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Lourdes: Les journalistes catholiques à la recherche de convictions face au "relativisme mou"

«Nous vivons actuellement dans les pays occidentaux une forte tension entre l’absolutisation des convictions religieuses et politiques, encore minoritaire, et la ‘liquidité informe et inquiétante’ des sociétés contemporaines, où domine de plus en plus un ‘relativisme mou’», a lancé François Ernenwein, le 30 janvier 2019 à Lourdes.

Rédacteur en chef du quotidien catholique français La Croix, le journaliste introduisait les débats des 23e Journées Internationales Saint François de Sales, sur le thème «Journalisme et convictions». 260 journalistes, éditeurs et communicateurs catholiques de 26 nationalités assistent, du 30 janvier au 1er février, aux réflexions de ces Journées co-organisées par la Fédération des Médias Catholiques (FMC) basée à Paris, et le Dicastère pour la Communication du Vatican.

Deux impasses dangereuses

François Ernenwein, coordonnateur du programme des Journées, évoquant les dangers tant du dogmatisme que du relativisme, a estimé que ce sont deux grandes impasses dont il faut absolument sortir «pour éviter le pire». Car pour lui, l’enjeu est en effet de passer du mépris du religieux (ou du déni de son rôle dans la vie des sociétés) à sa prise en compte comme ressource possible pour le bien de l’humanité.

«C’est la question du sens. Dans une société sécularisée, l’être humain ne se trouve plus inscrit dans ses grands récits qui lui assuraient un ancrage anthropologique. Ce débat qui agite les sociétés pèse sur les lignes éditoriales et les stratégies médiatiques».

Condamnés au relativisme des croyances ?

Le Père François Euvé, directeur de la revue jésuite Etudes, s’est demandé si nous étions définitivement condamnés au relativisme des croyances. Il a ainsi relevé que les engagements forts en sont venus à susciter la méfiance.

«On a tendance à n’y voir que le danger d’un extrémisme en pensée et en action, d’un dogmatisme…» Dans la société contemporaine, on n’aime pas l’absolu, alors faut-il renoncer à exprimer ses convictions pour ne pas troubler la bienveillance ? «Mais dans le champ des convictions, assure-t-il, peut-on se passer d’un absolu, d’une transcendance ? Ou bien faut-il se résigner à vivre dans un monde où les repères existentiels individuels et collectifs sont brouillés ?», s’est-il demandé. Il pose cependant comme postulat qu’une rencontre est possible quand elle est fondée sur la confiance.

La compassion, une étape obligatoire

Venu de Rome, Paolo Ruffini, préfet du Dicastère pour la Communication du Vatican, a rappelé que le pape François définit les journalistes comme des «gardiens de l’information» et des «chercheurs de vérité». Ceux qui se soucient de la vérité sont toujours attentifs (précisément pour la diffuser) aux réactions de ceux qui reçoivent l’information, essaient d’établir un dialogue, d’écouter les différents points de vue.

Lors de son récent passage aux Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) à Panama, le pape François a souligné que la compassion est une étape obligatoire, un moment central, pour comprendre.

«Regarder l’autre comme un frère et non comme un bouc émissaire est une condition pour comprendre, et pour être admis à la vue de Dieu. Dieu en fait est dans l’autre. Et il ne se manifeste que si nous acceptons notre limite (…), si nous nous efforçons de rester entiers, intacts, humains. Ce n’est qu’en partageant la vérité sur qui nous sommes qu’une relation peut être établie. Je m’inquiète – a dit le pape au Panama – de la façon dont la compassion a perdu sa place centrale. Même dans les médias catholiques, la compassion n’existe souvent pas. Il y a stigmatisation, condamnation, méchanceté (…) Il ne faut pas perdre la compassion dans l’Eglise !»

Message de Jean Vanier

En ouverture des Journées, dans une vidéo, Jean Vanier, fondateur de L’Arche et de Foi et Lumière, organisations internationales consacrées aux personnes ayant une déficience intellectuelle, a salué l’engagement des participants. Il a mis en garde contre le fossé grandissant entre les riches et les pauvres, entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien, et rappelé que le monde a besoin de signes d’espérance pour un monde nouveau.

Jean Vanier a demandé aux journalistes de trouver un langage juste, de communiquer la vérité dans un monde qui se complaît souvent dans des demi-vérités, voire dans des mensonges. Il a, tout comme le pape François, demandé aux journalistes d’être compatissants, de respecter chaque être humain, quel qu’il soit, «pour que notre monde ait davantage de fraternité, d’amour et de bonté!» (cath.ch/be)

Lourdes Le Père Janvier Yameogo, du Secrétairiat pour la Communication du Vatican, avec François Ernenwein, rédacteur en chef de La Croix | © Jacques Berset
31 janvier 2019 | 01:06
par Jacques Berset
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