Louvain: Thèse de doctorat d’un prêtre congolais à l’UCL

«La pratique du ministère de guérison en Afrique»

Louvain-la-Neuve, 2 avril 1999 (APIC) Un prêtre congolais du diocèse de Kikwit, l’abbé Bertin Kipanza Tumwaka, vient de défendre à la Faculté de Théologie de l’Université catholique de Louvain-la-Neuve (UCL) une thèse de doctorat sur «La pratique du ministère de guérison en Afrique».

La recherche du jeune théologien, qui a suscité l’intérêt de nombreux Africains au sein de la communauté universitaire, est partie d’un étonnement: alors que la médecine n’en finit pas de progresser sur le plan scientifique, il se fait qu’en diverses régions du monde, des chrétiens préfèrent, en cas de maladie et de souffrance, faire confiance à des personnes qui pratiquent une sorte de ministère de guérison.

L’abbé Kipanza s’est donc attaché à situer cette pratique et à la relier aux aspirations et aux cultures locales, puis aux données de la biologie et de la psychosociologie. Il s’est ensuite interrogé sur sa signification religieuse et évangélique, ainsi que sur sa portée sacramentelle et ecclésiale.

Aujourd’hui comme il y a 2000 ans

Les pratiques de guérison envisagées par le jeune prêtre sont nées en Amérique du Nord, il y a une trentaine d’années dans le sillage du mouvement charismatique. Elles ont gagné d’autres continents, non sans s’y mêler à d’autres traditions. En Afrique, B. Kipanza observe que le ministère de guérison intéresse non seulement les petits, les illettrés, les pauvres, mais aussi les grands, les intellectuels et les riches. Ne trouvant pas un accueil à la mesure de leurs aspirations dans les Eglises officielles, nombre de chrétiens africains optent pour des Eglises thérapeutiques dont le succès va de pair avec un souci de l’homme tout entier, avec ses sentiments, ses émotions, ses peurs, ses espoirs, ses projets…

Le théologien congolais rapproche aussi les guérisons actuelles accomplies par des chrétiens et les guérisons accomplies historiquement par Jésus: autant de signes que «le Règne de Dieu est proche». Les Evangiles attestent que le Christ a associé ses disciples à sa mission, en vue de poursuivre cette annonce du Règne de Dieu. Et c’est toujours comme signes de la présence bienveillante de Dieu que des guérisons sont reconnues comme «miraculeuses» dans le cadre des procédures de béatification et de canonisation, ou dans le contexte de démarches attachées à un sanctuaire, comme celui de Lourdes. Des guérisons «religieuses»?

Mais quand peut-on parler de guérisons sur le plan religieux ? S’agit-il de guérisons «naturelles»? L’Eglise catholique, dans ses procédures officielles, se montre fort prudente avant de reconnaître qu’une guérison est médicalement «inexpliquée». D’ailleurs, «miraculeux» n’équivaut pas à «inexplicable»: le mot «miracle» invite à lire la réalité sur un autre plan: comme une «merveille» venant de plus loin que l’explication humaine, comme un «signe» de Dieu. Le croisement de diverses approches disciplinaires incite donc à comprendre ces «pratiques de guérison comme «une implication des facteurs psychiques et religieux», constate Bertin Kipanza.

Mais au-delà du constat, ce sont les implications de cette réalité pour l’engagement ecclésial qui importent à l’auteur de la thèse. En effet, écrit-il, «le Règne de Dieu annoncé par Jésus ne peut être réalisé aujourd’hui sans la participation et l’implication des baptisés». Et d’insister sur un engagement qui intègre «la double exigence de solidarité humaine et ecclésiale et de pratique globale de la médecine». Bref: «une pratique du ministère auprès des malades, qui inclue le ministère de guérison, le prolonge et l’achève»

Regards neufs sur un ministère

La recherche du prêtre africain l’a finalement conduit à s’interroger sur le ministère de l’Eglise auprès des malades. Si l’Eglise est «sacrement du Royaume de Dieu», sa présence aux malades ne saurait se limiter à la seule célébration du sacrement de l’onction des malades. Le ministère de guérison, tel que l’entend B. Kipanza, «consiste dans la collaboration médicale, dans l’assistance sociale des malades, et enfin dans le soutien spirituel de ceux-ci». «Allant de l’intercession à la pratique des sacrements (eucharistie, réconciliation et onction des malades), la prière doit accompagner et soutenir cet engagement en faveur de la personne malade», explique-t-il.

«Tout le monde y gagne, ajoute le théologien: d’abord le malade, parce qu’il est souvent en crise avec lui-même, avec ses proches et avec Dieu. Grâce à cette sollicitude, il se trouve réconforté spirituellement et socialement, à défaut d’être guéri physiquement. La mort qui peut s’en suivre ne consacre pas la déchéance de tout l’être, elle le prépare et l’ouvre à une autre dimension de la santé, qui culmine dans la rencontre avec Dieu (salut). Il y a ensuite les communautés chrétiennes qui consacrent leur temps à la prière et au service du malade: elles sont régénérées du point de vue humain et renforcées dans leur foi, leur espérance et leur charité. Ainsi envisagé, le ministère auprès des malades peut être source de vitalité et de salut pour l’Eglise».

Inculturation

Bertin Kipanza a porté sa recherche jusqu’au coeur des questions touchant «l’inculturation» africaine du christianisme, c’est-à-dire l’intégration mutuelle de l’Evangile et des cultures locales.

«En Afrique, estime-t-il, l’inculturation d’un ministère de guérison doit porter, du côté chrétien, sur les sacrements (eucharistie, réconciliation, onction des malades), et du côté africain, sur des points comme la sollicitude à l’égard des malades, caractéristique des communautés africaines, le recours à des intercesseurs surnaturels et l’implication de la religion dans la pratique de la santé».

«Les conséquences de cette inculturation du ministère auprès des malades sont considérables, tant pour la foi chrétienne et pour la culture africaine que pour le croyant lui-même», conclut le jeune prêtre de Kikwit, dont l’évêque, Mgr Edouard Mununu Kasiala, a suivi avec attention la défense de thèse à l’UCL.

L’abbé Kipanza a effectué sa recherche sous la direction du professeur André Haquin. Ce travail lui a valu la grande distinction. Il sera proclamé docteur après publication au moins partielle de sa thèse. (apic/cip/pr)

2 avril 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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