Paris: Un nouveau protestantisme évangélique émerge en France

Les protestants au miroir des enquêtes IFOP de 2010

Paris, 18 novembre 2010 (Apic) L’hebdomadaire protestant «Réforme» et le quotidien catholique «La Croix» ont publié jeudi 18 novembre les résultats d’un grand sondage IFOP sur les protestants en France aujourd’hui. Cette étude apporte une image en grandeur réelle de cette minorité religieuse et confirme l’émergence d’un nouveau protestantisme évangélique.

Ce sondage, qui dresse un portrait des protestants en France, confirme qu’ils sont dorénavant davantage dans les grandes villes et leurs banlieues que dans les régions rurales traditionnellement protestantes. Les sensibilités déclarées donnent les chiffres indicatifs suivants: luthéro-réformées 56%, évangéliques 23%, pentecôtistes 5% et charismatiques 2%, relève dans un communiqué la Fédération protestante de France (FPF). Les membres de la mouvance évangélique sont plus jeunes, plus dynamiques, très pratiquants et plus conservateurs en matière de valeurs.

En métropole, les protestants représentent entre 2,5% et 2,8% de la population.

L’enquête IFOP a été réalisée pour «Réforme», la Fédération protestante de France (FPF), le quotidien «La Croix» et l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Le sondage intitulé «Les protestants au miroir des enquêtes IFOP de 2010» montre que si le protestantisme français reste majoritairement luthéro-réformé, les tendances évangéliques confirment leur progression. Elles représentent désormais près d’un tiers des 1,7 million de protestants de France et des territoires d’outre-mer. En métropole, les protestants représentent entre 2,5% et 2,8% de la population.

La Fédération protestante de France souligne que ce sondage, s’il confirme la diversité et la complexité des attachements et des engagements, montre beaucoup d’unité et des divergences qui ne suivent pas forcément des frontières confessionnelles. La FPF note par ailleurs la grande convergence en matière d’éthique sociale, les divergences portant essentiellement sur les questions d’éthique familiale et de bioéthique (début et fin de la vie).

Le sondage fait apparaître, notamment dans les «nouveaux territoires protestants», un renouveau de piété porté par le courant évangélique mais qui touche l’ensemble des Eglises. La vitalité protestante est enfin visible dans un renforcement de l’engagement des jeunes, souligne la FPF. Elle voit ainsi sa vocation «replacée devant le défi de gérer la diversité», mais elle garde la conviction «que ce qui lie les protestants est bien plus fort que les tensions qui les mèneraient à la rupture». C’est pour approfondir ces intuitions que la Fédération a initié le colloque «Les protestants en France, une famille recomposée. Etat des lieux et repères», qui se déroule ces jours, du 18 au 20 novembre, à Paris.

«La minorité protestante affiche à l’évidence une bonne santé», souligne «La Croix»

Un protestant sur quatre assiste chaque semaine au culte (26%), un sur trois lit la Bible au moins une fois par semaine (34%) et près d’un sur deux dit prier chaque jour (45%), selon le sondage IFOP. Avec 39 % de pratiquants réguliers, «la minorité protestante, affiche à l’évidence une bonne santé», relève le quotidien «La Croix». «On en a fini avec la thématique du protestantisme ’peau de chagrin’, appelé à se diluer dans le monde moderne», relève dans le quotidien catholique français le sociologue Sébastien Fath, qui voit même «une très légère augmentation» de la part du protestantisme en France depuis dix ans.

Son collègue Jean-Paul Willaime, directeur à l’Ecole pratique des hautes études (EPHE), s’étonne de constater que «contrairement au schéma classique de la sociologie des religions selon lequel plus on est jeune, moins on pratique, les protestants de moins de 35 ans, toutes sensibilités confondues, sont plus pieux que leurs aînés». Les écarts entre les deux principales sensibilités protestantes sont en fait considérables, note «La Croix». A titre d’exemple, entre 8% et 9% des luthéro-réformés vont chaque semaine au culte… contre 65% des évangéliques et pentecôtistes. Ce qui se confirme géographiquement: les chiffres de la pratique sont très élevés en Ile-de-France, là où les grands bastions du protestantisme traditionnel (dans les régions des Cévennes, du Languedoc, et en Alsace-Moselle) marquent le pas.

«Si l’on considère les luthéro-réformés, on remarque qu’ils tendent à s’aligner sur le modèle sociologique catholique, majoritaire en France: baisse de la pratique, vieillissement des fidèles», relève de son côté Jérôme Fourquet, qui a conduit l’étude pour l’IFOP. Pour lui, il n’est guère étonnant de voir que les protestants de l’Ile-de-France sont convaincus que le protestantisme va progresser à l’avenir (57 %), là où ceux d’Alsace-Lorraine se montrent plus pessimistes (20 %).

Cet écart – il y a un fossé «spectaculaire» entre les chiffres de la pratique de l’Alsace-Moselle, où l’on ne compte que 15% d’évangéliques, et ceux de l’Ile-de-France, où l’on remarque la présence la plus manifeste des protestants évangéliques et des diverses Eglises ethniques – s’explique par le «le passage d’une religion par héritage à une religion par choix», selon Jean-Paul Willaime. En attestent les deux premiers motifs d’adhésion au protestantisme indiqués par les personnes interrogées: tradition familiale et liberté d’esprit pour les luthéro-réformés, place accordée à la Bible et façon d’exprimer la foi chrétienne pour les évangéliques.

L’enquête confirme l’importance significative de la conversion dans le monde évangélique: 48% se disent «convertis», contre 11% parmi les luthéro-réformés. En ce qui concerne les guérisons miraculeuses en cas de maladie, 70% des évangéliques y croient contre 13% parmi les luthéro-réformés. En matière d’éthique, les divergences sont claires: 87% des luthéro-réformés contre 40% des évangéliques sont partisans du droit à l’avortement. «Dans certaines circonstances, chacun devrait pouvoir choisir le moment de sa mort», estiment 67% des luthéro-réformés contre 27% des évangéliques.

ll est intéressant de voir, note «La Croix», que les évangéliques attirent des convertis de l’athéisme, là où les nouveaux luthéro-réformés sont issus majoritairement du catholicisme. Ces tendances s’inscrivent «dans le contexte plus large des recompositions religieuses à l’oeuvre dans une ’société monde’ marquée par la primauté croissante du choix individuel, relèvent les chercheurs. Le sondage a été réalisé par téléphone ou à domicile, du 7 au 21 mai, auprès de 702 personnes se déclarant de confession protestante ou chrétienne évangélique. (apic/cx/fpf/be)

18 novembre 2010 | 16:19
par webmaster@kath.ch
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