Lucerne: La réponse des évêques à la «déclaration de Lucerne» déçoit les initiateurs
«Nous n’abandonnons pas»
Lucerne, 30 mars 2004 (Apic) La réponse des évêques suisses au synode catholique de Lucerne provoque la déception et suscite la critique des initiateurs. Malgré leur frustration, ces derniers veulent continuer à s’engager pour modifier les conditions d’accès à la prêtrise. Le théologien Dietrich Wiederkehr n’est pas non plus convaincu par l’argumentation des évêques.
«La réponse des évêques suisses m’a beaucoup déçue, mais ne m’a fondamentalement pas étonnée», a déclaré Paula Beck-Steiger dans une première réaction. Membre du synode catholique de Lucerne et initiatrice de la lettre demandant aux évêques suisses d’abolir le célibat obligatoire des prêtres et de permettre aux femmes d’accéder à la prêtrise, elle attentait avec impatience la réaction de la Conférence épiscopale.
Qu’une initiative en vue de l’abolition du célibat obligatoire et de l’introduction du sacerdoce des femmes n’ait pas enthousiasmé les évêques, cela m’est déjà apparu lors de leurs premières déclarations à la presse, souligne Paula Beck-Steiger. Ils avaient notamment affirmé que les «questions de célibat des prêtres et d’ordination des femmes ne pouvaient être résolues que dans le cadre de l’Eglise universelle».
Les responsables de l’Eglise cantonale de Lucerne ne sont pas seulement déçus du contenu, mais également du ton de la lettre. «Je trouve particulièrement blessante la question: Le synode est-il le lieu approprié et compétent pour diffuser publiquement ce genre de déclaration?», affirme Bernadette Rüegsegger, présidente du synode, tout en soulignant que la déclaration de Lucerne a reçu le soutien de nombreuses autres organismes. «En dehors des conseils des corporations cantonales de Bâle-Campagne, Thurgovie, St-Gall et Zurich, la déclaration a reçu le soutien du conseil pastoral cantonal, de la Fédération des femmes catholiques et de la Fédération des jeunesses catholiques du canton de Lucerne, de la commission «La femme dans l’Eglise» de la Conférence des évêques suisses, du mouvement des travailleurs catholiques et de plusieurs conseils paroissiaux».
Le reproche, émis par les évêques, d’outrepasser ses compétences n’est pas acceptable pour Bernadette Rüegsegger. Elle rappelle que le cahier des charges de l’Eglise cantonale est «d’assurer l’assistance religieuse des catholiques» et donc d’agir lorsque cette assistance ne peut être assurée en raison des conditions d’accès à la prêtrise.
Première ouverture des évêques aux «viri probati»
Le doyen Max Hofer, représentant de l’évêque pour la région de Lucerne, comprend la déception des initiateurs de la déclaration. Il souligne tout de même que la réponse des évêques contient des aspects positifs. C’est la première fois que la Conférence épiscopale suisse se dit «ouvert» à la question des «viri probati», à sa voir à l’ordination d’hommes qui ont fait leurs preuves «dans le mariage, dans leur profession, dans la vie ecclésiale et dans la société». Une telle réponse doit être considérée comme une progression, souligne le doyen Hofer.
Paula Beck et Bernadette Rüegsegger ont annoncé qu’elles poursuivraient leur engagement pour modifier les conditions d’accès à la prêtrise. «Le synode de l’Eglise catholique-romaine du canton de Lucerne va former un groupe de travail en vue d’assurer une suite», a affirmé à l’Apic Bernadette Rüegsegger, qui se dit volontiers prête à engager le dialogue proposé par les évêques. «Je crains, affirme Paula Beck, que la réponse de la Conférence des évêques ait pour effet que toujours davantage de catholiques de distancient de l’Eglise institutionnelle. Car la lettre ne laisse pas le moindre espoir d’une réforme».
Contradictions dans la réponse des évêques
Le capucin Dietrich Wiederkehr, Professeur émérite de théologie fondamentale à la Faculté de théologie de l’Université de Lucerne, estime que la réponse des évêques à la déclaration de Lucerne contient des contradictions. Le Lucernois, âgé de 71 ans, reproche notamment une «fausse idéalisation du célibat des prêtres». La question de l’accès à la prêtrise, selon l’argumentation des évêques, doit être considérée de façon positive, en fonction de la vie sacramentelle et en particulier de l’Eucharistie.
Cette idée est partagée par Dietrich Wiederkehr, qui constate cependant, à la lecture du document des évêques, une «transformation non- théologique de la hiérarchie des vérités». «Le maintien du célibat est ensuite conditionné par la possibilité de fêter l’eucharistie dans nos paroisses. Cela n’est donc pas pensé directement, mais indirectement en fonction de l’eucharistie», estime le théologien.
Une autre affirmation des évêques est jugée contradictoire par Dietrich Wiederkehr: «L’histoire montre que toutes les Eglises qui ont rendu le célibat optionnel, ont ensuite aboli son obligation». Faux, estime le capucin lucernois, qui rappelle que «des ordres religieux, depuis autant d’années, sont composées d’hommes et de femmes qui ont choisi librement le célibat, autant en Occident qu’en Orient.»
Un autre point soulevé par le Professeur Wiederkehr est l’affirmation selon laquelle l’ordination des femmes est une question de foi, qui relèverait pratiquement de Dieu lui-même. Le pape a retiré la question de l’ordination des femmes de toutes les discussions internes de l’Eglise, entre évêques, théologiens et paroisses et a ainsi bloqué tout changement par une «mauvaise légitimation théologique». Dietrich Wiederkehr y voit une stratégie d’immunisation pseudo-théologique: «Le fait que les femmes n’accèdent pas à la prêtrise se base sur une intention normative anté-datée provenant de Jésus» ne tient pas la route, selon le théologien lucernois. (apic/bbü/bb)



