Représailles contre la guerre russe en Tchétchénie ?
Liban: La vague d’attentats contre les églises orthodoxes inquiète la communauté chrétienne
Tripoli/Beyrouth, 16 novembre 1999 (APIC) La vague d’attentats contre les églises orthodoxes au Liban sème l’inquiétude dans la communauté chrétienne. L’attaque à la grenade samedi soir contre l’église grecque-orthodoxe de St-Michel de Tripoli, est la quatrième en moins de deux mois. Quatre églises ont été la cible d’actes terroristes dont deux à Tripoli et trois autres ont été profanées dans la région de l’Akkar, à Aïnab et à Tarchiche. Certains y voient la main de groupes désirant «venger les victimes musulmanes» de l’offensive russe en Tchétchénie.
Les trois principaux chefs religieux du pays, le mufti de la République, Mohammed Rachid Kabbani, le président du Conseil supérieur chiite, Mohammed Mehdi Chamseddine, et le cheikh Akl druze Bahjat Ghaith, ont tous sévèrement condamné ce nouvel attentat.
«Les agressions qui, ces dernières semaines, ont touché des églises à Tripoli et dans la Békaa ont pour objectif de porter atteinte à la formule libanaise de coexistence et au processus de rétablissement de la sécurité et de la stabilité au Liban», estime le chef de la communauté sunnite, Cheikh Kabbani. «On peut y lire très clairement l’intention hostile et tacite de réveiller la discorde confessionnelle dans le pays», ajoute le chef de Dar el-Fatwa.
Cheikh Chamseddine voit dans cet attentat un acte qui «sert les intérêts du projet sioniste qui vise à semer les discordes internes et les actes terroristes». Et le chef de la communauté chiite de réclamer des services de sécurité concernés de démasquer les coupables et de leur infliger «un châtiment exemplaire». De nombreux députés ont également condamné l’attentat manqué de samedi. La grenade, qui a ricoché sur le mur de l’église, a provoqué des dégâts mineurs à l’édifice, faisant un blessé, probablement l’auteur de l’attaque lui-même. Le blessé a disparu en laissant des traces de sang sur les lieux. Des perquisitions ont été effectuées dans tous les hôpitaux de la région pour tenter de le retrouver.
Les députés ont rendu hommage à la réaction mesurée de l’archevêque de Tripoli, le métropolite Elias Corban, qui a reçu le soutien des musulmans locaux. Certains observateurs se demandent si ces attentats ne sont pas à mettre sur le compte de «représailles anti-orthodoxes» pour protester contre la guerre russe en Tchétchénie. Cette série d’actes criminels contre les églises – non encore élucidés par les services de sécurité et la police – suscite l’inquiétude générale.
Le métropolite Corban a dénoncé les récentes attaques contre les églises grecques-orthodoxes, affirmant que ce genre d’actes «porte atteinte à toutes les religions et à la coexistence au Liban». Mgr Corban se demande si l’attentat de samedi «est un acte individuel perpétré par un fou ou s’il s’agit d’une opération beaucoup plus importante».
La piste tchétchène
A part les deux attentats de Tripoli, contre l’église St-Georges et celle de St-Michel, un autre avait été perpétré il y a une dizaine de jours contre l’église Notre-Dame des grecs-orthodoxes dans le village d’Aassoun à Denniyé. Les attentats ont commencé à Beyrouth où une mallette piégée a tué un sacristain en l’église St-Georges des maronites à Dékouaneh.
Parce que l’attentat a visé pour la troisième fois en quelques semaines une église orthodoxe, les enquêteurs n’ont pas hésité à faire le lien entre la série d’attaques à l’explosif visant des lieux saints orthodoxes et la guerre livrée par Moscou aux extrémistes islamiques sunnites, en Tchétchénie. Rappelons qu’en pleine guerre de Bosnie, en 1992, des intégristes islamiques avaient voulu attenter à la vie de prélats orthodoxes venus d’Europe centrale et orientale participer à un congrès organisé au couvent de Balamand, à 30 kilomètres de Tripoli. La piste tchétchène semble prévaloir pour le moment. Des perquisitions ont été opérées dans les demeures de certains éléments intégristes au Liban-Nord, mais sans qu’il ne soit procédé à des arrestations, rapporte mardi le quotidien francophone libanais «L’Orient-Le Jour». (apic/orj/be)




