L'Afrique monte en puissance dans la diplomatie du Saint-Siège
Mgr Julien Kaboré, 56 ans, nouveau nonce apostolique au Ghana, a été ordonné évêque à la basilique Saint-Pierre par le cardinal Pietro Parolin, secrétaire d’État du Saint-Siège. Cette ordination constitue un nouveau signe de la montée en puissance de l’Afrique au sein de l’appareil diplomatique du Saint-Siège.
«C’est un honneur pour tout le Burkina Faso, et pas seulement pour l’Église», a confié à I.MEDIA le cardinal Philippe Ouedraogo, archevêque émérite de Ouagadougou, quelques instants après la messe d’ordination de Mgr Kaboré, célébrée en présence d’une partie de sa famille – notamment son père -, et de plusieurs évêques venus du Burkina Faso et du Ghana.
La charge de nonce apostolique doit conduire à «prêcher la paix et la justice, surtout parmi les leaders des Nations, dont beaucoup n’arrivent malheureusement pas à garantir à leurs citoyens cette sérénité et cette sécurité», a expliqué le cardinal Parolin dans son homélie.

Mgr Julien Kaboré, né le 18 juin 1968 à Zorgho, au centre du Burkina Faso, a reçu le mandat de nonce apostolique au Ghana après 20 années de service au sein de la diplomatie vaticane. Ordonné prêtre le 8 juillet 1995 pour l’archidiocèse de Koupéla, il est entré au service diplomatique du Saint-Siège le 1er juillet 2004.
Ses fonctions l’ont conduit notamment au sein des nonciatures au Kenya, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au Costa Rica, en Corée, en Croatie, à Trinité-et-Tobago, aux Philippines et en Irlande. Plusieurs délégations de ces pays ont fait le déplacement à Rome pour témoigner de leur bon souvenir et de leur affection pour Mgr Kaboré, qui a développé de nombreuses et durables amitiés dans les pays où il a œuvré. Outre le français, il parle l’anglais, l’italien et l’espagnol.
Dans un contexte douloureux marqué par l’activité incessante des milices djihadistes depuis 2015, et notamment par le massacre de Barsalogho qui a fait plusieurs centaines de morts le 24 août dernier, Mgr Kaboré a souligné l’importance des initiatives de paix menées par l’Église locale. Il notamment mentionné le triduum de prière organisé du 12 au 14 septembre par la Conférence épiscopale Burkina-Niger «pour la paix et pour la vie dans nos villages et dans nos pays».
De plus en plus de nonces africains
Cette ordination marque une nouvelle étape dans la représentation africaine au sein de la diplomatie vaticane. À l’image de la progression de la présence africaine au sein de nombreux diocèses occidentaux, de plus en plus de diocèses africains envoient des étudiants à l’Académie pontificale ecclésiastique à Rome, surnommée «l’école des nonces».
Ce n’est qu’en 1998 que fut ordonné le premier «ambassadeur du pape» originaire d’un pays d’Afrique: il s’agissait de Mgr Augustin Kasujja, de nationalité ougandaise, qui fut successivement en poste en Tunisie et en Algérie de 1998 à 2004, à Madagascar de 2004 à 2010, au Nigeria de 2010 à 2016, et finalement en Europe, en Belgique au Luxembourg, de 2016 à 2021.
Le premier nonce issu d’un pays d’Afrique francophone fut Mgr Léon Léon Kalenga Badikebele (1956-2019), de nationalité congolaise. Il fut nonce apostolique au Ghana de 2008 à 2013, puis au Salvador et au Belize de 2013 à 2018, et enfin en Argentine de 2018 à sa mort, survenue à Rome le 12 juin 2019 en marge de la rencontre triennale des nonces apostoliques. Fait exceptionnel, le pape François avait personnellement célébré trois jours plus tard à la basilique Saint-Pierre les obsèques de son «ambassadeur» dans son pays natal, en présence de tous les nonces rassemblés à Rome.
Nonces de l’Afrique francophone
Outre Mgr Kaboré, deux autres nonces issus de l’Afrique francophone sont actuellement en poste au sein du réseau diplomatique du Saint-Siège. Un Béninois, Mgr Dieudonné Datonou, occupe depuis 2021 la charge de nonce apostolique au Burundi. Il fut auparavant le coordinateur des voyages du pape François durant quelques mois, supervisant notamment sa délicate tournée de mars 2021 en Irak.
Un Ivoirien, Mgr Jean-Sylvain Émien Mambé, occupe depuis 2022 les charges de nonce apostolique au Mali et en Guinée. Ce prélat originaire du diocèse de Yopougon avait été ordonné évêque par le cardinal Parolin à Abidjan le 7 mai 2022.
Des postes stratégiques
Les autres nonces africains proviennent du secteur anglophone. Mgr Fortunatus Nwachukwu, de nationalité nigériane, fut une figure très visible durant le pontificat de Benoît XVI, en tant que chef du protocole de la secrétairerie d’État de 2007 à 2012. Il a ensuite occupé la charge de nonce apostolique au Nicaragua, puis dans les Caraïbes, avant de prendre le poste stratégique d’observateur permanent du Saint-Siège auprès des Nations unies à Genève. En 2023, il a été rappelé au Vatican par le pape François afin de devenir le secrétaire de la section pour la Première évangélisation du dicastère pour l’Évangélisation.
Nigérian lui aussi, Mgr Jude Thaddeus Okolo est nonce apostolique en République tchèque depuis 2022. Il avait auparavant été nonce en Irlande, pays où il a participé à l’accueil du pape François lors de son voyage difficile de 2018, dans le cadre de la Rencontre mondiale des familles.
Mgr Novatus Rugambwa, de nationalité tanzanienne, a été nonce apostolique en Angola, au Honduras puis en Nouvelle-Zélande, mais il s’est retiré de sa charge en 2024 et été rapatrié à Rome après avoir été affaibli par un infarctus.
Mgr Brian Udaigwe, originaire du Cameroun, occupe pour sa place la charge de nonce apostolique au Sri Lanka depuis 2020, après avoir été en poste au Bénin et au Togo. (cath.ch/imedia/cv/bh)






