Philippines: Le cardinal Tagle critique la position des médias par rapport au Synode sur la famille

Les problèmes des pays pauvres largement ignorés

Manille, 4 novembre 2014 (Apic) Le cardinal philippin Luis Antonio Tagle a vivement critiqué la couverture médiatique dont le récent Synode sur la famille a fait l’objet. De retour à Manille, la capitale des Philippines, le prélat a regretté que les médias occidentaux se soient focalisés sur quelques thèmes propres aux pays riches et aient largement ignoré les problèmes des familles dans les pays en développement.

«Certaines personnes peuvent avoir l’impression que les seuls sujets à avoir été discutés au Synode étaient le divorce et les personnes homosexuelles, a-t-il affirmé. Mais je peux vous assurer que ce n’est pas le cas et que bien d’autres problèmes ont été abordés», a souligné Mgr Tagle, qui était l’un des trois présidents de la rencontre.

Parmi ces autres «sujets d’importance» discutés par les Pères synodaux, le cardinal a mentionné les mariages interreligieux, les violences domestiques, la pornographie, la pauvreté ou bien encore les migrations, rapporte le 4 novembre 2014 Eglises d’Asie (EdA), l’agence d’information des Missions Etrangères de Paris. «Quand vous parlez de pauvreté, vous évoquez des questions liées à l’emploi, à l’éducation ou encore à l’alimentation. Des thèmes qui n’appartiennent pas en propre à l’Eglise mais concernent la société toute entière», a précisé le cardinal.

Séparation pour cause de migration

Au sujet des migrations et de leur impact sur la vie des couples et des familles, Mgr Tagle a répété qu’il n’y avait pas que le divorce qui entraînait la séparation des couples et des familles. Il faut aussi, a-t-il poursuivi, compter avec les migrations qui constituent «un autre type de séparation », lorsque l’un des deux conjoints est contraint de s’expatrier durant de longues années pour trouver un emploi et gagner l’argent nécessaire à l’entretien des siens.

«Les séparations [contraintes par la migration] ne sont pas des séparations ›bon débarras’ mais des séparations vécues dans la peine et la douleur», a-t-il ajouté. Il a posé la question de la pastorale à mettre en place par l’Eglise pour aider ceux qui partent à rester fidèles à leur conjoint et à demeurer proches de leurs enfants. De même, le cardinal, citoyen d’un pays dont près d’un dixième de la population est expatriée, s’est interrogé sur ce qui était fait pour ceux laissés sur place.

«L’ordre du jour» occidental

Interrogé sur la couverture médiatique du Synode, le cardinal l’a jugée globalement «juste», mais il a exprimé sa déception face à ce qu’il a qualifié d’«ordre du jour» imposé par des journalistes trop exclusivement focalisés sur des questions concernant d’abord l’Occident, à savoir les divorcés remariés civilement et les homosexuels.

Mgr Tagle a également épinglé le penchant de bon nombre de médias à «étiqueter» les Pères synodaux, voyant là une pratique peu constructive. «Etiqueter quelqu’un du terme progressiste, conservateur ou traditionaliste peut nuire à l’écoute profonde que l’on portera aux propos de la personne ainsi caractérisée», a expliqué le cardinal. Il a souligné qu’«une personne ne sera jamais réductible à une étiquette, tout particulièrement lorsque celle-ci s’exprime au sujet de mystères aussi profonds que l’amour, la relation, le mariage».

Mgr Tagle a dénoncé le fait que la presse était très nettement dominée par l’Occident. «J’ai été plus que frappé par le fait qu’il n’y avait pas un seul journaliste asiatique parmi les centaines de journalistes qui ont couvert ce Synode. Et tout aussi attristé de voir qu’il n’y avait pas non plus de journalistes africains», a relevé le cardinal. (apic/eda/rz)

4 novembre 2014 | 17:33
par webmaster@kath.ch
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