Muhammadu Buhari, lui-même musulman, est président du Nigeria depuis 2015 | © Chatham House/Flickr/CC BY 2.0
International

Les USA retirent le Nigeria de la liste des «pays préoccupants»

Les États-Unis ont annoncé le 17 novembre 2021, le retrait du Nigeria de la liste des pays où la liberté religieuse n’est pas respectée, après l’y avoir inscrit, en décembre 2020, soulignant que les deux pays sont «partenaires stratégiques».

Cette décision a été publiée à la veille d’une visite officielle de deux jours au Nigeria, les 18 et 19 novembre, du Secrétaire d’État américain, Antony Blinken, dans le cadre d’une mini-tournée en Afrique. Celle-ci l’a conduit successivement au Kenya (Afrique orientale), au Nigeria et au Sénégal, en Afrique de l’ouest.

Le Nigeria – 206 millions d’habitants en 2020, dont 53,5 % de musulmans et 46 % de chrétiens – vit des violences d’ordre religieux, de manière récurrente, depuis 2000. Les conflits entre musulmans et chrétiens ont fait plus de 10’000 morts. Des mosquées et églises ont été détruites, pillées ou incendiés, de même que de biens publics et privés.

Situation précaire pour les chrétiens

Depuis 2002, le groupe islamiste Boko Haram a multiplié les attaques terroristes sans discernement contre les chrétiens et les musulmans, ciblant aussi bien les églises que les mosquées. Il s’illustre également par les razzias dans les localités, les enlèvements d’enfants (garçons et filles) et de religieux. Les agriculteurs chrétiens sont également visés par des éleveurs nomades fulanis (peulhs), profitant de leur appartenance à la même ethnique le président Muhammad Buhari.

La situation étant précaire pour les chrétiens, les États-Unis ont considéré en décembre 2020 que la liberté religieuse était violée dans le pays et l’ont placé sur liste noire.

Dans sa déclaration de retrait du Nigeria de cette liste, le Secrétaire d’État Antony Blinken a cependant précisé que les États-Unis considèrent toujours Boko Haram, comme une organisation «particulièrement préoccupante», aux côtés d’autres groupes terroristes religieux, comme al-Shabab, Hayat Tahrir al-Sham, les Houthis, ISIS (Etat islamique au grand Sahel), ISIS-Afrique de l’Ouest (État islamique en Afrique de l’ouest), Jamaat Nasr al-Islam wal-Muslimin et les talibans.

Deux autres pays africains, l’Algérie et les Comores, sont également sur la liste des États à «surveillance spéciale», parce qu’ils ont commis ou tolèrent de «graves violations de la liberté religieuse», avec Cuba et le  Nicaragua. Les USA ont également désigné la Birmanie, la Chine, l’Érythrée, l’Iran, la République démocratique de Corée, le Pakistan, la Russie, l’Arabie saoudite, le Tadjikistan et le Turkménistan comme pays particulièrement préoccupants pour avoir commis ou toléré «des violations systématiques, continues et flagrantes de liberté de religion».

Lobbyistes américains corrompus?

Le président nigérian Muhammadu Buhari a salué la décision des États-Unis. Son porte-parole, Garba Shehu, a indiqué dans un communiqué que «le Nigeria n’aurait jamais dû figurer sur cette liste». Selon lui, ce sont «des lobbyistes américains de droite qui ont été financés à hauteur de millions de dollars par le peuple autochtone du Biafra pour répandre des mensonges et de la désinformation sur le Nigeria», a-t-il ajouté dans sa déclaration »sur le sens du retrait, par le président Joe Biden, du Nigeria de la liste de surveillance des violations religieuses».

Pour sa part, la Commission américaine sur la liberté religieuse internationale (USCIRF) a critiqué ce retrait du Nigeria et s’en est déclarée «consternée». (cath.ch/ibc/gr)

Muhammadu Buhari, lui-même musulman, est président du Nigeria depuis 2015 | © Chatham House/Flickr/CC BY 2.0
21 novembre 2021 | 16:29
par Ibrahima Cisse
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