Lucerne: Appel de la Fondation Herbert-Haag aux évêques suisses
«La crise de confiance n’a jamais été aussi profonde»
Lucerne, 1er septembre 2004 (Apic) Sous le titre «N’ayez pas peur du peuple de l’Eglise!», la Fondation Herbert-Haag «pour la liberté dans l’Eglise» lance un appel aux évêques suisses, qui tiennent actuellement leur assemblée plénière à Fribourg.
«La crise de confiance n’a jamais été aussi profonde», estime la Fondation qui affirme que selon un récent sondage 75 à 90% des catholiques en Suisse sont pour des réformes dans l’Eglise catholique. En mai dernier, la grande majorité des Suisses se prononçait, selon un sondage représentatif de l’Institut gfs-Zurich, pour de profondes réformes dans l’Eglise catholique. Elle attend du prochain pape qu’il entreprenne des «changements de direction marquants» et conduise l’Eglise avec un tout autre profil.
Quasiment neuf Suisses sur dix voulaient alors l’abrogation du célibat obligatoire des prêtres, partager l’Eucharistie, respectivement la Sainte Cène, avec d’autres chrétiens, renforcer l’oecuménisme ou donner des droits égaux aux femmes. Le théologien contestataire Hans Küng, professeur émérite de l’Université de Tübingen, mettait alors en garde les évêques suisses, leur demandant de prendre au sérieux les demandes du peuple de l’Eglise, sous peine d’être «bientôt des évêques sans peuple».
«Jamais encore, ces derniers temps, vous, les évêques suisses, n’avez été confrontés à une crise de confiance si profonde», affirme la Fondation critique, dont le nom vient du théologien lucernois Herbert Haag. Professeur d’Ecriture sainte (Ancien Testament) et d’hébreu à la Faculté de Théologie de Lucerne, avant d’être durant deux décennies professeur à la Faculté de Théologie catholique de l’Université de Tübingen, en Allemagne, Herbert Haag (1915-2001), est décédé à Lucerne à l’âge de 86 ans.
«Pas crédible»
Dans les questions controversées de la pratique ecclésiale actuelle, la direction de l’Eglise n’a derrière elle «qu’une petite minorité» de fidèles, affirme la Fondation basée à Lucerne. Pour éviter d’autres dommages «à notre Eglise et à l’oecuménisme», l’appel de la Fondation contient des demandes en six points: les évêques doivent s’exprimer avec le pape contre les discriminations de la femme non seulement dans la société mais aussi dans l’Eglise. La Fondation Herbert Haag qualifie de «double langage» le fait de s’engager en faveur de l’égalité de la femme mais de lui refuser «sous des prétextes nuls» des ministères importants dans l’Eglise.
Il n’»est pas crédible» de demander aux laïcs une collaboration accrue, tandis que leur travail se voit limité, déclare encore la Fondation lucernoise. Ainsi, estime-t-elle, des laïcs formés théologiquement doivent pouvoir prêcher durant l’eucharistie. Face au manque aigu de prêtres également en Suisse, les évêques devraient lutter de façon décidée. Ils devraient également s’engager en faveur d’hommes et de femmes mariés afin qu’ils accèdent à la prêtrise. Sinon ils risquent un jour de se voir reprocher leur «aveuglement pastoral», alors qu’aujourd’hui déjà presque la moitié de toutes les paroisses n’ont plus de prêtre.
Pour des célébrations eucharistiques communes
En ce qui concerne l’oecuménisme, les évêques sont appelés à faire connaître des expertises théologiques favorables à une compréhension commune de la Sainte-Cène et à des célébrations eucharistiques communes. Les déclarations oecuméniques restent de «simples paroles» si l’on devait faire face à un recul en ce qui concerne «les développements vivants dans la rencontre des chrétiens».
Finalement, les évêques sont invités à donner aux générations de demain «des raisons de vivre et d’espérer». Quant aux conseils de paroisses, aux agents pastoraux et aux parlements ecclésiastiques, la Fondation leur demande de continuer à être critiques et à agir de façon décidée «avec tous les moyens légitimes – si nécessaires aussi financiers» en faveur du renouveau de l’Eglise sur la ligne du Concile Vatican II. L’appel est signé par les membres du Conseil de fondation, Hans Küng, Herbert N. Haag et Erwin Koller.
La Fondation Herbert Haag «en faveur de la liberté dans l’Eglise» a été créée en 1985 et porte le nom du professeur d’Ancien Testament lucernois Herbert Haag, qui fut très critique à l’égard des structures de l’Eglise. Elle se veut au service d’une foi catholique ouverte, de conviction oecuménique. (apic/com/job/be)



