Londres: L’»Evangile de Judas» surmédiatisé, estiment les experts

Le «phénomène Dan Brown» stimule l’intérêt

Cambridge, 17 avril 2006 (Apic) La récente découverte de «l’Evangile de Judas» – d’ores et déjà contestée par de nombreux évêques catholiques – un texte qui présente sous un jour favorable le disciple connu pour avoir trahi Jésus, pourrait, selon des spécialistes, contribuer à mieux comprendre le monde des premiers chrétiens.

Certains se montrent cependant sceptiques sur ce qu’ils considèrent comme une exagération médiatique entourant la publication du document. «Je pense que l’immense intérêt des médias pour ’l’Evangile de Judas’ est lié au ’phénomène Dan Brown’, a déclaré le professeur Graham Stanton, qui enseigne la théologie à l’Université de Cambridge, en se référant à l’auteur américain du best seller «Da Vinci Code».

Le document a été diffusé en avril par la «National Geographic Society», dont le siège est à Washington, qui envisage d’exposer le manuscrit, et d’en faire le sujet d’un article et d’un documentaire télévisé.

«Le ’Da Vinci Codé a suscité un regain d’intérêt pour les origines du christianisme: Le nouveau manuscrit va sans aucun doute encourager de nouvelles théories de conspiration», a expliqué le professeur Stanton à l’Agence oecuménique ENI.

Cependant, estiment les experts, ceci ne diminue en rien l’importance ni la signification du document, qui remplace l’image de Judas le traître par un portrait différent en le représentant comme le disciple le plus loyal de Jésus.

Selon le journal «The Guardian», le manuscrit de 26 feuilles, également connu comme un codex, a été trouvé dans un grotte dans le désert en Egypte en 1978, et a ensuite circulé parmi les collectionneurs d’antiquités avant d’être remis à la Fondation Maecenas à Bale, en Suisse, en 2001.

«La traduction de ce codex est manifestement un événement important», a déclaré David Thompson, directeur du Centre d’études religieuses et théologiques avancées à Cambridge. Le code, qui daterait du 3e ou 4e siècle, est une traduction en copte de l’Evangile de Judas, dont l’existence a été attestée par l’évêque Irénée de Lyon qui l’a dénoncé comme hérétique avant l’an 180.

Exagération

Cependant, pour David Thompson, l’exagération de la médiatisation entourant le texte de Judas qui, selon la National Geographic Society, «risquerait de changer l’histoire religieuse, n’est pas totalement justifiée. «A part le ton particulièrement mélodramatique donné au codex du fait que Judas y est montré presque comme un héros, il n’y a rien de particulièrement nouveau dans la conception essentiellement gnostique du Christ qui se trouve au coeur du texte», a expliqué David Thompson en se référant à un groupe chrétien considéré par l’Eglise officielle comme hérétique.

Les réactions au texte de Judas «montrent les conséquences de l’ignorance presque totale de l’histoire de l’Eglise primitive parmi les chrétiens et les non-chrétiens», estime David Thompson. «C’est comme si, quelle que soit la foi que professent les gens avec leur tête, dans leur coeur, ils croient que la Bible descend du ciel, sous forme quasi-intégrale, et non comme pas une compilation appliquée faite au cours des ans et même des siècles», a-t-il affirmé. «Ceci, naturellement, est un terrain propice au fondamentalisme de toute sorte». (apic/eni/pr)

17 avril 2006 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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