Mauvais traitements contre les Albanais, violences de l’UçK

Macédoine: L’impunité compromet toute paix durable, estime Amnesty International

Londres, 15 août 2002 (APIC) Amnesty International (AI) dénonce la persistance de l’impunité des auteurs d’atteintes aux droits humains commises lors du récent conflit qui a déchiré la Macédoine. Dans un rapport publié jeudi 15 août à Londres, sous le titre «Ex-République yougoslave de Macédoine. Jours sombres à Tetovo», AI estime que cette impunité ne peut que perpétuer une situation de mépris de l’Etat de droit.

La guérilla séparatiste albanaise de l’UçK est dans le collimateur de l’organisation de défense des droits de l’homme, tout comme la police et les autorités macédoniennes. Amnesty International constate avec inquiétude que les atteintes aux droits de l’homme commises d’un côté comme de l’autre n’ont pas donné lieu à une enquête et que la situation a peu de chances d’évoluer en ce domaine, à quelques rares exceptions près concernant des affaires pour lesquelles le Tribunal pénal international pour l’ex- Yougoslavie a manifesté son intérêt.

Selon AI, la police travaille dans un climat d’impunité et rien n’indique que les violations perpétrées par des agents de l’Etat feront un jour l’objet d’une enquête. La hiérarchie, les représentants du gouvernement et les tribunaux n’ont rien fait pour enquêter sur les plaintes et pour demander des comptes aux auteurs de mauvais traitements ou d’actes de torture, même lorsque ces plaintes ont été signalées à leur attention, déplore AI. De leur côté, les membres de la guérilla séparatiste albanaise de l’UçK se sont vu accorder une amnistie, indique l’organisation internationale.

Recours régulier à la torture

Les éléments disponibles en provenance de la région de Tetovo montrent que la police a eu régulièrement recours à la torture et aux mauvais traitements à l’encontre des membres de la communauté albanaise, non seulement lors d’interrogatoires, mais aussi, selon de nombreuses victimes, dans le cadre de représailles après des actions menées par l’UçK, peut-on lire dans ce nouveau rapport.

L’UçK, qui dans un premier temps s’en est prise à la police et à l’armée, s’est elle aussi rendue responsable d’atteintes aux droits humains, enlevant et maltraitant des civils et chassant de chez eux des membres de la communauté macédonienne, avec la volonté, visiblement, de procéder à un «nettoyage ethnique».

Pas de paix durable sans justice

Amnesty International demande l’ouverture d’enquêtes sur les atteintes aux droits de l’homme perpétrées pendant le conflit et la reconnaissance de leur existence; la mise en place de garanties visant à empêcher que des actes de torture et des mauvais traitements ne puissent être de nouveau commis; ainsi que l’adoption de mesures permettant d’en finir avec l’impunité et d’assurer une justice pour tous.

L’expérience du passé, conclut AI, montre qu’il n’y a pas de paix durable lorsqu’on refuse aux victimes le droit d’obtenir justice et qu’on s’abstient de renforcer les garanties en matière de droits humains. La récente série d’assassinats d’anciens membres de l’UçK, attribués à des rivaux au sein de la communauté albanaise et survenant à l’approche des élections prévues en septembre, souligne l’urgence pour toutes les parties en présence de respecter les droits humains. (apic/ai/cm/be)

15 août 2002 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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