Détresse de la population, démission de Khartoum et déception
Londres: Amnesty International tire la sonnette d’alarme sur la situation au Darfour
Londres, 21 septembre 2004 (Apic) Une délégation d’Amnesty International s’est rendue au Darfour pour faire le point sur les droits humains dans la région. Son rapport accuse le gouvernement soudanais de soutenir les milices qui tuent les civils, se livrent à des pillages et incendient les habitations.
«Détresse, démission et déception sont les trois termes qui peuvent qualifier la situation dans le Darfour à l’heure actuelle», affirme Amnesty International au terme de sa visite sur place. «Détresse de tous ceux et de toutes celles dont la vie et les moyens mêmes d’existence ont été détruits; démission du gouvernement soudanais qui nie toute responsabilité; et déception devant la lenteur du processus censé résoudre la crise».
Le mouvement de défense des droits humains a pu, pour une fois, se déplacer librement dans l’ensemble de la région du Darfour. Ses délégués ont pu rencontrer plusieurs hauts responsables du gouvernement. Ils se sont également entretenus avec des représentants d’organisations internationales et de la société civile.
«Cette visite a confirmé la première analyse d’Amnesty International, à savoir que les villages de la région étaient attaqués par des milices soutenues par le gouvernement et parfois même appuyées par les forces régulières soudanaises, qui tuaient les civils, se livraient à des pillages et incendiaient les habitations», souligne l’organisation, qui a pu voir des villages totalement rasés ou abandonnés. Les témoignages recueillis auprès des déplacés ont permis aux délégués d’Amnesty de prendre connaissance de «nombreuses atrocités». Deux femmes leur ont par exemple raconté que leur village, dans l’ouest du Darfour, avait été attaqué en février 2004 par des miliciens armés et bombardé, et que cette attaque avait fait environ 130 morts.
Non reconnaissance des violations humaines
«Si certains membres du gouvernement ont admis que des violations des droits humains et des atteintes au droit international humanitaire avaient été commises, d’autres ont nié en bloc tous les faits», déclare Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International. «Un tel déni est une insulte aux victimes.» L’organisation reconnaît que le gouvernement soudanais s’efforce d’augmenter les effectifs de police dans le Darfour en faisant venir des renforts. Toutefois, ces forces sont souvent insuffisamment équipées. En outre, selon des témoignages, un certain nombre de miliciens auraient même été intégrés dans les forces de police ou dans la milice gouvernementale.
«Les victimes disent ne pas faire confiance au gouvernement», explique Samkelo Mokhine, président d’Amnesty International Afrique du Sud. «Elles disent ne pas se sentir en sécurité dans les camps et trembler de peur lorsqu’elles sont à l’extérieur» La délégation d’Amnesty International a constaté que les «zones sûres» décrétées par le gouvernement soudanais ne constituaient pas un havre de paix. En outre, leur existence sous-entendait que les populations en dehors de ces zones pouvaient être attaquées en toute impunité.
«Le Darfour doit rester au premier rang des préoccupations de la communauté internationale, tant que tous ses habitants ne pourront pas y vivre librement et en toute sécurité», a conclu Irene Khan. (apic/com/bb)




