A Lourdes, la chute de fréquentation est spectaculaire | © Pierre Pistoletti
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A Lourdes, la chute de fréquentation est spectaculaire | © Pierre Pistoletti

Lourdes: baisse de fréquentation et défis pastoraux

24.02.2019 par Bernard Litzler

La grotte de Massabielle attire moins qu’autrefois. Cette baisse de fréquentation interpelle l’évêque de Lourdes et Tarbes, Mgr Nicolas Brouwet, qui lance des pistes pour l’animation du lieu marial.

Récemment, des hôtels lourdais ont déclaré faillite. Le symptôme d’une évolution récente qui oblige le pèlerinage marial à revoir son modèle. Car, à Lourdes, la chute de fréquentation est spectaculaire. ‘‘Avec les groupes, on est passé de 800’000 pèlerins en 2010 à 450’000 en 2018, indique Mgr Nicolas Brouwet, l’évêque du lieu. C’est 27% de Français en moins, 59% d’Italiens…’’. Un constat lucide, dressé lors des 23e Journées internationales St-François de Sales, fin janvier 2019 dans la cité mariale.

Le pèlerinage de Lourdes participe aux fluctuations du tourisme mondialisé

Autre tendance observée: près de la moitié des pèlerins viennent individuellement. Sans groupe, sans prêtre, sans encadrement. D’où un nouveau défi pour l’animation pastorale: ‘‘Comment passer d’un christianisme de foule à un christianisme d’accompagnement individuel ?’’, s’interroge l’évêque. Désormais, une bonne part des pèlerins arrivent sans prévenir, ni annoncer la durée de leur séjour. ‘‘Comment les rejoindre ?’’.

Des milliers de grottes de Lourdes

De manière générale, la part des pèlerins européens est moins nombreuse. Leur succèdent des hôtes venus d’au-delà des mers, entre Asie (Philippines, Inde, Sri Lanka) et Amérique du Sud. Ces visiteurs changent la donne. ‘‘Par exemple, notre chapelet aux flambeaux à Noël dernier a réuni 90% d’étrangers’’, indique Mgr Brouwet.

Mgr Nicolas Brouwet, évêque de Lourdes, et Guillaume de Vulpian, économe diocésain  | © B. Litzler

‘‘Lourdes est populaire dans le monde entier. Il y a des répliques de la grotte partout dans le monde, à Manhattan, au Caire ou en Jordanie… Parce qu’à la fin du XIXe siècle, une religieuse missionnaire sur deux était française. Et elles ont fait connaître la Vierge de Lourdes dans le monde entier…’’.

Du coup, le pèlerinage s’adapte. Il a fait appel à des religieuses chinoises, indiennes ou libanaises pour accueillir les pèlerins d’un autre genre. Les chapelains, également, ont suivi cette voie de l’international. Car il s’agit de parler les langues de catholiques non-européens.

Chercheurs de sens

De fait, le pèlerinage de Lourdes participe aux fluctuations du tourisme mondialisé. Avant la Seconde Guerre mondiale, les Français étaient majoritaires sur les rives du Gave. Puis sont venus les Européens. Aujourd’hui, de nouveaux visages leur succèdent. Pour l’évêque du lieu, ‘‘le défi pour nous est de passer d’une pastorale centrée sur les Européens à l’accueil de pèlerins du monde entier’’.

La grotte de Lourdes. | © B. Hallet

De surcroît, d’autres formes d’accueil se dessinent. ‘‘Nous avons beaucoup de gens blessés, qui cherchent un sens. La grotte de Massabielle n’est plus le seul lieu recherché par les visiteurs. La grotte Marie-Madeleine, ou grotte des deux Marie, est ainsi fréquentée par celles et ceux qui viennent déposer de lourds fardeaux.

“Produits dérivés”

L’hospitalité traditionnelle envers les personnes malades change également. L’Accueil Notre-Dame, vaste vaisseau hospitalier en face de la Grotte, reçoit moitié moins de malades. Ces derniers préfèrent rester avec leur groupe, qui ne veut pas les voir séparés de l’ensemble. Résultat: ils sont souvent logés à l’hôtel avec leurs accompagnants. ‘‘C’est une nouveauté, car nous les avons toujours traités à part’’, confesse Mgr Brouwet.

Et la piscine, autrefois peu attractive, devient un passage apprécié. ‘‘Même chez les jeunes!, relève l’évêque de Lourdes et Tarbes. Car ils cherchent des gestes concrets qui engagent leur corps. Là où leurs aînés voyaient de la superstition, pour les jeunes, avoir froid, être mouillés, c’est très bien!’’ Idem pour les boutiques de souvenirs, si nombreuses dans la cité mariale. ‘‘Pour les jeunes, ce sont des produits dérivés, comme ils en voient à Disneyland!’’

Les familles

Aujourd’hui, on vient à Lourdes différemment. Le mélange tourisme – pèlerinage oblige à repenser l’accueil. Avec des demandes à l’égard des familles, souvent négligées par le passé. Elles souhaitent vivre dans la cité pyrénéenne une certaine autonomie, sans faire partie d’un groupe et loger à l’hôtel. Elles réclament des ‘appart hôtels’.

Défis multiples et complexes donc pour l’évêque et les responsables de la pastorale lourdaise. Mais ces sollicitations ne les découragent pas. Le message de Bernadette, en cette année des 175 ans de sa naissance et des 140 ans de son décès, continue de drainer nombre de pèlerins. En 2019, les groupes de Suisse romande, fidèles à leurs traditions, se rendront à Lourdes à deux reprises: du 19 au 25 mai et du 14 au 20 juillet. (cath.ch/bl)


Chiffres et projets

Le sanctuaire marial emploie 319 salariés, 220 permanents et 99 temporaires, L’équilibre budgétaire a été rétabli en 2018: les pertes ont été comblées et les charges revues à la baisse. ‘‘Il faut trouver chaque année 30 millions d’euros (34 millions de francs suisses) pour faire tourner le sanctuaire’’, précise l’économe diocésain Guillaume de Vulpian.

Et l’année 2019, consacrée à Bernadette Soubirous, stimule les responsables. Les nouveautés: l’inauguration du Centre international du bénévolat et le pèlerinage des métiers culinaires (en octobre). En outre, la comédie musicale Bernadette de Lourdes, produite par Roberto Ciurleo, Eleonore de Galard et Jean-Charles Mathey, sur une musique de Grégoire, sera jouée de juillet à octobre avant de partir en tournée internationale.

 


La procession aux flambeaux est un moment fort du pèlerinage de Lourdes | © Maurice Page

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