Brésil: Les peuples indigènes sont toujours victimes de violences
Les prédateurs veulent s’approprier leurs ressources naturelles
Brasilia, 3 juillet 2011 (Apic) «Rien ne change. Les violences à l’égard des peuples indigènes persistent…» Ces propos peu optimistes sont de Lucia Helena Range, anthropologue et coordinatrice du rapport «Violence contre les peuples indigènes au Brésil-2010», présenté le 30 juin dernier à Brasilia, par le Conseil Indigéniste Missionnaire (CIMI), un organe de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB).
Assassinats, menaces de mort, absence de services sanitaire et d’éducation, lenteur dans le processus de régularisation des terres, invasions et exploitation des ressources naturelles sur les terres qui leur sont reconnues… Voici le lot quotidien des populations indigènes du Brésil.
Etabli en prenant comme base les faits divulgués par la presse et par l’équipe du CIMI, cette étude propose, comme chaque année, une photographie des violences perpétrées à l’égard des indigènes et de leurs terres, les innombrables violations du droit et les violences subies par les communautés, notamment celles vivant isolées au cœur de la forêt amazonienne. Au-delà de l’élaboration de données chiffrées, l’objectif de ce rapport est de montrer en détail où et comment les indigènes sont victimes de violences, assure Lucia Helena Range. Ces violences existent mais elles sont très peu portées à la connaissance du grand public. Et quand elles le sont, elles sont généralement diluées dans le flux des informations.
Pourtant les faits sont graves et méritent d’être dénoncés, estime l’anthropologue brésilienne. Ainsi, d’après le rapport, 92 enfants de moins de cinq ans sont morts l’an passés par manque d’assistance médicale. Le nombre d’actes de violence contre les personnes est également très élevé: «en 2010, 60 indigènes ont été assassinés», assure Lucia Helena Range. 152 ont reçu des menaces de mort, 15 ont été la cible d’actes de racisme ou de discriminations et 27 ont été victimes d’une tentative d’assassinat.
Les cas plus graves ont été enregistrés dans l’Etat du Mato Grosso du Sud, où 34 indigènes ont été assassinés, 150 menacés de mort et 16 victimes de tentatives d’assassinat». Des atteintes aux personnes qui se doublent de violations de territoires. D’après la publication, l’an passé, il y a eu en effet pas moins de dix conflits liés à la terre, 33 invasions et occupations de terre et exploitations illégales des ressources naturelles, en particulier le bois. Et 49 cas de régularisation, prévus pour 2010, ont été repoussés.
L’anthropologue détaille également dans son rapport la situation de la déforestation illégale dans différents Etats du Brésil, notamment dans le Mato Grosso et le Maranhao, situés au nord du Brésil. «Dans ces deux Etats, l’exploitation illégale du bois existant sur les terres indigènes concerne plus de cent réserves indigènes». Une déforestation encore plus marquée depuis le début des discussions au Parlement du nouveau Code forestier, adopté le 24 mai dernier, et qui favorise largement le lobby des grands propriétaires. Autre explication pour ces violences à l’égard des indigènes du Brésil, les grands projets dans la région amazonienne.
Les grands projets de développement menaces les communautés indigènes
Axes routiers, centrales hydroélectriques, exploitations minières, construction de ports en eaux profondes tout au long de l’Amazonie… Ces chantiers, pour certains actuellement en cours, affectent considérablement la vie des indigènes et menacent à terme leur existence.
Des grands projets qui vont d’ailleurs souvent de pair avec la négation des droits des indigènes, notamment ceux reconnus par la Constitution brésilienne ou la convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), dont le Brésil est signataire. Cette dernière oblige l’Etat à consulter les peuples indigènes concernés avant toute construction sur leurs territoires.
Alcool et prostitution
Dernier volet de cet état des lieux, les problèmes sociaux, liés aux grands travaux, dont sont victimes les indigènes du Brésil. «La consommation d’alcool et la prostitution prennent chaque année de plus en plus d’importance», souligne l’anthropologue, en citant plusieurs exemples dans le pays. «Face à cette situation alarmante, conclut Lucia Helena Range, l’Etat est le plus souvent absent. Il y a par exemple très peu de débats publics sur les conséquences environnementales et culturelles de ces grands travaux. Pourtant, respecter les modes de vie des peuples traditionnels est indispensable. Mais le Brésil persiste dans l’idée que le progrès passe par l’industrialisation et le développement économique». (apic/jcg/be)




