Suisse

Lorenzo Merga, un garde suisse qui a servi trois papes

Le Tessinois Lorenzo Merga a passé 23 ans dans la Garde suisse et servi trois papes. Alors que l’assermentation des nouveaux gardes se déroule le 6 mai 2021, retour sur l’expérience enrichissante de cet ancien «soldat du pape».

Federico Anzini, pour catt.ch/traduction: Raphaël Zbinden

Né au Tessin en 1976, aujourd’hui marié et père de famille, Lorenzo Merga a un parcours de vie peu banal. Après avoir obtenu son diplôme de l’Ecole cantonale de commerce de Bellinzone, le chef lieu du Tessin, et terminé l’Ecole de recrues en 1995, il a intégré la Garde suisse pontificale, où il est resté 23 ans. En 2010, il a également été le premier Tessinois à être nommé officier, avec le grade de capitaine, avant d’accéder à celui de major en 2013. Il est revenu en 2018, avec sa famille, dans son canton d’origine. Il est actuellement coordinateur du Groupe de prévention et de négociation, à la police cantonale tessinoise.

La foi comme facteur d’unité

«Tout a commencé lorsque j’étais dans le groupe de jeunes de la paroisse de Monte Carasso, mon lieu d’origine, raconte Lorenzo. Le curé de l’époque m’a demandé si j’avais déjà pensé à devenir garde suisse. Comme j’hésitais encore à entreprendre des études universitaires en économie ou en droit, j’ai participé à une soirée d’information, à Losone, pour mieux comprendre la vie et les tâches accomplies par ces personnages en uniformes colorés qui vivaient à Rome, au cœur de la chrétienté. Je me suis dit qu’à 19 ans, cela pouvait être une bonne expérience de vie, à faire dans ce contexte unique qu’est le Vatican. Donc, en 1995, je suis parti avec l’idée de rester deux ans. Mais les choses se sont passées différemment, car j’ai trouvé cette expérience, dans ce ‘micro-monde suisse’ au service du pape, très intéressante».

Depuis plus de 500 ans, la devise «Courage et fidélité» inspire ceux qui s’engagent dans la Garde suisse. Pour en faire partie, il est obligatoire d’être citoyen suisse et de confession catholique. Mais avant tout, souligne Lorenzo Merga, c’est une ouverture de cœur qui est nécessaire. «J’ai rencontré beaucoup de jeunes qui ont réalisé un intense cheminement spirituel au sein de la Garde. La foi est un facteur d’unité qui nous permet de surmonter les différences culturelles, parfois très marquées, entre les différents ‘esprits’ de la Suisse».

Le Vatican, un ‘îlot de joie’ pour les enfants

Au moment de son entrée dans le corps d’armée, le candidat doit être célibataire. Pour pouvoir se marier, le garde doit être âgé d’au moins 25 ans, avoir servi pendant au moins cinq ans et s’engager à servir pendant au moins trois ans supplémentaires. «Fonder une famille» n’est donc pas un choix facile, dans ce contexte, mais qui peut offrir de riches moments d’émotion. «Il est important de garder à l’esprit que les besoins du service passent toujours en premier, explique Lorenzo. Il est nécessaire de clarifier cet aspect avec son conjoint dès le départ. Cela m’a beaucoup aidé à partager ma foi avec ma femme, ce qui a permis de créer une plus grande unité entre nous. Elever une famille dans le contexte de la Garde exige certes des sacrifices, mais présente aussi des avantages, surtout pour les enfants. Le Vatican et la cour d’honneur de la Garde sont un îlot de joie, où les enfants peuvent circuler librement et en toute sécurité. Il a été enrichissant de travailler avec les aumôniers qui se sont succédé au fil des ans et avec les autres familles de gardes. Un climat d’amitié et de partage intense s’est instauré. Ma femme, par exemple, a préparé avec enthousiasme plusieurs enfants pour leur première communion».

Trois papes très différents

Pendant son séjour au Vatican, Lorenzo Merga a servi trois papes: saint Jean Paul II, Benoît XVI et François. «Karol Wojtyla (Jean Paul II, ndlr.) était ‘mon’ pape, assure Lorenzo. C’est pendant son pontificat que j’ai prêté serment. Lorsque je l’ai rencontré, il était déjà âgé. J’étais impressionné par son regard qui laissait percevoir la profondeur de son âme. Joseph Ratzinger (Benoît XVI, ndlr.), nous le connaissions déjà en tant que cardinal, car il était venu célébrer la messe pour nous. Une personne très élaborée intellectuellement, avec une âme humble et délicate. C’était également agréable de pouvoir le servir en tant que pape. François a changé beaucoup de dynamiques, notamment parce qu’il ne veut pas résider dans le Palais apostolique, mais à la Maison Sainte-Marthe. Ce qui a créé pas mal de problèmes de sécurité pour nous, la Garde, surtout à cause du contact étroit qu’il cherche constamment à avoir avec les gens. Pour moi, cette simplicité et cette immédiateté dans les relations ont d’abord créé une certaine gêne. Mais, avec le temps, j’ai appris à reconnaître son charisme de berger qui aime être avec ses brebis». (cath.ch/catt/fa/rz)

L'ex-garde suisse Lorenzo Merga a vécu avec sa famille à Rome | © DR
6 mai 2021 | 10:27
par Rédaction
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