Les projets étrangers de biocarburant «sapent» la sécurité alimentaire en Afrique

Kenya: Un théologien s’insurge contre les biocarburants

Nairobi, 21 septembre 2010 (Apic) Un théologien et écologiste kenyan affirme qu’en louant, achetant ou saisissant des terres en Afrique afin d’y produire des cultures destinées à l’alimentation ou aux biocarburants, les entreprises étrangères sapent la sécurité alimentaire pour des millions de pauvres à travers le continent.

Jesse Mugambi, professeur de philosophie et d’études religieuses à l’Université de Nairobi, a averti que les communautés bradent leur autonomie alimentaire, leurs terres et la biodiversité locale lorsqu’elles passent des accords avec des entreprises étrangères qui produisent des denrées destinées à être commercialisées sur leurs marchés d’origine.

«L’Afrique a la capacité de se nourrir, mais les concessions foncières vont graduellement réduire cette capacité», a déclaré Jesse Mugambi au correspondant d’ENInews dans une interview donnée le 15 septembre, un jour après l’annonce, par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM), que 925 millions de personnes souffrent de faim chronique dans le monde.

Investissements dangereux pour la vie locale

Certains investisseurs affirment qu’en raison des risques liés à l’évolution des cours du marché, de plus en plus d’investisseurs placent leur argent dans les terres arables, dans l’optique de plus gros rendements. Cette tendance peut pousser les petits et moyens agriculteurs qui produisaient de la nourriture pour les marchés locaux à cesser leur activité.

Jesse Mugambi, membre du groupe de travail du Conseil œcuménique des Eglises sur les changements climatiques, souligne que l’Afrique est le seul continent qui produit ce qu’il ne consomme pas et consomme ce qu’il ne produit pas.

«Les conséquences de cette ’acquisition massive des terres’ sont désastreuses pour l’avenir. L’usage auquel est consacré la terre est par ailleurs alarmant», a-t-il ajouté.

D’après Jessie Mugambi, d’immenses étendues de terres fertiles au Kenya ont été consacrés au début du 20e siècle à la culture du café, du thé, du coton, du sisal et du pyrèthre, un modèle qui contribue aujourd’hui aux graves pénuries alimentaires.

Puis, dans les années 1970, les terres fertiles où les paysans cultivaient du maïs en tant que culture vivrière ont été converties pour y cultiver de la canne à sucre en vue de la production d’éthanol.

«Pendant quelques temps, dans les années 1970, on nous vendait de l’alcool-essence dans les stations services, mais l’euphorie a fait long feu. Aujourd’hui, là où se trouvent les exploitations de canne à sucre, il y a une pénurie alimentaire permanente,» et les paysans n’arrivent pas à couvrir les frais dépensés en main d’œuvre et en intrants, a expliqué Jesse Mugambi.

Au moins cinq millions d’hectares de terres, une superficie équivalente à celle du Danemark, est en cours d’acquisition par des entreprises étrangères souhaitant produire des biocarburants, essentiellement pour les marchés des pays du nord, selon un rapport publié en août 2010 par Les Amis de la terre, une organisation de défense de la cause environnementale.

Les entreprises européennes et chinoises dominent cette pratique, qui se concentre dans 11 pays. Les acquisitions se sont heurtées à des protestations au Ghana, à Madagascar et en Tanzanie, indique le rapport. Selon Jesse Mugambi, les biocarburants constituent un mauvais choix dans l’histoire technologique humaine. (apic/eni/js)

21 septembre 2010 | 17:57
par webmaster@kath.ch
Partagez!