Liban: AI dénonce le recours à la torture contre les femmes placées en détention
«Violences destinées à les faire s’incriminer elles-mêmes».
Londres, 22 août 2001 (APIC) Les femmes libanaises en détention préventive au Liban sont victimes de violences destinées à les faire avouer sans qu’aucune mesure ne soit prise à l’encontre des tortionnaires. Amnesty International (AI) appelle les autorités libanaises à prendre des mesures afin de protéger les femmes contre les actes de torture, les mauvais traitements comme le viol, dont elles sont victimes en détention.
Dans un rapport publié mercredi 22 août, intitulé «Liban. Torture et mauvais traitements infligés aux femmes placées en détention préventive: une culture de l’assentiment», l’organisation dresse le tableau affligeant des atteintes systématiques aux droits des femmes accusées d’infractions de nature politique ou de crimes de droit commun ainsi qu’aux droits des travailleuses migrantes. Les femmes placées en détention préventive au Liban sont régulièrement privées de la protection de la loi et elles sont maintenues au secret pendant de longues périodes. Beaucoup sont victimes de violences destinées à les faire avouer ou à s’incriminer elles-mêmes.
Culture de l’assentiment
La culture de l’assentiment neutralise le système juridique, dénonce l’AI. Le parquet ne contrôle pas les conditions de détention dans les postes de police où les policiers, exclusivement de sexe masculin, extorquent des aveux. Le juge d’instruction reçoit les allégations de torture, mais ne prend aucune mesure contre les tortionnaires.
Le rapport de l’AI souligne que les garanties contre la détention au secret, la torture et les mauvais traitements contenues dans la Constitution libanaise et dans la législation sont insuffisantes. Ces garanties sont souvent transgressées dans la pratique dans un contexte marqué par une culture de l’assentiment à laquelle adhèrent tacitement la police ainsi que les procureurs, les juges et les autorités en général.
Lorsque les responsables de la police, les procureurs ou les juges s’élèvent contre certaines violations, ils ne prennent pas les mesures nécessaires pour mettre un terme à l’impunité des auteurs de tels agissements, déplore le rapport.
Cas des milliers d’employées de maison d’origine étrangère
Outre les atteintes aux droits des femmes accusées de crimes de droit commun ou d’infractions de nature politique essentiellement la collaboration avec Israël, le rapport met également l’accent sur les mauvais traitements systématiques, voire les actes de torture, dont sont victimes une grande partie des dizaines de milliers d’employées de maison d’origine étrangère. AI fait observer que ces agissements sont perpétrés tant par les employeurs que par les agents de l’Etat auxquels ces femmes s’adressent pour se plaindre des mauvais traitements qui leur sont infligés par leurs employeurs et par les agences de recrutement. Le rapport d’AI cite entre autres sévices les coups, la séquestration, la privation de nourriture, les insultes et la surcharge de travail. Un grand nombre de ces femmes sont également victimes d’atteintes à leurs droits liées à leur sexe, et notamment de sévices sexuels.
Urgence d’ouverture d’enquêtes indépendantes
Amnesty International recommande notamment aux autorités libanaises de réformer la législation afin de protéger les droits des travailleuses migrantes. L’organisation réclame l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur tous les cas signalés de torture et de mauvais traitements infligés à des femmes et sur les atteintes liées à leur sexe, comme le viol. Elle invite les autorités à fournir aux victimes les soins médicaux que nécessite leur état et à leur accorder une juste réparation. AI demande enfin la comparution des responsables en justice, l’amélioration des conditions de détention dans les prisons pour femmes et la mise en place d’une formation aux questions liées à la différence entre les sexes, à l ’intention du personnel des organismes chargés de l’application des lois.
Le rapport conclut en en demandant aux autorités libanaises de mettre un terme à la culture de l’assentiment qui permet aux auteurs de ces atteintes aux droits des femmes de poursuivre leurs agissements en toute impunité. (apic/com/mk)



