Plaidoyer du PDG de Novartis pour une responsabilité commune

Lucerne: Daniel Vasella s’exprime sur la responsabilité sociale des entreprises

par Brigitte Baumeler / Apic

Lucerne, 27 mars 2008 (Apic) Dans le cadre de la conférence Otto Karrer, c’est Daniel Vasella, Président du Conseil d’administration de Novartis SA, qui a parlé cette année à Lucerne. Comme catholique croyant, il s’est exprimé sur la responsabilité sociale d’une grande entreprise, comme la sienne, et sur ses engagements en faveur du tiers-monde.

La conférence Otto Karrer de cette année a suscité un vif intérêt: non seulement en raison du thème de la responsabilité dans les domaines politique et économique, mais aussi en raison de l’éminence des orateurs. L’église des Jésuites, à Lucerne, était à comble. On notait parmi les participants le président de la ville, Urs W. Studer, le conseiller d’Etat lucernois Anton Schwingruber, et le préfet de l’église des Jésuites, Hansruedi Kleiber.

Le professeur Wolfgang Müller, directeur de l’Institut oecuménique de l’Université de Lucerne et organisateur de la conférence Otto Karrer, a salué les personnes présentes et a brièvement présenté l’intervenants: Daniel Vasella, né en 1953 à Fribourg (Suisse). Ce dernier a étudié la médecine, il est titulaire d’un doctorat en pharmacologie clinique, et a tout d’abord travaillé comme Chef de clinique Hôpital de l’Ile à Berne. Il a également enseigné à l’Université de Berne et de Fribourg. En 1988, il rejoint l’industrie pharmaceutique à l’entreprise Sandoz. En tant que membre de la direction du groupe, il a participé en1996 à la fusion de Sandoz et Ciba-Geigy, et donc à la création de Novartis SA. Depuis 1999, Daniel Vasella est président du conseil d’administration du groupe pharmaceutique bâlois.

Petit intermède

Peu après avoir pris la parole, Daniel Vasella a été pris à partie par un petit groupe de manifestants. Quelques jeunes gens, qui se revendiquaient de la jeunesse Unia de Suisse centrale, se sont avancés dans l’allée centrale de l’église en sifflant et sont entrés au choeur et ont élevé une grande banderole devant l’orateur qui se tenait à l’ambon. On pouvait y lire: «Vasella. Prêcher l’éthique. Expédier des génériques.» La protestation portait sur un litige en matière de brevets en Inde. «Cela fait aussi partie du jeu», a commenté Daniel Vasella quittant la scène. Il a laissé la parole aux manifestants, leur a conseillé après leur départ, d’acquérir les compétences nécessaires et de mieux d’informer. Il les a en outre, invités venir poursuivre ce débat à Bâle.

Responsabilité sociale commune

Dans son discours, Daniel Vasella a souligné l’importance de la responsabilité sociale des entreprises, en particulier, celle d’un groupe pharmaceutique comme Novartis. La mission de l’entreprise ne consiste pas à créer des emplois, à être concurrentiel ni à dégager des profits; les actionnaires et la société attendent également un engagement social.

L’orateur a présenté quelques exemples de l’engagement de Novartis. Ainsi, en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en Afrique, on a envoyé des médicaments pour le traitement de plusieurs millions (!) de personnes souffrant de la lèpre, ce qui a contribué à massivement éradiquer la maladie. Un autre exemple concerne un médicament pour lutter contre le paludisme, qui a été livré au prix coûtant.

Le patron de Novartis a en même temps souligné que plusieurs acteurs doivent intervenir dans la politique de la santé. «Nous – politiciens, économistes, médias, mais aussi les églises -, devons montrer que l’aide au développement fonctionne réellement. Sinon, ce sont les voix qui veulent mettre fin à l’aide au développement qui s’exprimeront avec le plus de force.» «Trop souvent, par exemple, la politique délègue la responsabilité aux entreprises», critique Daniel Vasella. Mais déléguer la responsabilité est dangereux, surtout quand il s’agit du droit à la santé.

Vérité inconfortable

En ce qui concerne la situation dans les pays industrialisés comme la Suisse, le chef d’entreprise a déclaré que l’accroissement de l’espérance de vie représente un grand défi pour le secteur de la santé. La Suisse connaît actuellement une forte évolution démographique, l’espérance de vie augmente, les coûts de la santé augmentent continuellement (les dépenses doublent à partir de l’âge de 70 ans et par décennie). Les coûts de la santé peuvent devenir tellement élevés qu’ils menacent les forces de production de paralysie, comme le laissent prévoir les diagnostics pessimistes.

Il faut enfin poser la dramatique question: «Quel prix la société est-elle prête à payer pour financer une année supplémentaire de la vie d’un individu?» Sans la prévention et sans médicaments innovants, le système de santé ne pourrait plus fonctionner, estime-t-il. Par conséquent, l’innovation biologico-médicale est la tâche principale de Novartis. «Nous contribuons à ce que de nombreuses personnes puissent mieux vivre et plus longtemps.»

Plaidoyer pour davantage de respect et de tolérance

«Chez Novartis, nous savons que nous avons à jouer un rôle important dans la politique de la santé. Mais nous ne sommes qu’un acteur parmi d’autres. Nous sommes orientés sur les connaissances et actions des autres acteurs. Il faut une tolérance mutuelle. Et c’est ce que défend le nom d’Otto Karrer. La tolérance est une condition sine qua non pour la vie en commun. Sans le respect et la tolérance, il n’y a pas de coopération possible et les problèmes ne peuvent être résolus avec succès. «Chaque acteur doit avoir le sens de la responsabilité commune de développer et d’apporte ses compétences, en dépit – et peut-être précisément à cause – de toutes les différences de priorités et de valeurs. Daniel Vasella a conclu son exposé par une phrase qui aurait plu à Otto Karrer: «Ce qui unit est plus fort que ce sui sépare.» (apic/bb/js)

27 mars 2008 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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