Le camp chrétien se déchire toujours plus
Liban: Querelle politique entre le patriarche Sfeir et le Courant patriotique libre (CPL)
Beyrouth, 27 février 2009 (Apic) Le «camp chrétien» au Liban se déchire toujours plus. Après les menaces d’excommunication contre ceux qui insultent le patriarche maronite Nasrallah Sfeir lancées par Mgr Béchara Raï, évêque de Jbeil, le Courant patriotique libre (CPL) a mis en garde contre le risque d’une «explosion de l’Eglise».
La polémique s’envenime de plus en plus entre le Courant patriotique libre (CPL) et le patriarcat maronite, au lendemain de la conférence de presse de Mgr Béchara Raï. L’évêque de Jbeil avait brandi mercredi la menace symbolique de l’excommunication contre ceux qui insultent le patriarche maronite. Il visait le CPL du général Michel Aoun, qui collabore avec le Hezbollah.
Menaces d’excommunication contre ceux qui insultent le patriarche
Citant le Code des canons des Eglises orientales, notamment le canon 1445 (qui prévoit que celui qui a exercé la violence physique contre un évêque ou qui a commis contre lui une autre grave injustice, sera puni d’une peine adéquate sans exclure, s’il est clerc, la déposition; si le même délit a été commis contre le métropolite, le patriarche ou contre le pape, le coupable sera puni de l’excommunication), l’évêque de Jbeil avait menacé les détracteurs du patriarche de cette grave peine.
Alors que les partis se préparent aux prochaines élections législatives fixées le 7 juin, la rhétorique politique libanaise ne donne pas toujours dans la nuance. Des responsables politiques et des journalistes ont fait des remarques désobligeantes sur le patriarche maronite, qui se hasarde trop souvent à leur goût dans le champ politique. Le cardinal Sfeir est accusé par le CPL de s’aligner derrière ses adversaires de la Coalition du 14 Mars, le bloc parlementaire majoritaire de l’assemblée nationale libanaise rattaché à l’Alliance du 14 Mars. Le CPL estime que cela peut mener à une véritable «explosion de l’Eglise».
Protestations auprès du nonce apostolique
Une délégation du CPL, formée des députés «aounistes» du Bloc du changement et de la réforme Nabil Nicolas, Edgar Maalouf, Camille Khoury et Chamel Mouzaya, a protesté jeudi auprès du nonce apostolique, Mgr Luigi Gatti. Ils entendaient dénoncer les propos tenus par l’archevêque maronite de Jbeil, Mgr Béchara Raï, lors de sa conférence de presse mercredi au Centre catholique d’information (CCI) à Jal el-Dib, à Beyrouth.
Pour Nabil Nicolas, député maronite du Metn, les propos de Mgr Raï «nous ont ramenés au Moyen Age, lorsque l’Eglise interdisait toute opinion contraire à la sienne, ce qui a conduit à sa division… Cela est insultant!». Et de se demander à voix haute: «Où était l’Eglise lorsque les chrétiens étaient massacrés par d’autres chrétiens ? Pourquoi n’a-t-elle pas eu recours à l’excommunication contre ces derniers, alors qu’elle souhaite à présent excommunier ceux qui donnent une opinion différente de la sienne ?»
Le député du Metn a expliqué que la délégation avait abordé avec le nonce, Mgr Gatti, la question de «la partialité de certains dignitaires religieux qui pourrait aboutir à une explosion et un effondrement de l’Eglise».
L’autre camp, celui du «14 Mars», a apporté son soutien au patriarche maronite. Ainsi le président du comité exécutif des Forces libanaises, Samir Geagea, a rencontré le nonce apostolique, Mgr Luigi Gatti, devant lequel il a stigmatisé l’offensive contre Bkerké, siège du patriarcat. Le secrétaire général du «14 Mars», l’ancien député Farès Souhaid, a lui aussi rendu hommage aux positions exprimées mercredi par l’Eglise maronite par la bouche de Mgr Raï.
Il a appelé les médias à respecter les autorités religieuses, et plus particulièrement le patriarche Sfeir, qui représente, selon lui, «la seule garantie, avec les autres autorités, pour assurer la convivialité et consolider l’idée du Liban loin des manipulations politiques de certaines parties». (apic/orj/be)



