Appel du directeur du Service jésuite aux réfugiés

Lutte contre le terrorisme: Les droits des réfugiés menacés

Rome, 25 octobre 2001 (APIC) Les millions de personnes déplacées du fait des frappes militaires des Etats-Unis et de l’Angleterre contre l’Afghanistan ne peuvent se réfugier dans les pays voisins. Cette situation inquiète le Service Jésuite des Réfugiés (JRS), une ONG catholique qui oeuvre dans plus de cinquante pays.

Le JRS (Jesuit Refugee Service) lance un appel aux pays voisins de l’Afghanistan pour qu’ils ouvrent leurs frontières aux réfugiés afghans. «Ce peuple souffre de la guerre civile, de l’oppression et de la pauvreté depuis 22 ans. Aujourd’hui, les Afghans ne peuvent fuir les bombardements puisque toutes les frontières sont fermées», déclare le père Lluis Magrina, directeur international du JRS.

«Le Pakistan et l’Iran abritent déjà la plupart des réfugiés du monde, on peut donc comprendre leurs réticences, poursuit le jésuite. Mais en dépit de ceci et des problèmes liés à la sécurité, ceux qui fuient l’Afghanistan doivent être protégés. La communauté internationale doit aider les pays voisins de l ’Afghanistan à assumer la charge des réfugiés. Les Etats qui empêchent les réfugiés de traverser les frontières agissent en violation des droits de ces derniers».

Terroristes potentiels

Le JRS s’inquiète d’un autre fait : les demandeurs d’asile, les réfugiés et les migrants deviennent des boucs émissaires. Depuis les attentats du 11 septembre, certaines déclarations de fonctionnaires de haut rang font des demandeurs d’asile des terroristes potentiels. Dans de nombreux pays, les attentats du 11 septembre représentent une réelle menace contre les droits des réfugiés.

Aux Etats-Unis, de nouvelles mesures prises au nom de la sécurité ont élargi les pouvoirs de l’Etat en matière de détention des immigrés. Au début du mois d’octobre, plus de 700 personnes étaient détenues, la plupart d’entre elles en violation totale avec les lois sur l’immigration. Un projet de loi anti-terroriste autorise la détention prolongée sans contrôle judiciaire déterminé des personnes n’ayant pas la nationalité américaine, relève le JRS, ce qui inclut les demandeurs d’asile, les résidents permanents reconnus officiellement et les réfugiés.

L’aide aux réfugiés menacée

En Australie, des lois ont été votées le mois dernier, qui portent atteinte à la protection des réfugiés. «L’Australie s’est ouvertement servie des derniers actes de terrorisme pour justifier les limites imposées par ses dernières lois en matière de protection des droits des réfugiés et des demandeurs d’asile», a de son côté déclaré le Père André Sugijopranoto, directeur de JRS Australie. «Nous craignons que des événements récents n’affectent les efforts que nous déployons pour venir en aide aux réfugiés originaires d’Afghanistan et d’autres pays musulmans».

«Les Etats-Unis et les autres Etats ont bien entendu le devoir de protéger leurs citoyens, a pour sa part précisé le Père Lluis Magrina. Toutefois, ceci ne devrait pas conduire à prendre des mesures contraires au droit des immigrants, y compris des demandeurs d’asile. Se prévaloir d’une situation d’urgence pour limiter les droits fondamentaux d’un groupe vulnérable aura forcément des répercussions sur l’exercice des droits des personnes et affectera les fondements démocratiques de nos sociétés».

Le JRS se joint au concert de voix qui demandent que soit assurée la protection des civils. La loi internationale interdit l’attaque de cibles civiles et toute attaque susceptible d’affecter des cibles non clairement identifiées comme militaires.

Les attaques présentes empêchent les agences humanitaires d’apporter de l’aide aux populations prises au piège. Les civils qui souffrent déjà du déplacement et du manque de nourriture ne passeront pas l’hiver s’ils ne reçoivent pas l’aide alimentaire nécessaire. Le JRS demande aux parties engagées dans la guerre de permettre l’entrée des organisations de secours afin qu’elles puissent aider les populations qui en ont besoin. (apic/jrs/pr)

25 octobre 2001 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 3  min.
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