Des églises transformées en habitations ou en musées ?
Lucerne: Scénarios d’avenir pour les édifices religieux plus utilisés
Lucerne, 19 janvier 2007 (Apic) Alors qu’il y a de moins en moins de catholiques qui paient leur impôt ecclésiastique à Lucerne, l’Eglise élabore des scénarios d’avenir pour les édifices religieux qui ne sont plus utilisés. Des églises pourraient ainsi être transformées en habitations ou en musées.
Selon la «Neue Luzerner Zeitung» (NLZ) de jeudi, le nombre de catholiques à Lucerne est passé, depuis 1970, de 53’000 à 35’000. Ainsi il arrive de plus en plus souvent certains dimanches que l’immense nef de l’église St-Karli n’abrite plus qu’une quinzaine de personnes. Quand il y a toujours moins de contribuables prêts à payer l’impôt ecclésiastique, il faut alors économiser dans le domaine de l’immobilier. L’Eglise catholique à Lucerne réfléchit à ce qu’elle va faire des cures et des lieux de culte qui ne servent plus.
«Nous devons tôt ou tard réfléchir comment on peut mieux utiliser des églises», déclare à la «NLZ» le responsable de l’administration ecclésiastique Peter Bischof. Les frais d’entretien de l’ensemble des bâtiments de l’Eglise à Lucerne s’élèvent chaque année à quelque trois millions.
Encore aucune intention de vente en vue
Certes, il n’y a encore aucune intention concrète de vente en vue. Mais Peter Bischof pense à l’avenir, quand l’argent viendra à manquer. Il faudra alors se débarrasser des immeubles non rentables, et «dans certaines circonstances, ce pourrait également être une église». Mais une telle liste de bâtiments n’existe pas encore. La présidente du conseil de l’Eglise, Teres Steiger-Graf, estime cependant que les églises ne relèvent pas simplement d’une pensée de profit. Ce sont aussi des lieux de silence qui ont une grande signification dans une époque caractérisée par la fébrilité.
Teres Steiger-Graf n’exclut pas, selon le quotidien lucernois, que ces lieux puissent être transmis à d’autres religions, comme les musulmans. Mais elle ajoute que cela doit se faire avec discernement. Elle pourrait s’imaginer davantage des fêtes interreligieuses ou des concerts, comme cela se passe déjà.
Recommandations des évêques en cas de réaffectation d´églises
Les évêques suisses ont publié des «recommandations en cas de réaffectation d´églises et de centres ecclésiaux». Ce document entend donner des critères de décision aux propriétaires et aux institutions concernées lors de négociations concernant la réaffectation de lieux de culte. On trouve en annexe du document les prescriptions du code de droit canon ainsi que la description d´un rite de réduction d´un église à un usage profane.
Présentant le document en septembre dernier, Mgr Amédée Grab, alors président de la CES, avait rappelé que cette réaffectation d’églises est due au fait que la population bouge, que l’on assiste à une baisse démographique, mais également parce que dans les pays occidentaux, on note une diminution de la pratique religieuse, voire même une perte de fidèles. Ce recul a évidemment des conséquences financières, ce qui entraîne des difficultés pour maintenir tous les lieux de culte.
«Ce ne sont que des recommandations, avait-il précisé, car en Suisse, en principe les églises n’appartiennent pas à l’évêque ou à la paroisse canonique, mais à la corporation paroissiale. Et c’est seulement le propriétaire qui peut décider de ce qu’il va faire en cas de désaffection de l’église. Mais les évêques peuvent donner des conseils sur la nouvelle affectation».
Ainsi, ils demandent qu’églises et chapelles désaffectées, en raison de leur signification symbolique et liturgique, ne soient pas mises à disposition des membres d’autres religions, d’autres communautés religieuses ou de sectes. Evidemment, d’autres communautés chrétiennes peuvent entrer en considération, comme les communautés orthodoxes qui souvent ne disposent pas de lieux de culte. Mais pas question de les louer ou de les vendre à des communautés dont le message serait contraire à l’enseignement de l’Eglise catholique. Il est également recommandé de ne pas vendre ces édifices à des entreprises poursuivant des buts commerciaux et en contradiction avec l’éthique chrétienne.
Le journal lucernois mentionne des exemples en Allemagne, comme celui de la Kreuzkirche à Wuppertal, transformée en logements pour personnes élevant seules leur enfant. La Friedenskirche de Mönchengladbach abrite désormais des logements sociaux, tandis que la Martinikirche de Bielefeld est devenue un «bistrot». MDü/JB
Encadré
Des solutions diverses selon les pays
Pas question de vendre aux musulmans d’Allemagne les églises qui ne sont plus utilisées, selon les directives de l’Union des Eglises de confession luthérienne en Allemagne (VELKD). Publiées il y a plusieurs années, elles sont claires: la priorité doit être donnée aux communautés chrétiennes. Si le bâtiment est utilisé pour une autre religion, c’est un Dieu différent qui est vénéré à l’intérieur, bien que «la valeur symbolique de l’extérieur soit toujours liée à l’Eglise chrétienne», explique la VELKD.
Aux Pays-Bas également, des milliers d’églises sont menacées de démolition faute de moyens financiers. En raison de la diminution du nombre des fidèles, les Eglises ont de plus en plus de mal à maintenir leurs bâtiments. Les petites communautés ne peuvent plus faire face seules aux charges causées par l’entretien des édifices religieux. C’est là raison pour laquelle elles font démolir les églises qui ne servent plus au culte, ce qui signifie que ces prochaines années, des villes, des villages et des régions rurales entières vont perdre leur identité.
Les bâtiments religieux, aux Pays-Bas, sont la propriété des paroisses pour les protestants et des évêchés pour les catholiques. La conservation et la réparation des églises repose donc essentiellement sur des fonds privés. Devant les frais élevés et la baisse de la pratique religieuse, des églises désaffectées deviennent toujours plus la propriété d’associations ou de groupes privés qui les transforment en salles de concert, d’expositions ou encore en restaurants, quand elles ne sont pas purement et simplement démolies.
Mais la sécularisation touche également d’autres continents: ainsi, au Québec, des églises sont vendues, faute de moyens financiers. Sur les 2751 lieux de culte recensés, 80% appartiennent à l’Eglise catholique, qui a du mal à faire face à leurs frais d’entretien. 123 des 246 paroisses de Montréal ont besoin d’aide pour entretenir leurs églises. Faute de moyens, une vingtaine d’édifices religieux catholiques ont déjà été vendus au cours des dernières années. Il s’agit pour l’Eglise – «qui n’est pas là pour être un musée d’entretien des édifices, mais pour des fins pastorales», a estimé le cardinal Jean-Claude Turcotte, archevêque de Montréal – de trouver des acquéreurs valables pour les églises désaffectées.
Le cardinal Turcotte est d’avis qu’une bonne façon de préserver le patrimoine religieux serait d’utiliser des églises ou des couvents pour y aménager, par exemple, des bibliothèques. Certains lieux de culte désaffectés ont été transformés en entreprises communautaires. Toutes les confessions religieuses ont des problèmes financiers pour protéger leur patrimoine, mais c’est particulièrement flagrant pour l’Eglise catholique, principale communauté religieuse historique au Québec, dont les pratiquants sont passé de 80% en 1960 à quelques pourcents aujourd’hui (certains avancent le chiffre de 5 %). (apic/mbü/be)




