divulguer les contacts avec les citoyens chinois. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang, a déclaré cette semaine que la Chine était sincère dans sa volonté d’améliorer ses relations bilatérales avec le Vatican.

«Nous sommes prêts à rencontrer le Vatican afin de trouver des compromis et réaliser de nouveaux progrès ensemble, pour de meilleures relations et pour permettre l’avancée d’un dialogue bilatéral constructif».

L’un des points clés de l’accord demeure la manière dont le Vatican devra gérer le cas des sept évêques nommés par Pékin. Certaines sources indiquent que les évêques auraient présenté leurs excuses au pape, dans une tentative de résoudre la situation. (cath.ch/eda/ucanews/be)

 

Geng Shuang, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères |© Gouvernement de la République populaire de Chine
27 juin 2018 | 12:15
par Jacques Berset
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