Lviv: Décès de l’archevêque ukrainien Sterniuk, «le vieux lion de Lviv»
Téémoin fidèle de l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine
Lviv, 30 septembre 1997 (APIC) Mgr Volodymyr Sterniuk, une des figures centrales de l’Eglise gréco-catholique d’Ukraine, est décédé dimanche, à l’âge de 90 ans, dans sa ville épiscopale de Lviv. Après la chute du communisme, il avait pu revenir en 1991 au palais épiscopal en face de la cathédrale Saint-Georges, comme représentant en Ukraine du cardinal Lubachivsky. Mais Mgr Sterniuk est surtout connu pour sa constante fidélité à l’Eglise catholique, – le petit peuple le surnommait «le vieux lion de Lviv» – en vivant de nombreuses années comme prêtre et évêque dans la clandestinité.
Depuis lundi après-midi, la dépouille mortelle repose à la cathédrale Saint-Georges de Lviv. Le cercueil de l’archevêque défunt passera jeudi 2 octobre au milieu de la ville dans le cadre d’une grande procession . Après la messe des funérailles, il sera enseveli dans la crypte de la cathédrale, à côté des ses «pères spirituels», les anciens métropolites de Lviv, lescardinaux Joseph Slipyj et Andrei Scheptyckyj.
Fidèle à l’Eglise catholique
Né le 12 février 1907 à Pustomyty, près de Lviv en Galicie, qui appartenait alors à l’Autriche, le futur archevêque de Lviv, est fils d’un prêtre (dans le rite gréco-catholique on peut ordonner au sacerdoce des hommes mariés). Il commença ses études au Lycée de Lviv puis il entre dans l’Ordre des rédemptoristes. Ordonné prêtre en 1931 à Louvain en Belgique, il est ensuite envoyé comme conseiller de son Ordre dans la province de Lviv. Après la deuxième guerre mondiale, sur ordre de Staline, l’Eglise catholique ukrainienne est dissoute et intégrée de force à l’Eglise orthodoxe. Le Père Sterniuk refuse de passer à l’orthodoxie et rejette toute collaboration avec l’Eglise orthodoxe russe (EOR).
Lors d’une vague de persécutions contre les prêtres gréco-catholiques clandestins, le Père Sterniuk est arrêté en 1947 et condamné à 5 ans de travaux forcés en Sibérie, dans le camp d’Arkhangelsk, près de la Mer Blanche, dans le grand Nord. En dépit d’un régime draconien de privations et de tortures, il poursuit secrètement un apostolat auprès de ses compagnons prisonniers. Avec un peu de vin et un morceau de pain, il célèbre parfois la messe en déjouant la garde de ses geôliers. Après sa libération, il peut retourner au village de sa naissance, mais la ville de Lviv lui est interdite. Il travaille alors comme bûcheron, tout en exerçant un ministère sacerdotal durant la nuit. En 1964, il est ordonné évêque dans le secret à l’âge de 57 ans. Il exerce alors pendant plusieurs années le métier de chauffeur d’ambulance d’un hôpital. Après sa retraite de chauffeur, il entre de plein pied dans l’Eglise clandestine en célébrant souvent des messes dans des forêts.
Consécrations épiscopales clandestines
Dans une interview accordée en 1991 à l’agence APIC, Mgr Sterniuk avait raconté les circonstances de sa consécration épiscopale: «En janvier 1963 le patriarche Joseph Slipyj, enfin libéré par Khrouchtchev après 18 ans de goulag, se trouvait à Moscou. Il a alors convoqué un prêtre catholique ukrainien au nom de Vasyl Welyczkowskyj et l’a consacré secrètement évêque dans un corridor d’hôtel… C’était juste avant de partir en exil à Rome. Il fallait garantir la succession apostolique en Ukraine. Mgr Welyczkowskyj, revenu en Ukraine, m’a demandé de le seconder et m’a consacré secrètement évêque en juillet 1964. Je suis alors devenu son auxiliaire. J’ai été consacré selon les règles canoniques, compte tenu de la situation, car les fidèles ukrainiens avaient besoin d’évêques et de prêtres qui leur procurent une aide spirituelle. Sans cela, c’en était fini avec l’Eglise catholique ici». (apic/kpr/ba)



