De jeunes bénévoles travailleurs de l’ombre à l’hôpital cantonal de Fribourg

Les « Poussyfs » : tout sauf la cinquième roue du carrosse !

Fribourg, 27 janvier 2010 (Apic) Les dimanches matins, les couloirs de l’hôpital cantonal de Fribourg voient défiler de jeunes gens qui accompagnent les malades à la messe. Sans la présence de ces bénévoles, plusieurs patients seraient contraints de rester dans leur chambre. Rencontre avec Maria Portmann, responsable de ce groupe nommé « Poussyfs ».

Apic : Pouvez-vous décrire en quelques mots le groupe que sont les « Poussyfs » ?

Maria Portmann : Les « Poussyfs » sont formés d’une dizaine de jeunes, de 13 à 15 ans, répartis en 4 groupes. Chacun des groupes se rend un dimanche par mois à l’hôpital cantonal afin d’accompagner des malades depuis leur chambre jusqu’à la chapelle où ils assistent à la messe ; l’office terminé, ils les raccompagnent dans leur chambre. De plus, à Noël ou à Pâques, les jeunes se rencontrent autour d’un repas pour un échange spirituel ponctué de lectures bibliques. A l’occasion de ces fêtes, ils réalisent également des bricolages et les offrent aux malades. L’idée phare du groupe est le partage, la générosité.

Apic : Tous les dimanches sont couverts par les « Poussyfs »?

Maria Portmann : Actuellement, non. L’effectif a diminué : ils sont 6 bénévoles. Entre 2 et 3 dimanches par mois sont couverts, en fonction des disponibilités des jeunes. Les vacances scolaires ne sont pas couvertes. Le groupe des « Poussyfs » ne fonctionnerait pas sans les adultes. Ceux-ci sont actuellement 7 à 8 et viennent régulièrement les dimanches.

Apic : L’initiative d’un tel service émane-t-elle des adultes ou des jeunes ?

Maria Portmann : Des adultes qui avaient besoin de renfort. Ils ont demandé à des jeunes de la paroisse de St-Pierre de les seconder, puis ces jeunes sont allés eux-mêmes recruter d’autres adolescents de la paroisse de Villars-sur-Glâne. Aujourd’hui, le groupe est composé de jeunes de la paroisse de St-Pierre, de Villars-sur-Glâne et même de Fribourg et environs.

Apic : Le groupe se réclame d’un label « jeune », comme on le lit sur les flyers. En quoi justifiez-vous ce critère ?

Maria Portmann : Il y a l’argument du renfort, oui. Mais il y a également l’envie, au départ, de faire une activité après la confirmation. D’où l’idée de demander à des jeunes. J’ai débuté dans ce cadre-là, après ma confirmation, en 1996. Nous étions 16 à l’époque, répartis également en 4 groupes, sous l’égide de Bernadette Massy jusqu’en 2001. Puis j’ai repris le groupe.

Apic : Vous mentionnez que les jeunes du groupe actuel ont entre 13 et 15 ans. Cela ne correspond pourtant pas à la période après la confirmation, qui est plus tardive ?

Maria Portmann : Exactement. La dynamique a changé. Avant, les acteurs du groupe étaient déjà confirmés – la confirmation avait lieu à 13 ans. Aujourd’hui, l’activité peut s’insérer dans un parcours de confirmation. Par leur participation aux « Poussyfs », les confirmants reçoivent des « points » qu’ils doivent accumuler au fil du programme de confirmation.

Apic : Vous est-il difficile de recruter des jeunes ?

Maria Portmann : Oui, très difficile. Je pense que le système de recrutement doit être revu. Jusqu’à présent, il s’effectuait par des affiches et des lettres que j’envoie aux jeunes de l’union pastorale âgés de 13 à 15 ans. Je pense que ce n’est pas une bonne solution. Il faudrait recruter dans les écoles, à travers les cours de religion. Mais je n’ai pas le temps de m’occuper de tout ça. Un des facteurs de cette régression est le changement d’intérêts des jeunes depuis la création du groupe. Avant, on participait à toutes les activités proposées, aujourd’hui, il est difficile de trouver un créneau horaire qui convienne à tous, une activité qui plaise à tous, etc. Il est rare que l’on arrive à réunir toute l’équipe lors de nos activités annexes. Le fait que ça soit bénévole, que ça demande du temps, peut aussi dissuader certains jeunes.

Apic : Le choix du nom du groupe, « Poussyfs », a-t-il été bien reçu ? Ne possède-t-il pas une connotation péjorative – à l’instar de l’adjectif « poussif » ou de l’idée de « pousser à… aller à la messe » – qui pourrait vous desservir?

Maria Portmann : Le nom vient d’un gag d’adolescents que nous étions. « Poussyfs » fait référence au chat Poussy de la bande dessinée : le « y » nous distingue de l’adjectif « poussif », plutôt négatif. Cette désignation a été très mal reçue par le groupe d’adultes, alors que par les gens que nous accompagnons, elle est accueillie différemment : ou elle ne les affecte pas, ou elle les fait rire.

Apic : Pouvez-vous nous expliquer le déroulement de votre activité un dimanche matin ?

Maria Portmann : Avant notre arrivée, des feuilles, mises à disposition par l’aumônerie de l’hôpital, ont été remplies la veille ou le matin auprès des patients et récoltées par les infirmières. Elles indiquent quels malades désirent communier en chambre ou descendre à la messe. Peu avant l’arrivée du groupe, un adulte est chargé d’aller chercher ces fiches. Les feuilles de communion sont gérées par une sœur, auxiliaire de l’Eucharistie, et les feuilles d’accompagnement des malades sont réparties entre nous. Il y a 3 possibilités : l’accompagnement du malade à pied, en fauteuil roulant ou en lit. La dernière est rare, dans ce cas-là, on se met à 2. Environ 2 ou 3 personnes descendent à la messe par étage – il y en a 6 fonctionnels sur un total de 8.

L’année passée, les prêtres ont établi une statistique, selon les feuilles récoltées : quelque 450 personnes ont été véhiculées pour aller à la messe durant l’année.

La moyenne d’âge des gens qui descendent à la chapelle est d’environ 60 ans. C’est très rare de voir des jeunes.

Apic : Comment êtes-vous acceptés par le personnel soignant ?

Maria Portmann : Il est arrivé qu’on soit très mal reçu par certaines infirmières. Il y a parfois un problème de communication, ce qui peut être compréhensible, du fait que le personnel change constamment. Dans l’expérience, c’est vrai qu’il arrive que l’on débarque dans une chambre et la personne est en train de prendre sa douche, etc.

Apic : Je présume, vous me contredirez si j’ai tort, qu’il n’y a pas de relation à long terme avec les patients. Non seulement les patients changent mais encore la rencontre est brève…

Maria Portmann : Tout à fait. Une fois seulement, une personne est restée 3 mois. C’était sympathique, elle a lié des liens avec tout le monde.

Apic : Comment percevez-vous cela ? Regrettez-vous ce côté éphémère ou au contraire le jugez-vous positif ?

Maria Portmann : Le côté positif, selon moi, c’est le fait de pouvoir dire : « Je donne un peu de mon temps sans avoir besoin de m’engager à long terme. » Quand les personnes sont un peu pénibles, ça ne nous gêne pas de ne pas les revoir. Le côté négatif, c’est que parfois précisément, on aimerait creuser la relation. Mais tout le service aumônier suit les malades durant la semaine. Le travail d’accompagnement sur un plus long terme existe.

Dans l’aspect positif encore, le court-terme permet de se confronter au monde médical sans s’y impliquer, sans y être assimilé non plus. On est vu comme un « bol d’air frais » auprès des malades. On s’occupe du côté humain de la personne, et non du corps. De plus, le côté ponctuel de l’activité fait partie de la dynamique de l’adolescence, qui aime le changement.

Apic : De vos 14 années au sein des « Poussyfs », quels sont les moments qui vous ont le plus marquée, tant positivement que négativement ?

Maria Portmann : Il y a eu des rencontres très sympathiques avec des malades qui étaient parfois plus en forme que moi le dimanche matin… Il y a également toute la dynamique du groupe des « Poussyfs » qui est intéressante. Notre voyage à Taizé, à 2 reprises, constitue un point fort. Ce sont ces moments, ponctuels, qui fédèrent le groupe et que je trouve importants.

Au niveau négatif, j’ai été confrontée à des cas de deuils : un malade qui venait de perdre un proche et qui s’est mis à pleurer. Un moment difficile à gérer : j’ai tout de suite appelé une infirmière. Nous ne sommes pas formés pour cela. Je mets les jeunes en garde : nous sommes là pour accompagner les personnes physiquement, les infirmières ou l’aumônerie sont là pour s’occuper de choses plus importantes.

Des remarques acerbes ont aussi été formulées contre les « Poussyfs » par le groupe des adultes ; elles émanent probablement de jalousie, de souffrance personnelle reportée sur le moment, sans prétexte. Il faut savoir relativiser.

Apic : Si vous n’étiez pas là, les patients qui le souhaitent ne pourraient pas se rendre à la messe ?

Maria Portmann : En effet, notre activité est importante. Ce service n’est pas du domaine du personnel soignant. La plupart des gens ne s’en rendent pas compte. Sans notre présence, les gens ne pourraient pas aller à la messe à l’hôpital. LCG

Encadré

Dimanche 24 janvier, Lara, Mélanie et son frère cadet Adrien, novice en cette matinée, sont au rendez-vous. Après distribution d’une dizaine de feuilles, les 3 « Poussyfs » se rendent dans les étages labyrinthiques de l’hôpital cantonal. « On pense toujours que je suis la petite-fille des gens que j’accompagne », lance Mélanie en riant. « Mais j’aime ça. Ca change de servir la messe », poursuit l’élève de 3e année du CO de Pérolles. Un entrain que partage Lara, étudiante de 1e année au collège Sainte-Croix : « Ca me fait toujours plaisir d’amener les malades à la messe ». La jeune fille, qui rêve de devenir chirurgienne, évoque la gratitude des patients : « Un jour, une malade que j’avais accompagnée m’a dit : Que Dieu vous bénisse ! Ca m’a touchée. » Une gratitude qui se fait ressentir dans l’hôpital en ce dimanche matin : « C’est gentil de venir me chercher », lance un patient à Adrien, tandis qu’une infirmière abonde : « Quel brave jeune homme ! » LCG

Encadré

Un service d’accompagnement des malades à l’office religieux existe également au CHUV.

L’aumônerie de l’hôpital cantonal de Fribourg se compose d’un diacre réformé, de 3 prêtres – l’abbé Michel Myotte-Duquet, père du Saint-Sacrement, l’abbé Jean-Pierre Modoux, prêtre auxiliaire à Sainte-Thérèse, et l’abbé André Pittet -, d’aumôniers laïcs et de sœurs, les sœurs hospitalières de Sainte-Marthe, de Jolimont. (apic/lcg)

27 janvier 2010 | 16:50
par webmaster@kath.ch
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