Les chefs religieux musulmans: maintien des troupes de Damas

Liban: Le débat sur la présence syrienne prend une tournure confessionnelle malsaine

Beyrouth, 8 avril 2001 (APIC) Le débat sur la présence militaire syrienne au Liban prend depuis quelques jours une tournure confessionnelle malsaine. Des rumeurs font état d’un projet de manifestation pro-syrienne qui se dirigerait vers le siège patriarcal de Bkerké, près de Beyrouth, où réside le patriarche maronite Nasrallah Sfeir, figure de proue de ceux qui demandent le départ du pays des 35’000 soldats syriens.

Pour sa part, le mufti de la République Mohammed Rachid Kabbani, a vivement dénoncé ceux qui réclament le départ des Syriens. «Non au retrait des forces syriennes, telle est notre conviction, telle est notre volonté», a lancé le mufti Kabbani lors de son prêche du vendredi, à la mosquée Imam Ali de Tarik Jédidé. Il a lancé de violentes invectives contre ceux qui réclament le départ des troupes de Damas et de vives critiques à l’encontre des partisans du général en exil Michel Aoun et des partisans des Forces libanaises, rapporte le quotidien libanais de langue française «L’Orient-Le Jour».

Incitation aux divisions entre confessions

«Lorsque certains réclament un départ des troupes syriennes, ils créent ainsi des divisions dont tout le monde se plaint», a lancé le chef religieux de la communauté sunnite, invitant ces personnes à retirer une demande qu’il a «rejette catégoriquement». A cette occasion, il a mis en garde contre «le danger de l’incitation aux divisions entre confessions sous le couvert de certaines positions, notamment la réclamation du départ des troupes syriennes». Il a souligné que «susciter de l’hostilité envers la Syrie nous fait revenir à l’atmosphère de la sinistre insurrection qui a détruit la patrie», faisant une allusion claire à la guerre civile de 1975.

Le vice-président du Conseil supérieur chiite, cheikh Abdel Karim Kabalan, a plaidé pour sa part en faveur d’un «dialogue national approfondi», mais il a lui aussi défendu la présence syrienne dans le pays, la présentant comme étant «un besoin et une nécessité pour le Liban». Dans son prêche du vendredi, cheikh Kabalan a mis en garde contre «le climat fiévreux qui règne dans le pays et qu’attisent les tentatives de soulever les passions dans le but de susciter des dissensions confessionnelles, de semer la discorde et de faire revivre aux Libanais un passé qui leur a coûté très cher».

Le dignitaire chiite a souligné que les questions conflictuelles ne peuvent être réglées qu’à travers un dialogue national approfondi, «loin des impulsions, des réactions et des intérêts sectaires qui creusent le fossé entre les Libanais et qui permettent aux pêcheurs en eau trouble de provoquer des dissensions confessionnelles». A ses yeux, les autorités politiques et religieuses «se doivent, chacune, d’éteindre le feu confessionnel qui risque de consumer tous les appels au calme et au dialogue».

Le Comité national islamo-chrétien pour le dialogue invite l’Etat à réagir

Le Comité national islamo-chrétien a dénoncé pour sa part le climat de polémique et de surenchères qui sévit dans le pays, invitant l’Etat à réagir et à prendre au sérieux les attitudes négatives apparues ces derniers jours. «Le Comité exprime sa vive inquiétude au sujet du clivage confessionnel portant sur des problèmes politiques sans aucun rapport avec l’idéologie religieuse».

Le Comité invite les responsables officiels, les leaders politiques, les médias et les représentants de la société civile à œuvrer en vue d’un désengagement entre les divers courants politiques, d’une part, et les appartenances confessionnelles, d’autre part. Des tracts menaçant sans ambages de mort les partisans des partis et des courants politiques qui s’apprêtent à organiser un rassemblement pacifique mercredi, place des Martyrs, «pour proclamer la fin de la guerre au Liban» ont été distribués dans les rues et aux portes des universités et des mosquées, dans la partie ouest (majoritairement musulmane) de la capitale.

Le chef de l’Eglise maronite veut l’application des Accords de Taëf

Les Forces libanaises (milices chrétiennes dissoutes) sont qualifiés dans ces libelles d’»agents stipendiés d’Israël» et d’»agents de Sharon» qui ont du sang plein les mains (allusion aux massacres de milliers de réfugiés civils dans les camps de Sabra et Chatila lors de l’invasion israélienne du Liban). Les tracts invitent «tous les musulmans à leur faire face avec les dents, les bâtons et les couteaux de cuisine». Le tract intitulé «Appel aux musulmans de Beyrouth» est signé du nom d’une organisation inconnue, «les fils de Tarik Jédidé».

Deux autres organisations, «l’Association des projets de bienfaisance islamique» et «Le mouvement du 6 février – Les forces de l’intifada», ont également distribué des tracts reprenant plus ou moins violemment les mêmes menaces et dont «L’Orient-Le Jour» a pu obtenir des copies.

De son côté, le cardinal Nasrallah Sfeir, chef de l’Eglise maronite, a réaffirmé son attachement à l’application de l’Accord de Taëf. «Nous ne nous étions pas permis de réclamer le départ de l’armée syrienne du Liban tant que l’occupation israélienne durait. Mais après le départ de cette armée, appliquer le document d’entente nationale est devenu un devoir, en particulier en ce qui concerne le retrait syrien», a-t-il déclaré aux visiteurs reçus en audience au siège patriarcal de Bkerké. Le patriarche Sfeir a par ailleurs démenti vouloir se rendre en Syrie prochainement. (apic/orj/be)

8 avril 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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