«Ma foi sera une aide, un pilier»

Chili: Un Français tente la première traversée à pied et en solitaire du désert d’Atacama

Santiago, 16 juin 2012 (Apic) Au Chili, le journaliste français et amateur de courses extrêmes, Frédéric de Lanouvelle, relève actuellement un défi jamais tenté: parcourir seul 1’000 km à pied dans le désert d’Atacama, le plus aride du monde. Peu avant son départ, l’Apic a rencontré l’aventurier, qui est aussi catholique pratiquant.

Parti initialement pour réaliser cette traversée en autosuffisance totale, c’est-à-dire sans aucune aide extérieure, Frédéric de Lanouvelle, 32 ans, tirait une remorque en carbone contenant l’ensemble de ses besoins en eau, aliments et son matériel. Mais après trois jours de marche et 200km parcourus, une roue de la carriole conçue par le navigateur Michel Desjoyeaux et son équipe s’est brisée, l’obligeant à s’arrêter. Pas question d’abandonner pour autant. Le sportif a décidé de poursuivre seul avec un sac à dos de 30 kg et a modifié son itinéraire pour pouvoir se ravitailler tous les trois jours environ. S’il boucle les 1’000 km, il entrera dans le Livre Guinness des records. Entretien.

Apic: Pourquoi vous lancer dans un tel défi?

Frédéric de Lanouvelle: Je suis un fan d’aventure. Traverser des océans, marcher dans des zones presque inexplorées, ces idées me font rêver. C’est en encadrant de jeunes scouts que j’ai découvert ce goût pour l’aventure. Ensuite, lors de vacances sur l’Île de La Réunion, j’ai vu les concurrents de la «Diagonale des Fous» (une course de 163 km avec près de 10’000 m de dénivelé positif) dévaler des cirques absolument magnifiques. Comme j’étais déjà sportif et que je marche beaucoup au défi, je me suis dit: «il faut que je le fasse!» J’y ai donc participé en 2010. Puis j’ai couru le Marathon des Sables 2011 (250 km) dans le désert marocain. Les sensations dans ce genre de courses sont incroyables. On touche à ses limites, on apprend à se connaître physiquement et psychologiquement de façon extraordinaire! Ce sont des défis qui, quand on les relève, permettent de s’épanouir.

Apic: Avec quelles provisions et quel matériel partez-vous?

F. de L: Pour faire les 1’000 km en autosuffisance, ma remorque contient l’ensemble de mes besoins en eau, nourriture et mon matériel: 90 litres d’eau car je pense me ravitailler dans une rivière à mi-chemin, 35 kg d’aliments lyophilisés, un four solaire, deux GPS, une balise Argos et même une caméra et une valise satellite, rechargeables grâce à un panneau solaire, pour partager mon aventure sur BFMTV. 200 kg au total! Pour dormir, j’ai une tente. Et si vraiment tout va mal, j’ai un grand sac à dos pour pouvoir continuer sans la remorque.

Apic: Vous envisagez ce scénario?

F. de L: J’espère que ça n’arrivera pas! Si je rejoins Copiapó sans problème, en faisant ma vidéo quotidienne, ce sera le rêve, la perfection. Mais le défi peut être réussi sans atteindre tous les objectifs. Si je dois rompre avec le principe d’autosuffisance en cas de pépin, je le ferai. L’idée n’est pas d’aller mourir entre deux dunes! Ce que je souhaite, c’est arriver à vivre cette aventure en solitaire dans le désert, comme une expérience intérieure, physique et mentale, et partager cette expédition pour faire rêver le plus grand nombre.

Apic: Justement, comment vous êtes-vous préparé?

F. de L: J’ai suivi un entraînement intensif établi par Laurence Klein, la vice-championne du monde du 100 km. Pendant cinq mois, j’ai couru entre 120 et 130 km par semaine. Et je me suis entraîné à tirer une remorque avec du poids. Physiquement, je suis prêt.

Apic: Et psychologiquement?

F. de L: Difficile de le savoir. L’organisation d’un tel projet prend tellement de temps et occupe tellement l’esprit qu’on a du mal à se rendre compte. Je sais qu’il y aura des hauts et des bas. Ce que je crains le plus, c’est la solitude. Pour m’aider, j’emporte de la musique, des lettres de mes proches et des messages de collègues et amis. Je penserai aussi sans doute à ce que Michel Desjoyeaux m’a confié: «j’ai fait le Tour du monde en solitaire mais je n’ai pas souffert d’être seul. La solitude, c’est quand personne ne s’intéresse à toi.»

Apic: Quel rôle pourra avoir votre foi?

F. de L: Ce sera une aide, un pilier dans les épreuves, c’est certain. En tant que catholique pratiquant, je suis convaincu que Dieu existe et qu’il nous accompagne. Pendant cette année et demie de préparation, de recherche de sponsors etc., je me suis senti soutenu. Dieu me donne confiance et il me protège. Mais je n’impose ma foi à personne. Je crois qu’un non-croyant peut aussi faire des choses extraordinaires!

Apic: Comment vous êtes-vous préparé spirituellement?

F. de L: J’emmène un livre avec les Evangiles du jour et un chapelet qui a été béni avant de partir. J’ai reçu la bénédiction d’un ami prêtre, la bénédiction des voyageurs, et je me suis confessé pour partir le cœur léger. Donc si l’expérience s’arrête demain, cette préparation spirituelle m’aura permis de remettre à jour le carnet de bord et, rien que ça, c’est super.

Apic: Y a-t-il une recherche spirituelle dans ce voyage?

F. de L: Marcher 25 jours seul dans le désert, c’est assez biblique. Plus sérieusement, je pense que c’est l’occasion de vivre un peu la pauvreté au sens de l’Eglise. Je ne vais pas mourir de faim, mais ce ne sera pas le luxe non plus. Ce retour à la simplicité appelle à la prière, à l’abandon. C’est forcément une façon d’espérer approfondir sa foi. Ce sera aussi un temps de réflexion, l’occasion de faire le point sur ma vie et de revenir, j’espère, avec une force spirituelle supplémentaire qui m’aidera à avancer, à être quelqu’un de bien. Car être quelqu’un de bien, c’est un peu l’objectif! (apic/lg/ggc)

16 juin 2012 | 17:53
par webmaster@kath.ch
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