Madagascar: Des organisations religieuses condamnent la «brutalité» des militaires

L’ex-président Ravalomanana vice-président de l’Eglise reformée

Genève, 2 avril 2009 (Apic) Une délégation du Conseil pour la mission mondiale (CWM), basé à Londres, et de l’Alliance réformée mondiale (ARM), à Genève, est de retour d’une mission à Madagascar. Dans une déclaration publiée en début de semaine, ces organisations religieuses condamnent la «brutalité» des militaires malgaches à l’égard des civils.

Le CWM et l’ARM ont annoncé que leurs représentants avaient effectué la semaine dernière une «visite pastorale et de solidarité» à l’Eglise de Jésus-Christ à Madagascar (FJKM), dont le vice-président n’était autre que… Marc Ravalomanana, le président déchu. Ses opposants lui reprochent son mélange des genres entre politique, affaires et religion, et d’avoir instrumentalisé une partie des Eglises.

La délégation a exhorté l’Union africaine et les 15 pays membres de la Communauté de développement économique des pays d’Afrique australe (SADC) à assumer «de toute urgence le rôle qui est le leur en garantissant la justice, en instaurant la paix et en veillant au respect de la démocratie à Madagascar».

Pour le retour de la démocratie

La délégation, en visite sur «l’île rouge» du 27 au 29 mars dernier, lance un appel pour qu’une pression soit exercée par la communauté internationale afin de garantir le retour de la démocratie dans cet Etat insulaire suite à la destitution, avec l’appui de l’armée, du président Marc Ravalomanana.

Ravalomanana a démissionné à la mi-mars suite à une campagne menée par le chef de l’opposition, Andry Rajoelina. Depuis lors, les partisans du leader déchu ont organisé de vastes mouvements de protestation contre l’installation à la présidence de Rajoelina par les militaires.

Le pasteur Des van der Water, secrétaire général du CWM, et le pasteur Jerry Pillay, secrétaire général de l’Eglise presbytérienne unifiante d’Afrique australe, ont déclaré avoir été témoins d’actes de répression brutale exercée par les militaires lors de manifestations pacifiques. Par ailleurs, ils avaient constaté une explosion de violence et une radicalisation croissante parmi la population en réaction à l’imposition de nouveaux dirigeants. Ils relèvent la ferme intention au sein de la population «de mettre fin aux mesures politiquement injustes et inacceptables prises par le nouveau régime». Les deux représentants d’Eglises ont demandé au nouveau gouvernement de laisser le peuple malgache exercer librement ses droits démocratiques et constitutionnels.

Les dirigeants de la SADC ont annoncé le 31 mars qu’ils suspendaient Madagascar de leur organisation et ont exigé la réintégration de Ravalomanana. Auparavant, l’Union africaine avait condamné Rajoelina et déclaré la suspension de l’Etat insulaire de l’Océan indien jusqu’à l’élection, dans des conditions transparentes, d’un nouveau gouvernement.

La FJKM est la plus grande Eglise protestante du pays (la seconde Eglise sur l’île après l’Eglise catholique). Elle est aussi membre du CWM et de l’ARM. Les militaires avaient brièvement détenu le président de l’Eglise de Jésus-Christ à Madagascar (FJKM), le pasteur Lala Rasendrahasina, après la démission de Ravalomanana. La délégation du CWM et de l’ARM a participé à un rassemblement et à un culte organisés par l’Eglise, réunissant plus de 70’000 personnes qui ont prié pour que le pays connaisse un processus de réformes pacifique et plus démocratique.

Pour le Pasteur Setri Nyomi, secrétaire général de l’Alliance Réformée Mondiale, cette visite représente «un moyen important de faire savoir au peuple malgache que nous sommes à ses côtés en ces moments critiques». Et d’ajouter: «Nous encourageons les Eglises de Madagascar à poursuivre leur engagement dans le processus de réconciliation nationale dont le pays a tant besoin». (apic/eni/com/be)

2 avril 2009 | 00:00
par webmaster@kath.ch
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