Liturgie, Motu proprio et divorcés remariés: réactions mitigées

Lourdes: Le pape face aux évêques français

Lourdes, 15 septembre 2008 (Apic) Le pape Benoît XVI quittera Lourdes lundi pour Rome, après une messe sur l’esplanade de la basilique du Rosaire, et une visite à l’oratoire de l’hôpital de Lourdes. Dimanche, Benoît XVI s’est adressé aux évêques français, en abordant des thèmes comme la Liturgie, mariage, rôle des prêtres et laïcité, et rappeler certaines règles de l’Eglise aux évêques de France. Et notamment la question des divorcés remariés.

Au risque de crisper nombre de croyants et de prêtres confrontés «à la question particulièrement douloureuse des divorcés remariés», Benoît XVI a rappelé que l’Eglise «maintient fermement le principe de l’indissolubilité du mariage». Aux prêtres qui accueillent les catholiques soucieux de voir leur deuxième union bénie par l’Eglise, le pape s’est montré particulièrement ferme: «On ne peut admettre les initiatives qui visent à bénir des unions illégitimes», a indiqué Benoît XVI, invitant malgré tout les évêques à entourer «de la plus grande affection ceux et celles qui, pour de multiples raisons, ne parviennent pas à (…) respecter» le «principe de l’indissolubilité du mariage».

Sources de division

Face à la multiplication du nombre de divorces, certains prêtres accordent une bénédiction à ces couples, sous une forme plus ou moins publique et ritualisée. Ces pratiques sont source de divisions au sein du clergé français, d’autant que l’Eglise n’autorise pas les croyants divorcés à recevoir la communion.

Dans son discours aux évêques de France, Benoît XVI a remis les pendules à l’heure sur des thèmes tels que la liturgie, la «question douloureuse» des divorcés remariés, le rôle «indispensable» des prêtres ou encore la laïcité. Le pape s’est exprimé devant 170 cardinaux et évêques de l’Hexagone, dans l’après-midi du 14 septembre 2008, dans l’hémicycle Sainte-Bernadette, à Lourdes. Benoît XVI a particulièrement invité les évêques à être «des serviteurs de l’unité».

Le pape s’est aussi exprimé sur son Motu proprio de juillet 2007, Summorum Pontificum, libéralisant l’usage de la messe selon le rite de saint Pie V. «Des fruits de ces nouvelles dispositions ont déjà vu le jour», a affirmé le pape avant d’espérer «l’indispensable pacification des esprits».

Sur ce sujet le pape a appelé les évêques à parvenir, «en temps raisonnable, à des solutions satisfaisantes pour tous, afin que la tunique (l’unité de l’Eglise, ndlr) sans couture du Christ ne se déchire pas davantage». «Nul n’est de trop dans l’Eglise», a insisté le pape. «Chacun, sans exception, doit pouvoir s’y sentir chez lui et jamais rejeté», a-t-il ajouté.

Devant les évêques de France, le pape a par ailleurs évoqué l’»urgence» de prendre en compte la situation du «couple» et de la «famille» qui «affrontent aujourd’hui de vraies bourrasques». Si «des lois ont relativisé en différents pays sa nature de cellule primordiale de la société, (…) l’expérience enseigne que la famille est le socle sur lequel repose toute la société», a-t-il ajouté.

Benoît XVI s’est aussi arrêté sur le thème des vocations, qui divise les évêques. Elles «méritent plus que jamais d’être encouragées», a insisté Benoît XVI, se disant personnellement «informé des initiatives qui sont prises avec foi en ce domaine». Ainsi, il a tenu «à apporter tout (son) soutien à ceux qui n’ont pas peur (…) d’inviter jeunes et moins jeunes à se mettre au service du maître qui est là et qui appelle».

Dans un pays où les laïcs sont parfois appelés à pallier au manque de prêtres, le pape a affirmé que «le sacerdoce est indispensable à l’Eglise, dans l’intérêt même du laïcat». Et de préciser : «les prêtres ne peuvent déléguer leurs fonctions aux fidèles en ce qui concerne leurs missions propres».

Préserver l’identité de la France

Deux jours après sa visite à l’Elysée, le pape a également évoqué «l’originalité de la situation française que le Saint-Siège désire respecter». Il a invité les pays en général à «préserver et développer leur culture propre, sans jamais la laisser absorber par d’autres ou se noyer dans une terne uniformité».

«La mise en évidence des racines chrétiennes de la France permettra à chacun des habitants de ce pays de mieux comprendre d’où il vient et où il va», a-t-il continué, invitant – après évoqué la bonne volonté du président Nicolas Sarkozy – à «trouver une voie nouvelle pour interpréter et vivre au quotidien les valeurs fondamentales sur lesquelles s’est construite l’identité de la nation».

Le pape a enfin affirmé que «la construction de ponts entre les grandes traditions ecclésiales chrétiennes et le dialogue avec les autres traditions religieuses, exigent un réel effort de connaissance réciproque, car l’ignorance détruit plus qu’elle ne construit». «La bonne volonté ne suffit pas», a-t-il encore affirmé.

Au préalable, dans son mot d’accueil, le cardinal André Vingt-Trois, président de la Conférence des évêques de France, avait expliqué au pape que les évêques du pays étaient «confrontés à des défis considérables», dont la «désagrégation des familles». «J’espère ne pas vous lasser en vous accueillant pour la quatrième fois, mais moi je ne me lasse pas», avait aussi affirmé avec humour le cardinal archevêque de Paris.

Réactions mitigées des évêques de France après le discours du pape

«Encourageant», «charitable» ou «injuste», le discours adressé par Benoît XVI aux évêques de France, à Lourdes, dans l’après-midi du 14 septembre 2008, a entraîné des réactions mitigées de la part de quelques prélats français interrogés par I.Media.

«Je trouve ce discours encourageant», a confié Mgr Nicolas Brouwet, évêque auxiliaire de Nanterre depuis avril 2008, car le pape «a redit l’axe et la direction à suivre et a encouragé dans des options que l’on a déjà prises». Le plus jeune évêque de France n’a vu dans les propos du pape «rien de bien nouveau ni de très choquant» mais, par exemple, un encouragement aux responsables des diocèses de ne pas être «des hommes de dossier».

Un autre évêque a cependant estimé, sous couvert d’anonymat, que le ton de ce discours était «injuste», craignant surtout que l’on ne retienne que ses aspects négatifs. Plus dur, un autre prélat a confié, dans une claire allusion aux collaborateurs du pape, que ce discours avait été «écrit à Rome par des gens qui n’aiment pas l’Eglise de France». Enfin, un troisième a vu dans les propos du pape «un bon recadrage», estimant que son discours avait été «plus agréable à entendre qu’à lire».

Ultime étape

En fin d’après-midi, le pape s’était adressé aux fidèles. Le pape concluait alors une procession du Saint-Sacrement marquée par de grands temps de silence sur la pairie du sanctuaire marial, un peu après avoir pris la parole devant l’ensemble de l’épiscopat français.

Les chrétiens ne peuvent plus taire «les merveilles de Dieu», devait confier Benoît XVI aux fidèles. Au cours de cette méditation, le pape a aussi prononcé la célèbre «prière d’abandon» du père Charles de Foucauld (1958-1916). «Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains», a ainsi particulièrement affirmé le pape avant d’adorer en silence, avec les évêques français et la foule, le Saint-Sacrement. Benoît XVI a ensuite quitté le sanctuaire marial pour rejoindre son lieu de résidence à Lourdes et y passer la nuit.

Le 15 septembre, au dernier jour de son voyage en France, le pape effectuera la quatrième et dernière étape du ’Chemin du jubilé’, l’oratoire de l’hôpital de Lourdes, lieu où Bernadette fit sa première communion. Puis, il célèbrera la messe en présence des malades sur l’esplanade de la basilique du Rosaire.

Benoît XVI devrait quitter le sanctuaire de Lourdes un peu avant 12h et arriver en hélicoptère à l’aéroport de Tarbes-Lourdes à 12h30 pour la ’cérémonie de départ’ au cours de laquelle il prononcera son dernier discours sur le sol français, en présence du premier ministre François Fillon. L’avion de la compagnie Air France qui le ramènera à Rome devrait décoller à 13h pour arriver un peu après 15h à l’aéroport de Ciampino, au sud de Rome et non loin de la résidence papale de Castel Gandolfo. (apic/imedia/ms/ami/pr)

15 septembre 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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