Liban: «Terrorisme islamique, maladie interne au monde musulman», pour Samir Khalil Samir
Le jésuite de Beyrouth témoigne à Fribourg le 25 avril
Beyrouth, 17 avril 2007 (Apic) Ce n’est pas seulement l’Occident qui est victime des violences des islamistes, mais aussi des bouddhistes, des hindous et des musulmans eux-mêmes, qu’ils soient chiites ou sunnites, déclare le jésuite Samir Khalil Samir (*). Ce religieux d’origine égyptienne est un grand expert catholique de l’islam. Il dirige à Beyrouth le CEDRAC (Centre de documentation et de recherches) à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth/USJ. Il sera à Fribourg le 25 avril (**)
On tente souvent de justifier la violence et le terrorisme islamique en affirmant qu’il s’agit d’une réaction aux attaques du monde occidental, relève le célèbre islamologue dans une contribution publiée le 17 avril par l’agence de presse catholique AsiaNews à Rome.
En réalité, insiste le Père Samir Khalil Samir, «la violence islamiste est une maladie interne au monde musulman. Elle vient du monde musulman lui-même, c’est-à-dire du Coran et de la Sunnah quand ils sont lus d’une certaine manière, de façon littérale, par ce qu’on appelle l’islamisme radical».
«Les maux qui dérivent de cette attitude sautent aux yeux de tous, relève le Père Samir Khalil Samir. Au niveau politique, on voit le despotisme, la dictature et – dans le meilleur des cas – l’autoritarisme et l’absence de démocratie. Il suffit de voir avec quelle facilité l’on tue des gens, ou – dans le meilleur des cas – on les met en prison … de la même manière que ce que nous voyons dans certains pays dirigés par un système communiste ou par l’’athéisme scientifique’, ou plus banalement par le tribalisme».
Les plaies des régimes islamistes s’expriment par exemple par la lapidation des femmes adultères, poursuit-il, mais pas par celle des hommes qui pourtant, d’après le Coran et la Sunnah, devraient subir le même châtiment, bien que le Coran n’ait jamais prévu la lapidation dans ce cas. Les islamistes prônent également la pendaison des homosexuels, la mise à mort des apostats et l’amputation des membres des voleurs, comme le prescrit le Coran dans certains cas.
Et le jésuite de souligner que la violence la plus déchaînée avec laquelle se manifeste quotidiennement l’islamisme est le terrorisme. «Il y a le terrorisme visant les mécréants: dans un tel cas, l’islamisme utilise volontiers des descriptions qui incitent à la haine des juifs et des chrétiens: les juifs sont décrits comme des ’singes’ et des ’porcs’, en se référant au Coran, et les chrétiens sont qualifiés de ’croisés’ (salîbiyyûn)». Il ne faut pas non plus oublier le terrorisme visant l’Occident, considéré en bloc comme athée et immoral.
L’Occident en question
Le Père Samir Khalil Samir n’est pas tendre non plus pour certains Occidentaux dits «progressistes», qui affirment qu’il ne faut pas regarder simplement le terrorisme, mais en rechercher les causes. Selon ces analyses, les causes de cette violence seraient l’impérialisme et le colonialisme, l’Etat d’Israël, le libéralisme économique, en somme l’Occident. Ils n’y ajoutent pas la corruption des moeurs – l’homosexualité, la cohabitation hors mariage, la liberté sexuelle, l’avortement, la pornographie et la sexualité omniprésente – qui certainement heurtent fortement la sensibilité spirituelle du monde musulman… Mais ces réalités semblent être des vertus «progressistes», lâche le religieux jésuite.
Mais s’il était vrai que le terrorisme islamique est une réaction aux injustices qu’aurait commises l’Occident, comment alors expliquer le terrorisme exercé contre les bouddhistes, notamment en Thaïlande, se demande le religieux ? Et comment expliquer la destruction des plus anciennes statues géantes de Bouddha à Bamyan, en Afghanistan? Le Père Samir Khalil Samir se demande également comment les islamistes peuvent alors justifier les violences visant les Hindous en Inde, ou les attentats terroristes frappant chiites et sunnites en Irak. Sans parler des 150’000 Algériens égorgés, éventrés, assassinés en Algérie dans les années 90. Cela est-il dû à l’impérialisme américain, se demande-t-il sans ironie. Et les violences en Palestine entre le Hamas et le Fatah, sont-elles dues à la cruauté des Israéliens ?
Non, répond sans ambages le Père Samir Khalil Samir: «La violence terroriste des islamistes, contrairement à ce que prétendent certains Occidentaux, n’est pas une réaction contre l’agression de l’Occident’. La cause est interne à une certaine pensée musulmane».
En effet, affirme le professeur beyrouthin, le terrorisme islamique a pour cause l’islamisme, «c’est-à-dire une certaine lecture du Coran et de la Sunnah, qui s’est répandue dans les écoles coraniques et dans les plus fameuses universités islamiques comme celle d’Al-Azhar au Caire».
Pour le professeur jésuite, le terrorisme islamique a pour cause le «salafisme», c’est-à-dire un attachement aveugle à la tradition des anciens – de ceux qui ont précédé (salaf) – «une lecture littérale et rigide, sans vie et sans âme». Ceci vaut pour le monde sunnite.
Dans le monde chiite, la théorie de l’imam Khomeiny à propos de la «wilâyat al-faqîh» – selon laquelle l’Etat idéal est celui qui est gouverné par le plus doué des faqîh, c’est-à-dire un spécialiste de la charia – a ouvert la porte à tous les extrémistes qui, au nom de la charia, décident de la vie quotidienne des gens et des sociétés. A ses yeux, il est important de ne pas confondre, voire d’identifier, tout l’islam avec l’islamisme. «Mais il est également nécessaire de pousser les musulmans à rejeter l’islamisme qui est une altération de l’islam authentique et de combattre cette tendance envahissante et violente». JB
(*) Le Père Samir Khalil Samir (Cf. cedrac@usj.edu.lb) est docteur en théologie orientale et en islamologie. Le Père Samir, jésuite, est fondateur et directeur du CEDRAC (Centre de documentation et de recherches) à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth/USJ, professeur de sciences religieuses à l’USJ et d’études islamo-chrétiennes à l’Institut Pontifical Oriental de Rome, et dans d’autres Universités. Il est connu mondialement comme spécialiste de l’Orient chrétien et des relations entre l’Islam et l’Occident. Fondateur et directeur de plusieurs collections arabes chrétiennes et de quelques revues orientalistes, il est l’auteur de 36 livres et de plus de 500 articles scientifiques concernant les relations entre le monde musulman et l’Occident, comme la pensée arabe chrétienne et l’islam. Le CEDRAC a pour but de mettre en valeur le patrimoine du christianisme arabe, héritier du patrimoine chrétien moyen-oriental, en vue d’une meilleure intelligence de la place et de la fonction des chrétiens dans ce Moyen-Orient. JB
(**) Le jésuite Samir Khalil Samir sera à la paroisse du Christ-Roi à Fribourg le 25 avril prochain, et donnera une conférence sur le thème «Aider chrétiens et musulmans à vivre ensemble». (apic/asian/be)



