Le chemin de la liberté est le même que le chemin de la vérité
Lourdes: Mgr Billé ouvre l’Assemblée plénière de l’épiscopat français
Lourdes, 4 novembre 1998 (APIC) «La place de l’Eglise catholique dans la société française a beaucoup changé. En le reconnaissant, les évêques souhaitent être plus libres pour apporter à cette société leur contribution à une réflexion dont les enjeux rejoignent la liberté et la vérité de l’homme», a souligné Mgr Louis-Marie Billé, président de la Conférence des évêques de France, en ouverture mercredi à Lourdes de l’Assemblée plénière de l’épiscopat.
Cette assemblée se poursuivra jusqu’au mardi 10 novembre. 110 électeurs (les évêques en activité et les administrateurs diocésains) y prennent part, ainsi que quelque 90 invités, dont 11 évêques émérites, 16 évêques étrangers et 4 observateurs non catholiques. Figurent à l’ordre du jour, outre les élections statutaires, le dialogue avec les musulmans, l’apostolat des laïcs, les questions économiques et le Jubilé de l’an 2000.
Le témoignage des évêques d’outre-mer à l’occasion du 150e anniversaire de la libération des esclaves sera un moment fort de l’assemblée. Les structures de la communication en Église de France feront l’objet d’un débat autour de deux questions essentielles: la formation en matière de culture religieuse pour les professionnels de l’information et l’amélioration des relations de l’Église avec ces mêmes professionnels. Les évêques se pencheront aussi sur la catéchèse, sur les initiatives proposées à l’occasion du Jubilé et sur la Coopération missionnaire.
La vérité vous rendra libres
En introduisant les travaux, Mgr Billé a évoqué les vingt ans du pontificat de Jean Paul II, en proposant de mettre au fronton de l’Assemblée deux mots qui constituent la trame de son pontificat : vérité et liberté. En citant aussi la parole de l’évangile selon St Jean, qui pourrait être le leitmotiv de ce pontificat : «La vérité vous rendra libres». C’est à la lumière de cette parole que Mgr Billé interprète l’action de Jean Paul II, par exemple quand il a contribué «à soulever la chape de plomb du totalitarisme». «Ce rapport de la vérité et de la liberté, décliné de maintes manières sur le plan philosophique, moral, théologique, spirituel, n’est-il pas aussi, a-t-il suggéré, une sorte de fil rouge qui pourrait nous conduire à travers les textes majeurs que Jean Paul II a proposés à la méditation des catholiques et de beaucoup d’autres?»
Ce fil rouge, Mgr Billé l’a suivi dans les encycliques ” Redemptor Hominis «, ” Veritatis Splendor ” et ” Fides et Ratio «. Dans ” une société qui cherche sa route «, Mgr Billé a posé la question : les évêques sont-ils ” humblement serviteurs de la vérité dans le quotidien de (leur) ministère, et ceci dans le respect de la liberté de tous ? ” Et de revenir sur leurs interventions à propos du Pacte civil de solidarité (Pacs), pour s’étonner de ” l’étonnement de personnes qui ne comprenaient pas qu’après avoir écrit la Lettre aux Catholiques de France, les évêques puissent intervenir comme ils l’ont fait à propos du Pacs «, alors que leurs interventions étaient ” situées comme au confluent d’un certain nombre de propositions de cette Lettre «.
Et Mgr Billé de répéter ce que les évêques écrivaient en 1996 : ” Nous tenons à être reconnus non seulement comme des héritiers, solidaires d’une histoire nationale et religieuse, mais aussi comme des citoyens qui prennent part à la vie actuelle de la société française, qui en respectent la laïcité constitutive et qui désirent y manifester la vitalité de leur foi. Dans ce contexte, s’ils reconnaissent que ” la place de l’Église catholique dans la société française a beaucoup changé «, a déclaré Mgr Billé, les évêques souhaitent ” n’en être que plus libres pour apporter à cette société ” en osant lier la proposition de la foi à la morale, leur ” contribution à une réflexion dont les enjeux rejoignent bien la liberté et la vérité de l’homme «.
Mgr Billé s’est dit convaincu que le discours des évêques, même s’il peut être difficile à entendre, ” appelle à des attitudes libératrices et créatrices «, par exemple à l’égard des personnes homosexuelles ou en ce qui concerne le couple et la famille.
La revendication des lycéens
Dans la revendication des lycéens, qui exprime ” une demande urgente, et sans doute légitime «, le président de la conférence épiscopale française voit un mouvement qui «semble bien manifester l’inquiétude, voire l’angoisse, d’une génération qui s’interroge sur
l’avenir d’une société dont elle aura bientôt la responsabilité et dont elle ne perçoit guère les contours»
Mgr Billé s’est souvenu de la contestation de Mai 68, où ” les interlocuteurs étaient repérables, la mémoire des traditions était encore relativement claire et les tenants de la transmission (enseignants, parents, éducateurs) assumaient bon an mal an leur rôle et leur responsabilité «. Cette fois, ” au moment même où les jeunes recherchent des partenaires avec lesquels inventer la société de demain, la conversation entre les générations semble devenue plus difficile «. D’où la question du président de la conférence épiscopale : «Comment recréer avec les jeunes générations les conditions sociales, économiques, psychologiques, familiales, spirituelles d’un engagement personnel et collectif dans des projets sensés?»
Les jeunes qui ” ne peuvent se satisfaire ni de réponses impératives, ni de l’indifférence «, analyse Mg Billé, ” retrouvent intuitivement le fondement de toute transmission : un partenariat vécu dans l’amour et le respect, mais dans lequel aussi les fonctions de l’autorité, du savoir, de la critique s’inscrivent dans des rôles clairs et compétents, dans des institutions véritables, au-delà de relations violentes ou aléatoires «.
Toutes ces questions sont posées à la famille, à l’école, à la classe politique, à l’État, mais aussi aux diverses communautés religieuses et à l’Église catholique, souligne Mgr Billé. Depuis quelques années, l’Église tente de devancer l’appel, a-t-il affirmé, avec le sentiment que ” ce qui se révèle en creux dans les manifestations des lycéens s’est découvert en relief dans les Journées Mondiales de la Jeunesse et dans ce que vivent les jeunes qui ont relation à l’Église «.
Mais il y a loin de la coupe aux lèvres, a-t-il ajouté. Les chrétiens sont appelés à agir sur tous les leviers économiques, sociaux, culturels, afin de relever le défi de l’avenir dont la jeunesse est le symbole. «L’Église tout entière est appelée à la rencontre, en sachant qu’avec les jeunes aussi, peut-être avec les jeunes d’abord, le chemin de la liberté est le même que le chemin de la vérité. ” (apic/cip/pr)



