Genève: Pétition pour l’abrogation des lois sur le blasphème au Pakistan remise à l’ONU
Loi utilisée pour régler des comptes avec les non-musulmans
Genève, 19 octobre 2009 (Apic) Une pétition demandant l’abrogation des lois pakistanaises sur le blasphème – qui prévoient la peine de mort pour les personnes reconnues coupables de profanation du livre saint de l’islam, le Coran – a été remise au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, indique lundi l’Agence ENI.
Les signataires affirment que la loi est utilisée pour régler des comptes avec les non-musulmans et qu’elle a été récemment exploitée pour inciter à la haine et encourager les agressions à l’encontre de la minorité chrétienne du Pakistan.
«Ces lois condamnent à mort tout individu profanant le saint Coran», indique la pétition, signée par plus de 9’000 personnes. «Le témoignage d’un seul musulman suffit à incriminer la personne présumée coupable, qui est alors immédiatement envoyée en prison, où elle croupit souvent pendant des mois, voire des années, dans l’attente d’un procès.»
Rory Mungoven, qui dirige la section Asie-Pacifique du Haut-Commissariat aux droits de l’homme, à Genève, a reçu la pétition de la part d’une délégation du Centre for Legal Aid Assistance and Settlement (CLAAS), une organisation d’assistance juridique basée au Pakistan et à Londres.
«Presque toutes les accusations portées en vertu de ces lois sont forgées de toutes pièces ou fausses et destinées à régler des comptes», a déclaré Nasir Saeed, coordinateur du CLAAS, au correspondant d’ENI.
Rory Mungoven – qui a reçu la pétition des mains de Nasir Saeed ainsi que du président du CLAAS, le pasteur Alwin Samuel et de sa responsable pour l’assistance judiciaire, Sarah Chariau – a affirmé qu’il transmettrait cette pétition au haut-commissaire aux droits de l’homme.
Il a par ailleurs reçu d’autres informations de la part du CLAAS au sujet du harcèlement, de la discrimination et de la violence dont sont victimes les membres des minorités religieuses au Pakistan, pays essentiellement musulman. Rory Mungoven a déclaré que ce qui lui a été remis permettrait à l’ONU de soulever ces questions lors de réunions avec le gouvernement du Pakistan.
Le blasphème à l’encontre du prophète Mahomet est passible de la peine de mort, selon le droit pakistanais, bien que personne n’ait jamais été exécuté pour un tel motif. Les tribunaux ont acquitté les personnes accusées de blasphème dans plus d’une centaine de cas, annulant des décisions de juridictions inférieures. Cependant, certains avocats ont déclaré que des non-musulmans qu’ils défendaient, y compris des chrétiens, ont été tués alors qu’ils étaient en attente de jugement.
Selon Nasir Saeed, de nombreuses victimes innocentes ont été condamnées pour blasphème. «Nous croyons également que les ramifications de ces lois dépassent largement l’enceinte des tribunaux. Nous croyons que ces lois génèrent de la haine au sein de la communauté pakistanaise en soulevant les musulmans contre les autres minorités religieuses», peut-on lire dans la pétition. «En protégeant l’islam, elles donnent également le droit de venger l’islam de toute atteinte au nom du Prophète. En créant une discrimination sur la base de la religion, elles créent de la haine religieuse et conduisent à l’oppression».



