Liban: Les évêques maronites réclament la fin de la tutelle syrienne sur le Liban
La «tragédie libanaise»: corruption et inexistence de l’Etat
Beyrouth, 4 septembre 2003 (Apic) L’Assemblée des évêques maronites du Liban a réclamé mercredi la fin de la tutelle syrienne sur le pays des cèdres. Réunis à Dimane, au Liban-Nord, dans la résidence d’été du cardinal Nasrallah Sfeir, patriarche maronite, les prélats ont publié leur quatrième appel depuis l’an 2000 à propos des grands problèmes nationaux. Malgré le sombre tableau politico-économique qu’ils dressent, les évêques veulent tout de même susciter l’espoir, en invitant notamment les jeunes à apporter leur contribution au redressement national.
Plaidant pour l’indépendance de leur pays, les évêques soulignent la nécessité de mettre fin à la tutelle syrienne, affirmant que celle-ci porte préjudice aussi bien au Liban qu’à la Syrie, rapporte jeudi le quotidien francophone libanais «L’Orient-Le Jour». Les évêques expliquent l’absence de réelle souveraineté nationale par «le manque de sentiment national, plus particulièrement chez ceux qui font prévaloir leurs intérêts personnels au détriment de l’intérêt supérieur du pays, sans compter ceux qui s’appuient sur les non-Libanais pour accéder à des postes ou marquer des points face à leur adversaire.»
L’Assemblée des évêques estime que personne un tant soi pensé doué de raison n’accepterait de rester sous tutelle toute sa vie: «Cette tutelle qui se poursuit depuis 27 ans fait sentir aux Libanais qu’ils sont incapables d’assumer leurs responsabilités. Ce qui porte préjudice au Liban et à la Syrie.» Et les prélats de mettre en garde: «le Liban est en train de se dissoudre progressivement dans les pays d’émigration et perd peu à peu ses fondements. Une telle situation risque de mener à la disparition du pays.»
Nul n’est contraint de rendre des comptes
Evoquant les problèmes posés par la corruption de l’administration, la dilapidation des fonds publics et les ingérences de la politique dans l’action de la justice et parlant même de «tragédie libanaise», les évêques affirment que la situation n’a fait que se détériorer ces derniers temps. Et de relever que cette constatation est l’aveu même d’anciens responsables politiques qui affirment que l’Etat libanais n’existe pas. Ces derniers dénoncent la corruption et déplorent le fait que nul n’est contraint de rendre des comptes, écrivent les évêques. «Certains fonctionnaires se font les complices des citoyens pour priver l’Etat de certains de ses revenus en encaissant des pots-de-vin. Les précédentes tentatives de réforme ont été vouées à l’échec.»
Dans leur appel, les évêques citent quantité d’exemples, comme par ex. celui de la Caisse des déplacés «qui a coûté à l’Etat d’importantes sommes, sans pour autant que les déplacés ne réintègrent leurs villages». Au plan économique, la dette supportée par les citoyens libanais s’élève à près de 35 milliards de dollars et l’Etat continue de s’endetter sans essayer de payer une partie des intérêts qui se chiffrent à près de 3 milliards de dollars par an. Sans compter le chômage grandissant qui pousse les jeunes à émigrer, en particulier les détenteurs de diplômes universitaires. Les tiraillements entre les pôles du pouvoir paralysent l’action gouvernementale et donnent lieu parfois à des conflits d’ordre confessionnel. Et les évêques de déplorer que cette situation «donne l’impression que les Libanais ne sont pas en mesure de se gouverner eux- mêmes.»
Au plan de la sécurité, les vols se multiplient dans toutes les régions du pays, sans que l’on retrouve les auteurs de certains crimes. D’autre part, dans leur message, les évêques libanais signalent l’apparition chez les jeunes d’un certain fanatisme, «ce qui laisse craindre un retour au climat qui caractérisait la période de la guerre libanaise.» (apic/orj/be)




