International

L’organisation de l’Eglise en Chine pose toujours question

Près de six mois après la signature historique d’un accord ›provisoire’ entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine, le sujet de l’organisation de la communauté catholique locale pose toujours question.

En Chine, la communauté catholique est historiquement divisée en deux, entre l’Eglise ›officielle’ et l’Eglise ›souterraine’. La première est liée au gouvernement chinois et au parti communiste par l’Association patriotique des catholiques chinois (ACPC). La seconde est composée de fidèles et de clercs ayant refusé cette soumission au pouvoir temporel et fait l’objet de fréquentes persécutions.

Afin de permettre la réconciliation de ces deux communautés, le pape François a levé l’excommunication pesant sur les évêques de l’ACPC ordonnés sans mandat pontifical. Le Saint-Siège a même fait un pas de plus en leur octroyant en février des sièges épiscopaux réguliers. Ces mesures ont été prises dans le cadre de l’accord ›provisoire’ sur la nomination des évêques, signé entre Rome et Pékin en septembre dernier.

L’objectif de ces décisions, expliquait le cardinal Fernando Filoni, préfet de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, en février dernier dans un entretien à L’Osservatore Romano, est «d’atteindre et préserver la pleine et visible unité de la communauté catholique en Chine». Le prélat ajoutait espérer ne plus entendre parler «de situations locales dans lesquelles l’accord est instrumentalisé pour forcer les gens à faire ce que la loi chinoise ne requiert pas, comme s’inscrire au sein de l’ACPC».

Dans un article du 11 mars, l’agence catholique italophone AsiaNews rapporte toutefois que de telles pratiques semblent perdurer malgré tout. Ainsi, dans le diocèse de Zhangjiakou, non loin de la capitale, quatre prêtres ›souterrains’ sont détenus depuis plusieurs mois et seraient ›endoctrinés’ pour les faire adhérer à l’ACPC. Dans plusieurs provinces, le Bureau des affaires religieuses exerce également de très fortes pressions sur le clergé pour qu’il adhère à l’association.

Vers une rencontre entre le pape et Xi Jinping?

Plus grave encore, poursuit l’agence, un évêque a récemment considéré que l’adhésion à l’ACPC des fidèles était la seule façon pour que l’Eglise soit «unie». Le prélat auteur de ces propos n’est autre que Mgr Vincent Zhan Silu, un des évêques dont l’excommunication a été levée en septembre dernier. En février, le pape François l’a nommé ordinaire de Mindong – poste auquel le gouvernement l’avait nommé en 2000 – en lieu et place de Mgr Vincent Guo Xijin, nommé par Rome et persécuté par Pékin. Mgr Silu est par ailleurs vice-président de l’ACPC.

Toutefois, se rassure AsiaNews, tous les prélats de l’ACPC ne se situent pas sur cette ligne. Ainsi, pour Mgr Pierre Fang Jianping, également membre de l’association, l’Eglise ›officielle’ devrait adhérer à l’esprit du pape François «sans forcer les croyants ›souterrains’ à se transférer dans l’Eglise officiellement reconnue».

Du 20 au 23 mars prochains, le président chinois Xi Jinping effectuera une longue visite dans la péninsule italienne. Pour certains, ce déplacement pourrait être l’occasion d’une rencontre avec le pape François, ce qui constituerait une première historique. Le fait que Saint-Siège et Chine n’entretiennent pas de relations diplomatiques ne devrait pas faire obstacle à un tel tête-à-tête puisque des papes ont déjà reçu des chefs d’Etat dans une situation similaire. Un tel rendez-vous pourrait être l’occasion de clarifier cette question de l’organisation de la communauté catholique en Chine. (cath.ch/imedia/xln/bh)

Dans plusieurs provinces, le Bureau des affaires religieuses exerce de fortes pressions sur le clergé pour qu’il adhère à l’ACPC | © Wikimedia/Heurik/CCBY-SA2.0DE
12 mars 2019 | 14:54
par Bernard Hallet
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