Moritz Leuenberger: pour une mondialisation de la politique sociale
Lucerne: Caritas Suisse a fêté son centenaire au Centre de Culture et de Congrès
Lucerne, 2 juin 2001 (APIC) Le président de la Confédération Moritz Leuenberger a plaidé vendredi 1er juin à Lucerne pour une mondialisation de la politique sociale à l’heure où la globalisation de l’économie affaiblit le pouvoir des Etats nationaux. Il a remercié Caritas Suisse à l’occasion de son jubilé pour son engagement politique en faveur de l’établissement d’une politique sociale internationale et d’une «solidarité globale».
Invité d’honneur aux festivités du centenaire de Caritas Suisse qui a réuni près d’un millier de personnalités du monde politique, économique, culturel et ecclésial, et des représentants d’ONG, au Centre de Culture et de Congrès de Lucerne (KKL), le conseiller fédéral Leuenberger a relevé que le monde a besoin aujourd’hui d’une planification et d’une intervention active de la communauté des nations. Comme il y a 100 ans, quand l’intervention de l’Etat fut nécessaire pour faire face aux ravages sociaux provoqués par l’industrialisation et le libéralisme économique.
A l’heure actuelle, les liens sociaux menacent de se dissoudre comme au temps de l’industrialisation les liens familiaux ont commencé à se défaire. «Si aujourd’hui l’autonomie des Etats a tendance à disparaître au profit de structures supranationales, alors la politique sociale doit elle aussi se globaliser – à l’image de l’Etat qui a autrefois repris des tâches que la famille et les organisations privées ne pouvaient plus prendre en charge», a souligné Moritz Leuenberger. Ceci signifie également que la Suisse doit se considérer comme partie prenante de la Communauté internationale et s’engager.
«Nous devons façonner le monde de manière à ce que les structures économiques et les conditions du commerce à l’échelle du monde empêchent la pauvreté», a lancé le président de la Confédération. Pour Moritz Leuenberger, évoquant le Bon Samaritain de la Bible, il n’y a pas d’ordre social sans l’engagement des individus, et à ce titre, «la Caritas est indispensable !»
La réponse à la misère née de l’industrialisation fut la Caritas
Bizarrement, la période de transition que nous vivons est très semblable à l’époque de la révolution industrielle et de son cortège de laissés-pour-compte; le mot industrialisation a été remplacé par celui de mondialisation, a relevé Mgr Fouad El-Hage, président de Caritas Internationalis, un réseau de 154 organisations d’aide sociale nationales actives dans le monde entier. L’archevêque libanais a rappelé que Caritas fut la réponse de l’Eglise aux questions sociales émergeant à la fin du XIXe siècle.
«Lors de la création de Caritas Suisse, l’économie était en pleine expansion. L’arrivée massive de l’industrialisation avait engendré une nouvelle pauvreté et l’Eglise voulait venir en aide à ces personnes», a expliqué Mgr Fouad El-Hage. La fondation de Caritas a été la réponse donnée à cette situation. 100 ans plus tard, la globalisation a remplacé l’industrialisation et les personnes n’ayant pas réussi à prendre le train des nouvelles technologies se retrouvent marginalisées. Caritas Suisse est toujours présente et s’engage pour elles.
Il y a cent ans, seules deux organisations Caritas avaient vu le jour: Caritas Suisse et Caritas Allemagne, fondée en 1897 déjà. «Aujourd’hui nous comptons 154 membres qui travaillent dans plus de 198 pays et territoires à travers le monde», a souligné le prélat libanais. L’expérience de Caritas Suisse a beaucoup profité à Caritas Internationalis, tant au niveau de l’organisation qu’au niveau de l’engagement humanitaire. «Aujourd’hui, nous devons continuer à conjuguer nos efforts pour répondre aux défis actuels. Les actions d’urgence sont complétées par un travail de renforcement des capacités locales et par un lobbying international. Ce sont des conditions essentielles si l’on veut éliminer les racines de la pauvreté.» Et de lancer un vibrant plaidoyer pour la «mondialisation de la solidarité».
Les effets de la mondialisation désastreux en Inde
En Inde, où Caritas Suisse intervient dans 14 projets qui touchent près de 100’000 personnes à travers tout le pays, les effets de la mondialisation sont désastreux pour la très grande majorité. Témoignant lors du centenaire de la Caritas au KKL, Sœur Stella Baltazar, experte en projets de développement et consultante pour les projets de Caritas Suisse en Inde, a affirmé que l’aide au développement doit s’adresser en priorité aux femmes.
La franciscaine missionnaire de Marie, originaire du Tamil Nadu, a rappelé qu’en Inde, Caritas Suisse vient en aide aux plus marginalisés, en particulier les femmes, car sans elles, aucun développement viable et durable n’est possible. «Une personne sur cinq dans le monde vit dans une pauvreté extrême et les femmes constituent la majorité des pauvres», constate Stella Baltazar. Les femmes en Asie utilisent le 60% de leur temps de travail pour produire des vivres. Mais sans tenir le moindre compte de leurs besoins, les entreprises multinationales et les politiques agricoles inspirées du néolibéralisme et les programmes d’ajustements structurels du Fonds Monétaire International conduisent à une transformation de la production vers la monoculture, à des fins d’exportation. Les meilleurs produits partent à l’extérieur.
«L’Inde aux multiples richesses, est devenu une machine à produire les pauvres ! «
«L’Inde, un pays aux multiples richesses, est devenu une machine à produire les pauvres ! Au milieu de l’abondance, nous trouvons la pauvreté la plus sordide, dans le pays de la non violence, nous voyons le règne de la terreur», a-t-elle lancé.
Mais la pauvreté en Inde est due à des facteurs humains et «elle porte le visage d’une femme», souligne Stella Baltazar. Plus de la moitié du milliard d’analphabètes dans le monde vivent en Inde, en grande majorité des femmes. L’avortement, l’infanticide, les mauvaises conditions qui sont faites aux filles font qu’il manque, selon les études démographiques, plus de 100 millions de femmes dans le monde.
Mais un changement est en train de s’opérer. Les femmes commencent à s’organiser, notamment grâce au travail réalisé en commun par Caritas Suisse et ses partenaires indiens. «Les femmes ont gagné le courage de s’opposer à des pratiques traditionnelles de discrimination», indique Stella Baltazar. Les femmes affirment ainsi de plus en plus leur identité et défendent leurs droits face aux structures patriarcales. Elles deviennent les personnes-clé pour introduire un changement dans la société. Ce sont elles qui transmettront ces nouvelles valeurs à leurs enfants. «Caritas Suisse, au cours de ses 100 ans, a répondu à cette situation et a posé des fondations solides pour l’exercice de la solidarité. Continuons, le siècle prochain nous tend les bras !», a conclu Stella Baltazar sous les applaudissements de quelque 1000 invités.
La fête a été couronnée notamment par des tableaux avec musique et danse moderne conçus par Heinz Spoerli, directeur du Ballet de Zurich, accompagnés de musique classique et contemporaine du «Duke Quartet» de Londres, et les danses du Japonais Tashi Iwaoka. La soirée s’est poursuivie par une animation musicale – du jazz – par les élèves de la Haute école de musique de Lucerne et un défilé de mode organisé par le «Commerce Fairness» de Lucerne. (apic/be)




