L’Eglise du troisième millénaire

Lucerne: Exposé de Hans Küng pour l’ouverture du Synode œcuménique

Par Walter Ludin, pour l’APIC

Lucerne,

(APIC) Si elle veut survivre au troisième millénaire postmoderne, l’Eglise doit aborder les questions qui se posent au monde à la lumière du Christ, a déclaré le théologien alémanique Hans Küng samedi à la Lukaskirche de Lucerne. Le professeur de Tübingen, originaire de Sursee (LU), a recommandé de préserver la structure paroissiale et cantonale des Eglises et de garder ainsi une certaine marge de manœuvre par rapport au centralisme romain.

Si la personne de Jésus était réellement au centre de la foi chrétienne, les choses seraient beaucoup plus simples pour l’Eglise, a expliqué le théologien d’origine lucernoise, invité par les trois Eglises nationales du canton de Lucerne à ouvrir le deuxième Synode œcuménique 2000. «Jésus n’aurait sans doute aucun problème aujourd’hui avec la pilule ou l’hospitalité eucharistique entre les confessions chrétiennes.»

La chrétienté ne survivra que si elle prend véritablement Jésus comme «la lumière, source de toute lumière», a poursuivi le théologien qui a repris une question posée par son jeune neveu: «Est-ce que tu peux établir scientifiquement les raisons pour lesquelles je dois faire quelque chose pour les autres?» Plutôt qu’un long discours, pour répondre à ce genre de question, il suffirait de se rappeler le message et l’attitude du Christ, et en l’occurrence la parabole du bon Samaritain.

L’Eglise suisse n’est pas une Eglise d’Etat

Dans la deuxième partie de son exposé, Hans Küng est descendu dans ce qu’il a appelé les «bas-fonds de la politique ecclésiale»: «Un évêque n’a pas la tâche facile aujourd’hui. Mais ce serait beaucoup plus simple s’il avait les fidèles derrière lui et pas seulement l’administration romaine centralisatrice.»

«L’Eglise locale est plus importante que l’Eglise universelle. Tant qu’il y aura des paroisses, la chrétienté subsistera». Hans Küng ne partage pas l’analyse de Mgr Kurt Koch qui voit dans le droit ecclésiastique et le droit canon «deux systèmes concurrents» au sein de l’Eglise suisse. L’Eglise devrait se réjouir d’être reconnue en tant que corporation de droit public. Cela n’en fait pas pour autant une Eglise d’Etat. Les structures paroissiales et cantonales de droit public placent les Eglises sous le contrôle démocratique. Hans Küng craint que l’évêque ne soulève un mécontentement général dans les communautés ecclésiales en mettant en cause le système des paroisses et des Eglises cantonales.

Le théologien est également favorable au maintien de l’article constitutionnel sur les diocèses en Suisse. Selon lui, cet article de loi empêche le Vatican d’imposer des évêques mal acceptés en Suisse.

Le partenariat remplace le patriarcat

Donnant sa vision de l’avenir de la chrétienté au troisième millénaire, Hans Küng a souligné que, pour lui, la survie des communautés chrétiennes passait avant le fonctionnement de la hiérarchie. «L’Eglise est en pleine mutation. Après la Réforme et le Siècle des Lumières, elle se réorganise dans une constellation post-moderne. Mais de nombreux chrétiens en sont restés spirituellement au Moyen Age, à la Réforme ou au XIXe siècle.» L’avenir n’appartient pas à une Eglise amoureuse de son passé et de son histoire mais à une Eglise consciente de ses origines, qui va au devant des personnes.

L’Eglise doit abandonner le fonctionnement patriarcal pour entrer dans une ère de partenariat et assurer aux femmes l’accès à tous les ministères: «Affirmer que Jésus n’a pas voulu cela est fort de café; ceux qui prétendent qu’il s’agit d’un enseignement infaillible me donnent raison quand je mets en cause l’infaillibilité des dogmes», a encore déclaré le théologien. (apic/wlu/gs/mjp)

4 septembre 2000 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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